Où sont les lesbiennes ?

Le virus de l'immunodéficience humaine

Julie Vaillancourt
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Julie Vaillancourt

Le 1er décembre prochain se tiendra la journée mondiale de lutte contre le sida. C’est là que je fais mon coming-out de chanteuse et que je vous explique pourquoi j’ai prêté ma voix à la prochaine campagne de la Maison Plein Cœur.

D’entrée de jeu, j’ai nommé le titre de cette chronique «virus de l'immunodéficience humaine» et non simplement VIH, uniquement pour avoir l’air plus érudite sur le sujet, car j’ai beaucoup à apprendre et je suis loin d’avoir l’étoffe des porte-paroles de Maison Plein Coeur. D’ailleurs, c’est surement plus facile de trouver un porte-parole pour la Fondation de l’hôpital Sainte-Justine que pour la Maison Plein Cœur, je n’ai pas besoin de vous faire un dessin. Et sauf erreur de ma part, le siège est déjà occupé par Céline Dion à Sainte-Justine. Si le lien qui s'établit entre la cause et son porte-parole est la clé du succès, y’a des causes qui sont plus safe que d’autres, pour les personnalités publiques. Les enfants malades sont l’une d’entre elles. Attention, je ne juge pas de la valeur de l’implication ou de la cause ici, je ne parle que des perceptions populaires et médiatiques. Et pour cause, je n’ai pas vu beaucoup de porte-parole pour nos aînés malades en CHSLD ou encore ceux victime d’abus. (Ils ont déjà de la misère à avoir 1 bain/semaine, me direz-vous…) En fait, pourquoi discuter de l’hôpital Sainte-Justine et de la Maison Plein Cœur, peut-être car mon destin, d’hier à aujourd’hui, y est lié. Le 10 décembre 1980, je suis née à l’hôpital Fleury, à Montréal. Grandement prématurée, avec détresse respiratoire et jaunisse, mon poids de     2 lbs 13 fera dire au médecin, avant qu’il quitte la salle d’accouchement, que je suis morte (Erreur professionnelle). Heureusement, l’infirmière me réanime (Héroïne de profession). Je sais, ça a l’air d’un synopsis de film hollywoodien invraisemblable, mais c’est de cette façon que je suis venue au monde. En étant déclarée morte. Quand tout le monde a réalisé que j’étais en vie, je fus transférée d’urgence à l’hôpital Sainte-Justine. À l’époque, c’était un des rares endroits où ils avaient tous les équipements, incubateurs et compagnie, pour traiter les bébés grandement prématurés. Rappelons que nous sommes en 1980: 2 lbs 13, c’est plutôt rare. C’est donc à Sainte-Justine que j’ai passé les 2 premiers mois de ma vie. C’est un épisode que j’ai oublié, mais certainement pas ma mère (c’est d’ailleurs pour cette raison que je lui ai rendu hommage sur mon dernier album, à travers une chanson. Je crois en la musicothérapie). C’est lors de mon séjour à Sainte-Justine que j’ai reçu de nombreux soins et transfusions sanguines pour me garder en vie.
 
Au début des années 90, quelque 13 ans plus tard avec 100 livres en plus, je consulte mon médecin. D’un ton grave, il nous informe d’un sujet d’actualité:  Dans les années 1980, des milliers d'hémophiles et de transfusés canadiens contractent le virus du sida ou de l’hépatite C après avoir reçu du sang ou des produits sanguins. La Croix-Rouge canadienne attendra 1985 avant d’effectuer des tests de dépistage auprès de ses donneurs et de retirer certains produits sanguins utilisés par les hémophiles.» Et puisque «Julie a reçu de nombreuses transfusions de sang au début des années 80, je recommande qu’elle passe les tests. Je suis certain que tout…» Que tout ira bien, mais ma mère est déjà en pleurs… Comme nous l’avait annoncé la télévision, nous sommes en plein «scandale du sang contaminé, la pire catastrophe en santé publique de l'histoire du Canada. Au début des années 90, une commission d’enquête publique fera la lumière sur les erreurs, les délais et la négligence des décideurs dans cette affaire.» (1)
 
J’ai donc passé le test afin de savoir si j’avais contracté le virus par le biais de transfusions sanguines. J’ai toujours eu une peur bleue des aiguilles, donc c’est ce qui m’a marquée. On est un peu naïf et niaiseux au début de l’adolescence. Cela dit ma mère était dans tous ses états et c’était le cas jusqu’à ce qu’elle reçoive le résultat: NÉGATIF. Je me souviens qu’elle pleurait de joie. Elle m’avait aussi dit qu’il ne valait mieux pas discuter de tout ça avec mes amies, mais… On est un peu naïf et niaiseux au début de l’adolescence. On se fait une joie de remettre constamment en question les dires de nos pa-rents. J’étais bien fière de dire à mon amie de toujours que: «Je n’avais pas le sida.» Immédiatement, son visage a changé, avec un air de dégout, elle s’est reculée. «Attends, c’est négatif, je n’ai pas le… Mon amie de répondre: «Non, mais écoute, c’est dégueu! T’imagines si tu l’avais eu, tu aurais pu me le donner… On est amies depuis longtemps, j’aurais pu le po-gner!» Je sais, on n’est pas mal naïf et niaiseux au début de l’adolescence… Lorsqu’on m’a demandé si je voulais prêter ma musique à Maison Plein Cœur, je n’ai pas hésité. J’ai repensé à cet évènement où j’avais ressenti un profond rejet de la part d’une amie que j’estimais beaucoup. J’étais dans l’incompréhension. Tout ça parce qu’elle avait peur. Sa peur n’était informée que par l’inconnu, les préjugés. Je n’ose pas imaginer comment se sent une personne atteinte du VIH-sida qui, en plus de porter la maladie, doit porter le jugement des autres. Ceux et celles qui, dans les années 80, ont dû porter tout cela avec le fardeau des préjugés associés à ce qu’on appelait péjorativement «virus gai, peste gaie». Sans compter la peur de la mort. 
 
Voir tomber ceux qu’on aime au combat. Voir la transformation de son propre corps vis-à-vis de l’inconnu qui mène à la mort. Nécessairement la communauté LGBT entière souffrira des préjugés liés au sida. Ce qui atteint nos frères et nos sœurs devrait nous toucher. En plein cœur. Si l’annonce de mes tests avait été positive, à n’en point douter, j’aurais reçu le tout «comme un orage en plein cœur». C’est à partir de là que j’ai écrit la chanson. Cependant, tous peuvent s’y reconnaitre. Tant que le cœur bat, l’Homme se bat, car l’amour est là. L’orage en plein cœur c’est aussi, par opposition, tout l’amour qu’on peut recevoir d’êtres chers, de gens emphatiques, pour traverser les épreuves difficiles. Ces mêmes personnes qui font fi des préjugés pour mieux aider. Avoir de l’écoute, du cœur. 
 
C’est d’ailleurs le 1er décembre prochain, sous le thème «Une chance que j’t’ai, Maison Plein Cœur», que l’organisme lancera sa campagne, reflétant par le fait même l’important rôle joué par Maison Plein Cœur auprès des personnes vivant avec le VIH (PVVIH). 
 
Plus d’informations sur la Maison Plein Cœur et son lancement de campagne du 1er décembre: 
https://maisonpleincoeur.org/
 
Dès le 1er décembre, je vous invite à télécharger/partager la chanson En plein cœur. https://juliecurly.com/
 
(1). Référence Radio-Canada