Hongrie

L'indépendance artistique des théâtres subventionnés menacée par l'État

Chantal Cyr , L'agence AFP
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La majorité du Premier ministre nationaliste Viktor Orban a fait adopter mercredi au parlement une loi controversée renforçant la tutelle sur la gestion et les nominations au sein des théâtres subventionnés qui craignent pour leur indépendance artistique.

La loi prévoit d'obliger les théâtres municipaux souhaitant bénéficier de subventions d' «État à consentir à un accord avec le gouvernement pour garantir à celui-ci un rôle dans la gestion de l'établissement et la nomination de son directeur. Durant le vote de la loi au Parlement, où le parti ultra-conservateur Fidesz bénéficie d'une majorité des deux-tiers, des élus d'opposition portaient des masques en signe de protestation.

Lundi soir, quelque 5 000 manifestants, dont le maire libéral de Budapest et des personnalités du monde culturel, avaient manifesté contre le projet du gouvernement dévoilé le même jour avant une adoption par procédure express. Quelque 50 000 personnes ont signé une pétition contre la réforme.

Le projet de loi crée également un nouveau Conseil culturel national sous la houlette d'un responsable nommé par le gouvernement qui sera chargé de planifier le développement et le financement de quelque 17 institutions culturelles de premier plan, notamment l'opéra d'État et le théâtre national.

Le gouvernement a justifié sa volonté de renforcer son contrôle sur les théâtres subventionnés après une retentissante affaire de mœurs dans l'un des établissements réputés de Budapest. Il a assoupli la version finale du texte en retirant une disposition qui prévoyait une nomination directe des directeurs de théâtre par l'État.

Les opposants à la réforme accusent le gouvernement d'instrumentaliser le récent scandale pour restreindre l'indépendance artistique des théâtres, qui produisent parfois des œuvres critiques envers le gouvernement.

Depuis le retour au pouvoir de Viktor Orban en 2010, de nombreuses institutions indépendantes ont été réformées par son parti nationaliste qui se voit régulièrement reprocher des atteintes à l'équilibre des pouvoirs et à l'Etat de droit. Les secteurs de la justice, de l'éducation et de la presse ont notamment été soumis à une organisation plus centralisée.

La presse hongroise favorable au gouvernement est coutumière des campagnes de dénigrement visant les productions culturelles jugées contraires aux valeurs promues par le pouvoir. En 2018, l'Opéra national avait dû annuler des représentations de la comédie musicale Billy Elliot à la suite d'une campagne de presse homophobe. La même année, une exposition sur l'artiste mexicaine Frida Kahlo à Budapest avait été vue comme une apologie du communisme.