Les tubes rétro-éclairés dans le village

Je suis pour le «J’aime quand tu viens»

Denis-Daniel Boullé
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Émois sur les réseaux sociaux devant les inscriptions sur les tubes rétro-éclairés dans le Village. Reportages télé. Indignation devant les messages humoristiques par leur double sens. Effroi devant des références voilées au sexe. Vite que la police des bonnes mœurs frappe. La police des réseaux sociaux. Devant l’ampleur de la réaction de certains, la SDC Village de Montréal a pris le parti de retirer quelques tubes qui seront remplacés. Les parangons de la vertu et de la morale ont gagné.

Je comprends que la SDC, sensible aux commentaires de la population, a pris la décision de retirer certains tubulaires pour ne pas déplaire. Je comprends moins la réaction épidermique des gérants d’estrade sur les réseaux sociaux. 

C’est à se demander ce qu’attend le musée du Louvre pour couvrir d’un cache-sexe la femme représentée jambe écartée sur le tableau de La naissance du monde de Gustave Courbet. Les autorités de Florence devrait-elles enfiler un caleçon de bure au fameux David? Le Courbet du Louvre donne-t-il une mauvaise image des Français.es, comme le David salit des italien.nes… comme les inscriptions à double sens sur les tubes rétro-éclairés qui donneraient une mauvaise image du Village et des LGBT. 

POUR LIRE NOTRE REPORTAGE SUR LA NOUVELLE IMAGE DE MARQUE DU VILLAGE DE MONTRÉAL

Personne ne s’interroge sur la bonne ou la mauvaise image que pourraient donner les hétéros. La question se pose rarement. Mais pour une minorité en recherche d’acceptation, voire d’intégration, la question se pose. Doit-on pour se faire respecter de la majorité adopter ses codes et laisser les siens qui font partie de la culture LBGTQ au placard ? Doit-on sacrifier une culture qui nous a permis de nous retrouver, de nous sécuriser, de nous aider à détruire le placard collectif dans lequel beaucoup aurait aimé nous voir rester, et le jeter dans un fleuve, lesté de blocs de bêton ? Doit-on abandonner ce qui nous a aidé à nous construire au nom d’une simple image de respectabilité. Dans d’autres communautés, on parlerait de tentative de blanchiment en se drapant dans les habits des anciens oppresseurs. 

J’avoue ne pas comprendre. 

On peut aimer ou ne pas aimer les inscriptions. On peut même les trouver d'un goût douteux, cela dépend de chacun. Mais de là à en appeler à la censure, il y a un fossé. L’humour queer ou camp que contiennent ses inscriptions s’inscrivent dans la tradition des mouvements LGBTQ depuis leur naissance. En ce sens, elles ont à mes yeux, leur place dans le Village. Elles reflètent une facette — une facette seulement parmi tant d’autres — de ce que nous sommes, de ce que nous avons été, de ce que nous serons.

Intégration ne veut pas dire «assimilation». 

Depuis le temps que je m’agite dans les milieux LGBTQ, j’en ai entendu de bien hilarantes, mais jamais je ne penserai qu’en 2019, on pourrait encore être horrifié par quelques expressions anodines au point d’en demander le retrait ou de brandir la menace de ne plus remettre les pieds dans le quartier…

Cela me fait penser à celles et ceux — et même parmi des dirigeants communautaires — qui trouvaient que le défilé de la fierté était trop dénudé et que la foule serait outrée d'apercevoir des fesses. Ou encore d’un organisateur d’un gala qui souhaitait qu’il n,Y ait pas de drags ou de gars de cuir comme animateur du show parce qu’il y a avait un grand nombre de personnalités présentes lors de l’événement qui pourraient être indisposé.es. Ce qui n'a jamais été le cas, bien évident.

Et puis c’est penser que la population «at large» non LGBTQ serait par définition étroite d'esprit. Ce qui est loin d’être le cas. Je me souviens encore il y a une quinzaine d’années de quelques chialeux qui se plaignaient de la présence des drags dans les événements ou même de leur «trop grande présence» dans Fugues. Pour eux, elles étaient la représentation de la futilité, et induisaient que tous les gais aimaient se déguiser et se maquiller (Et si c'était le cas, où serait le problème !). Aujourd’hui, ce sont les hétéros qui adorent les drags. Un comédien de télésérie, Guillaume Cyr, me confiait récemment en entrevue qu’il aimerait bien obtenir un jour de drag-queen. Il avait particulièrement aimé Cover-Girl. Bien des Mados, des RuPaul et cie ont brisé des plafonds de verre. Et aujourd'hui, tout le monde adore les drags. 

Rappelons à nos frileux de l’image que les drags, les trans, les lesbiennes, les gars de cuir, les efféminés, toutes celles et ceux qui ne donnaient pas une bonne image pour leur époque, ont été les toutes premières et les tous premiers à sortir dans la rue, à se battre pour les droits, des droits dont les censeurs d’aujourd’hui bénéficient.

Alors pour les tartuffes qui ne sauraient voir ces inscriptions, j'affirme être pour  le «J’aime quand tu viens», et je vous souhaite pour le temps des fêtes de venir aussi souvent que possible,  aussi, seul, à deux, à trois, en groupe. Ça ne pourra vous faire que du bien ! Et de ne garder vos uniformes de police des moeurs que pour vos soirées BDSM