Censure, dénonciation et outing

Censure, dénonciation et outing

Sébastien Thibert
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Deux journalistes saoudiens ont quitté leur pays après avoir été outé par les autorités, sur fond de censure médiatique. Ils sont depuis détenus en Australie, en attendant d’obtenir l’asile politique…

L’Arabie Saoudite est décidément le paradis de la liberté d’expression. Deux journalistes saoudiens sont actuellement détenus dans un centre pour demandeurs d’asile en Australie, après avoir été obligés de fuir leur pays. Les deux hommes ont raconté à l’agence de presse Reuters que les services de sécurité de l’état avaient révélé leur homosexualité à leurs familles, après avoir eu connaissance de leurs connexions avec des médias étrangers.
L’outing des deux hommes étaient selon eux liée à l’arrivée de deux journalistes de la CBC, une télévision canadienne, en Arabie Saoudite. L’un des deux hommes aurait facilité leur entrée sur le territoire, et organisé des interviews, notamment avec deux dissidents au régime saoudien. Ce qui aurait passablement agacé les autorités…

Auditionnés en septembre de l’année dernière par la Présidence de la Sécurité d’Etat, ils auraient été interrogés sur la nature de leur relation. Ils auraient ensuite été menacés de voir leur homosexualité révélée s’ils n’arrêtaient pas de collaborer avec des journalistes étrangers. L’Etat semble alors avoir mis sa menace a exécution, puisque la famille de l’un des deux hommes a été informée de leur « secret »…

Détenus en Australie

L’homosexualité est illégale en Arabie Saoudite, conformément aux lois de la charia. Le plus souvent, elle est punie par une peine de prison et des coups de fouets. Si l’homme est marié, il risque toutefois la lapidation. C’est donc pour éviter de subir ces peines que les deux journalistes ont décidé de partir en Australie. « C’était devenu trop dangereux » raconte l’un des deux hommes à Reuters.

À leur arrivée à l’aéroport, après avoir dit qu’ils étaient demandeurs d’asile, ils ont été arrêtés et placé dans un centre de détention. Selon leur avocate, « tout ce qu’ils craignaient en Arabie Saoudite – sauf la torture et la mort – est devenu réalité en Australie. »