Turquie

Le procès de 18 étudiants après une marche pro-LGBT ajourné

Karl Mayer
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Le procès de 18 étudiants et d'un universitaire jugés pour avoir participé à une manifestation de soutien à la communauté LGBTI, débuté mardi à Ankara, a été ajourné à une date ultérieure.

Les étudiants et le professeur, qui comparaissent libres, sont accusés d'avoir "pris part à un rassemblement illégal" et d'avoir refusé d'obtempérer à l'ordre de se disperser. Ils risquent entre six mois et trois ans de prison.

Ces étudiants de la prestigieuse Université Technique du Moyen Orient (ODTU) à Ankara avaient pris part à cette marche en mai.

Cette année, pour la première fois depuis 2011, la direction de l'université avait interdit ce rassemblement. Certains participants avaient été interpellés après que la police a fait usage de gaz lacrymogène pour disperser la foule.

Dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux peu de temps après la manifestation, on distingue la police s'en prendre violemment aux manifestants.

Amnesty International a dénoncé lundi dans un communiqué "l'absence de fondement légal de l'interdiction des Marches des fiertés", ces rassemblements de soutien aux communautés LGBTI, et appelle à ce que les poursuites soient abandonnées.

Devant le tribunal, l'avocat de la défense a demandé la relaxe de tous les accusés, invoquant le fait que c'était "leur droit d'expression, leur droit de se rassembler pacifiquement" qui était jugé. La police a refusé que les soutiens des accusés présents au procès lisent publiquement un communiqué devant le tribunal.

Vêtu d'un t-shirt aux couleurs arc-en-ciel, l'un des étudiants appelés à la barre a dénoncé "les discours de haine" omniprésents dans les médias turcs, rappelant que l'homosexualité était légale en Turquie. "Nous avions le droit d'être là. C'était un droit constitutionnel" a-t-il déclaré devant les juges.

Si l'homosexualité n'est pas réprimée sur le plan pénal en Turquie, l'homophobie y est en revanche répandue et se manifeste notamment par des agressions et des meurtres, selon des ONG.

Devant les juges, l'une des accusés, Melike Irem Balkan, a souligné que la manifestation s'était déroulée pacifiquement toutes les années précédentes et que l'interdiction était donc "injuste". Egalement présent sur le banc des accusés, le professeur Mehmet Mutlu a affirmé ne pas avoir pris part à la manifestation, souhaitant seulement "protéger ses étudiants des violences de la police".

Le juge a finalement annoncé un report de l'audience au 12 mars 2020, demandant aux parties concernées de rapporter des preuves supplémentaires.

Ces dernières années, de nombreux événements concernant la communauté LGBTI ont été interdits par les autorités locales turques, qui invoquent généralement les possibles provocations et les "sensibilités sociales".

Rédaction avec AFP