LES 7 VIES DE COLETTE DE FRÉDÉRIC MAGET

Vivre sa vie

André Roy
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ES 7 VIES DE COLETTE DE FRÉDÉRIC MAGET

Colette, qui aimait les chats, a eu comme eux sept vies. Sidonie Gabrielle Colette est née en 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye, en Bourgogne, et est décédée à Paris en 1954, et sa vie est racontée dans un livre qui est aussi un album magnifique: les illustrations (il y en a plus de 300) y prennent une place considérable. C’est une biographie détaillée que les reproductions de photos, d’affiches et de lettres permettent de suivre comme un film. Colette écrivit beaucoup. Elle est connue surtout pour ses Claudine: Claudine à l’école, (1900), Claudine à Paris (1901), Claudine en ménage (1902) et Claudine s’en va (1903), qui parurent sous le nom de Willy, nom de plume de son premier mari, Henry Gauthier-Villars.

Une fois divorcée, elle adoptera son propre nom et signera entre autres ces chefs-d’œuvre que sont Chéri (1912), et La chatte (1942). Ces romans s’inscrivent dans une longue liste d’œuvres qui sont autant des stations autobiographiques d’une vie remplie à ras bord. La vie de celle qui fut également mime, danseuse nue, actrice, journaliste, rédactrice de journaux à scandale, esthéticienne, est un roman.
 
FRÉDÉRIC MAGET
 
L’ouvrage de Maget est divisé en sept chapitres collant aux sept grandes étapes de la vie de Colette: Les sortilèges de l’enfance, Les apprentissages de Colette, Une femme de lettres qui a mal tourné, Une carrière à perdre le souffle, Entre reconnaissance et scandale, Une femme parmi les autres et Savoir décliner. À travers ces chapitres, on comprend comment l’enfance, l’adolescence, la vie adulte et la vieillesse de Colette furent la nourriture de ses œuvres. On s’aperçoit que d’un ouvrage à l’autre les situations, les thèmes de ses personnages et les décors se font écho. Une «tapisserie» si l’on peut dire, qui s’est enrichie au fil des années et qui est sa «recherche du temps perdu». Colette s’inventa une vie en marge des valeurs et des conformismes de son temps. Elle forgea surtout un regard de femme sur le monde. Une femme indépendante et sincère. Gabrielle Colette vit une enfance heureuse, complice de la nature et fortement influencée par sa mère, Sidonie, avant de monter à Paris à vingt ans où elle épousera Henri Gauthier-Villars connu du Tout-Paris et qui introduit Colette dans les salons littéraires. «Nègre» de son mari, elle le laisse signer ses Claudine. Mais elle apprend le métier; ce sont ses années d’apprentissage; Willy lui apprendra tous les trucs du métier (par exemple, l’utilisation des adverbes pour mieux stimuler les réactions du lecteur). Elle retrouve son indépendance après la rupture avec Willy, qu’elle désignera par la suite sous l’expression «le vieux salaud». Elle rencontre Mathilde de Morny qui se fait appeler Missy, qui s’habille toujours en homme et qui lui fit connaître les cercles de l’homosexualité féminine. Colette, pour gagner sa vie, fait ses débuts sur les planches, et avec Missy crée un spectacle, Rêve d’Égypte, qui fit scandale. Elle joue des mimodrames, comme La chair qu’elle interprétera durant quatre ans. Elle rencontre Henry de Jouvenel qui lui fait renoncer au théâtre et à ses tournées, et quitter Missy. Elle devient journaliste à plein temps en 1912. Elle aura une fille d’Henry qu’elle nomme Bel-Gazou. Le monde de la Belle Époque qu’elle a connu s’effondre avec la guerre. Elle se consacre alors de plus en plus son temps à écrire, et la publication en 1920 de Chéri la consacre comme écrivaine exceptionnelle. C’est un chef-d’œuvre et Colette est reconnue par ses pairs. Elle tombe amoureuse de Bertrand de Jouvenel, le fils de son mari, de trente ans son cadet. En 1915, elle rencontre Maurice Goudeket qu’elle épousera dix ans plus tard. Cette union est parfaite: il veillera constamment sur elle. Elle s’installe à Port-Royal et c’est là qu’écrivains et artistes veulent la rencontrer. L’arthrite, qui se déclare durant la guerre, va la handicaper grandement. Elle ne bouge presque plus, assise dans son lit-radeau (comme elle dit). Elle n’est plus la jeune vagabonde qui montrait ses seins nus durant des spectacles, mais une vieille femme percluse qui a, par ailleurs, une mémoire phénoménale. Le gouvernement sollicite pour elle le grade de grand officier de la Légion d’honneur qui se butera au conseil de l’ordre de la Légion qui dénonce «l’immoralité d’une vie dissolue». Le gouvernement tiendra bon et lui remet la médaille en 1953. Malgré la gloire, la mort l’attend qui se présente à elle le 3 août 1954.
 
Avec Les 7 vies de Colette, nous voyons, presque collés à elle, cette femme des plaisirs s’épanouir. Le livre permettra à son public féminin et masculin de s’agrandir encore et encore, et de découvrir une écriture élégante et sensuelle, une des plus belles de la langue française. Voilà certainement un beau cadeau à s’offrir ou à offrir à ses amis. 
 
 
Les 7 vies de Colette / Frédéric Maget, Paris, Flammarion, 2019, 231 p.