Mieux vivre avec le VIH

La PrEP contribuerait à moins d'ITS

Logan Cartier
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Deux hommes

La PrEP est souvent accusée de favoriser la prolifération des autres infections transmissibles sexuellement (IST). Mais cela n’est pas nécessairement le cas. Une étude sur des hommes gais et bisexuels mis sous PrEP bat en brèche cette idée reçue. Selon une modélisation prospective, les cas de chlamydia et de gonorrhée chez des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes sous prophylaxie pré-exposition (PrEP) baisseraient sur le long terme. Cela dit, ce bénéfice, lié au suivi renforcé dans le cadre d’une PrEP, n’est valable que si les recommandations de suivi sont effectivement appliquées. Survol de l’étude.

On entend souvent que la PrEP favorise les infections sexuellement transmissibles autres que le VIH, depuis les débuts de la mise en place du traitement pris en prévention du VIH. Aujourd’hui pourtant, une modélisation sur l’impact de la PrEP dans la détection et le traitement des IST montre, qu’à terme, la PrEP permettrait tout autant de réduire les nouvelles contaminations au VIH que le nombre de nouveaux cas des autres infections sexuelles. 
 
Dans cette étude de modélisation publiée fin septembre, une équipe de chercheurs de l’université d’Oxford a montré qu’avec une couverture plus large par la PrEP (augmentation du nombre d’hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes qui ont besoin, prennent la PrEP et la prennent bien), associée à l’application des recommandations de dépistage des ITS — soit un dépistage du VIH et des autres ITS tous les trois mois —, l’incidence des ITS détectées lors des dépistages sanguins et prélèvements locaux liés à l’initiation et au suivi de la PrEP, baisse sensiblement lorsque ce même suivi est bien respecté. «Le design de notre étude met en valeur la PrEP non seulement pour son rôle antirétroviral contre le VIH, mais aussi pour l’incorporation d’un dépistage régulier et complet des autres IST dans son protocole», expliquent les chercheurs.
 
D’après leurs résultats, dans un scénario d’une couverture de PrEP de 40 % et d’une faible augmentation des pratiques à risques pour les autres IST, comme l’arrêt total du préservatif (40 %), 42 % des gonorrhées et 40 % des cas de chlamydia pourraient être évitées dans la prochaine décennie. Le dépistage des autres IST dans le cadre d’un suivi de PrEP représenterait une augmentation de respectivement 16 et 17 % du traitement de l’ensemble des ITS rectales ou asymptomatiques alors dépistées. Enfin, si les recommandations pour le test des ITS évoluaient de six à trois mois, la réduction du nombre de nouveaux cas baisserait encore de moitié.
 
Des résultats encourageants, qui vont dans le sens de résultats, empiriques cette fois-ci, durant des études faites lors des essais évaluant l’efficacité de la PrEP. Dans les essais Proud ou Ipergay (en France et au Québec), des sous-études avaient montré que l’utilisation de la PrEP ne montrait pas une hausse du nombre d’ITS parmi ceux qui l’utilisaient par rapport aux autres, même si le nombre des ITS était élevé. Mais il l’était dans les deux cas.
 
Plus qu’une mise au point, cette modélisation est une preuve de l’intérêt de la PrEP non seulement dans la lutte contre le VIH, mais aussi dans la détection et le traitement des autres ITS curables, alors que le traitement préventif n’a, en soi, aucun effet protecteur dans l’infection par une chlamydia ou une gonorrhée. 
 
«Les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes qui sont fortement exposés à un risque d’infection au VIH, et donc indiqués pour une mise sous PrEP, sont également très exposés aux IST cela par les mêmes réseaux ou pratiques sexuelles. La PrEP comme package de traitement anti-VIH, mais aussi de dépistage selon les lignes directrices du CDC, pourrait être également une méthode de prévention efficace des IST», concluent les auteurs de l’étude. 

Sources : HIV.org, Body.org et Catie.ca