Témoignages

MON COMING-OUT

Collaboration Spéciale
Commentaires
Claude et Raymond

À l’automne nous invitions les lecteurs et lectrices de Fugues de nous témoigner comment c’était fait leur sortie du placard. Nous avons reçu un très grand nombre de textes. Voici l’un d’entre eux…

Ce qui se passe dans le placard, reste dans le placard. Ainsi nous parle l’auto-oppression, ce bug en nous qui parasite la vie de tous les homos.
 
Si l’on choisit de garder le silence, alors commence une vie pavée de coups de genou dans les couilles. C’est imagé, j’en conviens. Mais qui n’a pas déjà vécu dans le déni de son orientation? Qui ne s’est pas senti appelé par les thérapies de conversion? C’est ce que j’entends par «coups de genou dans les couilles.» À mes yeux, s’emmurer dans le silence du placard, c’est ça. Par contre, si l’on aspire à joindre les rangs d’hommes ouvertement gais, comme par exemple le Premier ministre d’Irlande, Léo Varadkar; l’auteur à succès et historien Yuval Noah Harari qui vit avec son mari et manager Itzik Yavah; le talentueux Ricky Martin et son boyfriend Jwan Yosef… ou même Michel Girouard (après tout, n’est-il pas le père des sorties du placard du Québec?); donc, si l’on aspire comme eux à vivre la plénitude d’être soi-même, alors on planifie son coming-out. Il parait que les jeunes homosexuels le font dans des vidéos sur Internet. «Grand-maman, je voulais te dire que je suis gai. Je t’aime et j’espère que tu m’accepteras.»
 
Moi, j’ai amorcé mon coming-out très tôt dans la vingtaine, à l’heure des grands succès de Village People. À cette époque, mes lectures auprès des auteurs post-Stonewall m’avaient convaincu d’une vérité fondamentale. Vivre mon orientation sexuelle au grand jour allait diminuer les risques de harcèlement verbal et physique à mon endroit. Cette croyance s’est avérée. Aujourd’hui âgé de 65 ans, malgré quelques éraflures à l’âme, je continue ma vie à découvert, et je m’en porte bien. Cela fait maintenant un an que j’ai rencontré Raymond, un gars de Valcourt, divorcé, père de trois jeunes adultes. Nous nous apprécions au point d’avoir choisi de vivre notre retraite ensemble. Raymond et moi sommes ouverts, très ouverts. Je ne parle pas ici de sexe, non. Ce qui se passe dans notre chambre, reste dans notre chambre. Je dis simplement que nous avons choisi de nous assumer, de vivre notre orientation au grand jour, pleinement conscients que notre sexualité de nous définit pas. En un mot, nous vivons libres, entièrement sortis du placard. C’est la grâce que je vous souhaite.