28 NOVEMBRE À IMAGE+NATION

The Harvesters, un film incandescent

Yves Lafontaine
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The Harvesters
Photo prise par © The Harvesters

Dans le monde rural et conservateur d’une communauté blanche isolée d’Afrikaners, la force et la masculinité sont les maîtres-mots. Un jour, la mère, fervente chrétienne de Janno ramène à la maison Pieter, un orphelin des rues qu'elle a décidé de sauver, et demande à son fils de l'accepter comme un frère.

Au sein de cette riche famille blanche, accrochée à ses traditions religieuses et attachée aux possessions héritées de ses ancêtres, Pieter, personnage insaisissable à la personnalité trouble, fait littéralement exploser le cadre de référence. Il entraîne le bon fils de famille dans une boite de nuit où se côtoient des Noirs, des Blancs (et même des Chinois, les derniers immigrés récents dans la région). Il lui arrive (sous le regard effaré de Jonna) de vendre son corps pour se payer de la drogue. Par son comportement provocant, il oblige aussi ce dernier à regarder en face ses propres frustrations sexuelles.

Outre la grande beauté des images, la force du propos de ce film consiste à incarner les contradictions dans lesquelles se débat la société sud-africaine à travers deux représentants de la nouvelle génération «blanche» qui n’a pas connu l’apartheid.

En choisissant de faire vivre ces deux héros, faux frères, vrais ennemis ou doubles inversés, dans une communauté refermée sur elle-même, le jeune cinéaste Etienne Kallos braque sa caméra sur une jeunesse en mal d’émancipation et met au jour les effets dévastateurs de l’aveuglement de leurs aînés. Si Kallos refuse de juger les perdants de l’histoire récente de son pays, la beauté convulsive de la mise en scène, l’évocation subtile des psychés adolescentes et l’ironie cruelle du dénouement (ou le triomphe secret d’un transfuge) nous offrent un point de vue original sur une société toujours en crise

Loin de se contenter de raconter l’histoire d’un ado engoncé dans la religion et torturé par une sexualité perçue comme inacceptable par son milieu, le film se colore soudain de teintes fantastiques qu’il n’annonçait pas du tout au début. Le premier film de Kallos témoigne d’une belle imagination, fertile et prometteuse.

La 32E édition de IMAGE+NATION, festival cinéma lesbien, gay, bi et trans de Montréal, du 21 novembre au 1er décembre 2019. INFOS www.image-nation.org

The Harvesters (Die Stropers)  Etienne Kallos  Afrique du Sud

jeudi, 11/28/2019 - 19:00  Impérial