MIEUX VIVRE AVEC LE VIH

Les organismes communautaires font la différence

Collaboration Spéciale
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bourbaca

En 2016, la Déclaration des Nations Unies pour la fin du SIDA[1] énonçait que les objectifs politiques suivants devaient être atteints d’ici 2020: 1) Lever les principales barrières politiques à l’accès aux services et aux produits de base de la prévention; 2) Éliminer les inégalités entre les sexes et mettre fin à toutes les formes de violence et de discrimination à l’égard des femmes et des filles, des personnes vivant avec le VIH et des populations clés. On pouvait également y lire qu’au moins 30% des prestations de services soient pilotées par les organisations communautaires d’ici 2030. Aujourd’hui, 1er décembre 2019 et Journée mondiale du VIH/sida, où en sommes-nous?

Malgré la disponibilité et l’accessibilité de plusieurs dispositifs de prévention qui, combinés, peuvent contribuer à éliminer le VIH, les progrès vers l’éradication sont lents, y compris dans les pays du Nord. Quelles sont les barrières qui limitent l’accès au dépistage et au traitement? Dans les faits, la disponibilité et l’accessibilité de ces outils ne sont pas les mêmes pour tous. La vulnérabilité sociale demeure un facteur fondamental de transmission du VIH – même au Québec – se déclinant sous différentes formes : la pauvreté certes, mais aussi la discrimination, l’intersectionnalité de multiples facteurs de vulnérabilité, l’homophobie et leurs conséquences sur l’estime de soi qui, à son tour, a un impact sur la consommation l’alcool et de drogues et la santé mentale. C’est un cercle vicieux.
 
Dans les situations de vulnérabilité, les barrières sont multiples pour accéder aux services de santé et aux soins. Tout d’abord, les connaissances sur le VIH et les ITS peuvent être limitées voire inexistantes et, quand bien même sont-elles présentes, la prévention peut ne pas constituer une priorité, non plus que la santé dans sa globalité. Le portrait des populations à risque face au VIH n’est ni homogène, ni stagnant et varie en fonction, notamment, de l’évolution des bassins de personnes migrantes. La vulnérabilité sociale est parfois renforcée par les cadres culturels d’ori-gine et il arrive que l’image projetée par les services de santé soit associée à la coercition gouvernementale.Ce sont précisément la crainte de la discrimination (orientation sexuelle, séropositivité), de la stigmatisation (pays d’origine) et de l’oppression (renvoi dans le pays d’origine) qui freinent le dépistage, réduisent l’accès au traitement et ébranlent l’insertion et le maintien des personnes dans un corridor de soins. Depuis des années on sait que les interventions menées par les organismes communautaires permettent de répondre aux besoins de personnes qui ne se dirigent pas d’emblée vers les services sociaux et de santé standards, par méconnaissance, crainte mais aussi – et de plus en plus fréquemment – par l’absence de couverture médicale.
 
Réduire l’écart entre les individus et les services de santé participe d’une dynamique bilatérale. C’est dans cet esprit que depuis deux ans l’Actuel travaille en étroite collaboration avec des organismes communautaires. Ces collaborations ont permis de développer des approches novatrices pour prendre en charge des populations difficiles à rejoindre vivant avec le VIH ou à risque de le contracter, en tenant compte de leur vulnérabilité plutôt qu’en fonction de leurs facteurs de risque. En déclinant les services de façon différente, cette démarche vise à aller vers les personnes plutôt d’attendre l’inverse.
 
C’est ainsi que des services de dépistage de proximité hors murs traditionnels ont été mis en place : un infirmier dépiste et des personnes en intervention communautaire elles-mêmes souvent issues des communautés desservies assurent un accompagnement pré et post test, tout en évaluant les autres besoins. Efficacité, rapidité, adaptabilité. Pour la nouvelle année, ces initiatives se poursuivront, en plus de les déployer spécifiquement auprès des personnes migrantes sur des sites de dépistage adaptés. C’est grâce à l’accroissement d’une offre de dépistage diversifiée, un élargissement de l’accès à la PrEP dans le cadre d’interventions concertées que nous réussirons à éradiquer le VIH/sida.  
 
Réjean Thomas, président-directeur général, 
Clinique médicale l’Actuel    
 
Alexandre Dumont Blais et Brock Dumville, 
codirecteurs généraux, RÉZO 
 
Jeansil Bruyère, directeur général, ACCM
 
[1] «Déclaration politique de 2016 des Nations Unies pour la fin du SIDA : Objectifs et Engagements Mondiaux de Prévention 2020». Feuille de Route de la Prévention du VIH pour 2020. ONUSIDA 2016.