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Tik Tok accusé de limiter le contenu des utilisateurs LGBT+

Chantal Cyr
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En deux ans, l’application chinoise TikTok est devenue la plus téléchargée dans le monde avant Instagram et Facebook, avec plus de 1,5 milliard de téléchargements à travers le monde. Particulièrement célèbre auprès des ados, TikTok se veut être une application qui encourage la créativité des utilisateurs à travers des vidéos. Pourtant l’application a limité le contenu de certains utilisateurs (principalement des comptes de militants LGBT+ ou des personnes handicapées) sous le prétexte de «limiter le harcèlement.

Le webzine allemand Netzpolitik.org dévoilait récemment que les règles de modération de l’application placent certains comptes comme «utilisateurs particulier». Ainsi le compte de certains de ces utilisateurs est placé sous le signe «risque 4» : son contenu ne sera visible que dans leur pays natal. Pour d’autres, les mesures de l’application sont plus extrêmes. Lorsque leurs vidéos atteignent entre 6000 et 10 000 vues, leur compte est frappé du sceau «Auto R». Par cette catégorisation, leur contenu n’apparaît plus dans la page «for you», une page d’accueil qui regroupe toutes les vidéos susceptibles de plaire à l’utilisateur et qui est responsable du succès de l’appli.

 

Comme Netzpolitik.org le fait remarquer dans son reportage, là où le bât blesse, c’est que qu’un grand nombre de ces «personnes vulnérables» dont les vues étaient restreintes, arboraient un drapeau arc en ciel dans leur biographie et s’identifiaient comme lesbienne, gay, trans ou non-binaire. Sinon, il s’agissait d’handicapés ou de personnes grosses.

 

Interrogé par le média, TikTok se défend en prônant la prévention. Pour le réseau social, ce sont là des «personnes vulnérables», et «sujettes au harcèlement et à la cyberintimidation en raison de leur état physique ou mental».

 

Une politique de modération qui surprend, même si elle semble motivée par «de bonnes intentions»... TikTok a reconnu que cette approche était imparfaite. «Ce n’est pas une solution à long terme», a soutenu un porte-parole de la plateforme. «En réponse à l’augmentation des cas de cyberharcèlement sur l’application, nous avons mis en place une politique brutale mais temporaire», a poursuivi un porte-parole de l’application auprès du site spécialisé The Verge. « L’intention était bonne mais l’approche était mauvaise et nous avons depuis longtemps changé ces règles en faveur de politiques anti-intimidation plus nuancées».

 

Néanmoins Netzpolitik.org s’est procuré divers documents qui datent de septembre dernier et qui semblent montrer que ces politiques étaient encore en place à ce moment-là, contrairement à ce qu’affirmait deux mois plus tôt les responsables de l’application.

 

Malgré l’énorme célébrité de l’application, celle-ci a été sujette à de nombreuses polémiques depuis son lancement en 2016. Elle avait notamment été accusée de collecter les données personnelles de mineurs. 40% des utilisateurs de TikTok dans le monde appartiennent à la tranche des 16-24 ans. D’autres ont rappelé que le gouvernement chinois, contrôlait en partie l’entreprise propriétaire de TikTok et qu’elle était utilisée à des fin de propagande ou de censure. D’ailleurs, en septembre dernier, TikTok a également été accusé de censurer les contenus LGBT+ dans les pays conservateurs (notamment en Turquie), malgré le fait que l’homosexualité soit légale dans ces pays, comme le révélait le Guardian.

 

Récemment, la vidéo d’une jeune américaine de 17 ans, d’origine chinoise, a été censurée par l’application. L’utilisatrice dénonçait les conditions de vie des Ouighours emprisonnés en Chine. Une vidéo qui n’a évidemment pas plu aux autorités chinoises, qui nient catégoriquement toutes persécutions ou l’existence de camps de travail... Selon Pékin, il s’agirait de «centres de formation professionnelle».