Femmes de (la) Chambre II

Valeurs féminines ajoutées

Michel Joanny-Furtin
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Photo prise par © Christine Latour

Pour une femme d'affaires, quel est l'intérêt de s'y inscrire et/ou de s’y impliquer? Quelle valeur ajoutée apporte une présence féminine dans une Chambre de commerce? Lors de notre enquête le mois dernier sur l’accroissement de la présence féminine au sein de la Chambre de commerce LGBT du Québec (CCLGBTQ), d’autres femmes d’affaires ont tenu à apporter leurs témoignages. Cet intérêt de la part de nos consœurs est gage de «l’empowerment» économique des femmes dans la société dans son ensemble et dans notre communauté plus particulièrement.

Longtemps cantonnées à diriger des causes communautaires et associatives, les femmes affirment de plus en plus leurs compétences de gestion et leurs approches visionnaires du développement des affaires dans des domaines à forte vocation économique en tant qu’entrepreneures ou dirigeantes, et non plus comme exécutantes. Les réseaux se révèlent donc pour elles des atouts indispensables pour faire avancer leurs démarches.

C’est ce que défend l’avocate Marie-Laure Leclercq pour qui la Chambre de commerce LGBT du Québec a permis d’y trouver un soutien, où la nuance LGBT est implicite et n’a pas besoin d’être évoquée. «On n’a pas besoin de le taire ou d’en parler. On est donc plus libre… d’en parler, sourit-elle puisqu’on intègre aussi une communauté de culture. Qui a intérêt à faire des liens trouvera ce qu’il cherche. Toutefois on y rencontre plus de gens comme nous que de vrais clients. Mais les résultats sont là. En plus de briser la solitude, la CCLGBTQ m’a permis de développer des liens personnels qui m’ont apporté des affaires.»

«Une Chambre de commerce LGBT a l’avantage d’amener une réflexion sur la nécessité du genre», complète Marie-Laure Leclercq. «Alors qu’il est de tradition dans nombre d’institutions de genrer toute chose vers une normalité pas tant homophobe qu’hétéronormative mais ignorante de la condition féminine, on fait ici abstraction de cette normalité.» 

Portes ouvertes… à élargir

Impliquée au CA de la CCGQ comme on l’appelait à l’époque (2006-2009), Marielle Dupéré se souvient qu’il n’y avait pas beaucoup de femmes au sein de la Chambre, et même dans les évènements, peu d’entre elles venaient. À la fin de son mandat toutefois, Marielle notait déjà une différence, «mais cela restait difficile.» Le milieu des affaires est-il encore essentiellement masculin? La question divise: «je ne suis plus vraiment d’accord avec ça», corrige-t-elle. «Beaucoup de femmes ont défendu leur place dans différents domaines et je pense qu’aujourd’hui les portes sont pas mal ouvertes. C’est encore difficile; on n’a pas encore la reconnaissance salariale de nos savoirs et de nos compétences, mais c’est plus facile pour les jeunes femmes qui montent.»

Selon elle, il est donc important qu’il y ait de plus en plus de femmes au sein de la CCLGBTQ «comme il y en aura de plus en plus dans la société, les conseils d’administration, les têtes dirigeantes des entreprises et des institutions», avance Marielle. «Il faut représenter toute la communauté: lesbienne, trans, gaie, hétéro, etc. C’est une très bonne idée qu’il y ait plus de femmes et quelles s’impliquent parce que les évènements qui s’y organisent, ce n’est pas juste pour la gente masculine!»

Faire une vraie place aux femmes

La valeur ajoutée d’une présence féminine dans une Chambre de commerce, c’est la diversité des idées et la proactivité. «Une présence féminine à la CC peut amener des changements à la culture interne, reprend Marielle Dupéré, parce qu’un équilibre va peu à peu se mettre en place, une égalité qu’on n’avait pas. Ce n’est pas qu’on n’en voulait pas, se souvient-elle, on avait pourtant de la place pour d’autres, mais personne n’allait de l’avant sur cette question. Heureusement, au fur et à mesure que certains membres partaient, les femmes se sont dit qu’elles pouvaient avoir leur place au sein de la Chambre, mais également au sein de ses instances. Et c’est très bien parce qu’on veut avoir des évènements pas juste masculins mais pour toute la communauté!»

En parallèle, si moins de jeunes viennent dans le Village parce qu’ils et elles sont mieux intégré.es dans leur monde, contrairement à leurs aîné.es qui ont dû se battre pour y parvenir, «c’est la même chose pour les femmes dans le monde du travail», reprend Marielle Dupéré. D’une certaine manière la CCLGBTQ est devenue un atout, un plus, un outil supplémentaire de développement, et n’est plus un passage systématique nécessaire pour un.e entrepreneur.e LGBTQ+. De fait, son ouverture aux entreprises alliées et non-LGBT. 

Au travers des différents contacts liés à cet article, plusieurs questions et réflexions sont apparues apportant quelques bémols. Tout comme dans le milieu des affaires, s’impliquer à la CCLGBTQ apporte une visibilité. Mais l’offre d’activités de la Chambre reste limitée pour que les femmes en affaires en bénéficient véritablement. Un effort est fait dans ce sens, mais il n’y a que les [email protected] où les hommes font affaire entre eux et il semble difficile d’avoir accès à eux, regrettent certaines d’entre elles. Y’aurait-il un autre mode de rencontres à mettre en place lors des [email protected] ou sous une autre forme ? Si les opportunités d’affaires issues des [email protected] sont minimes, toutes s’accordent toutefois sur la visibilité et la crédibilité que le Phénicia confère à la Chambre, seul événement qualifié business selon elles lors de nos échanges.

Enfin, pour conclure en forme de clin d’œil, nos interlocutrices auront par ailleurs constaté qu’une présence féminine dans une Chambre de Commerce LGBT, «ça a grandement changé les conversations de "vestiaires" et calmer la testostérone ambiante…»