Rencontre avec Alex Côté

Alex Côté performe d’un continent à l’autre

Samuel Larochelle
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Alex Côté
Photo prise par © Jules Bédard

Depuis seulement cinq ans, Alex Côté a réalisé des résidences artistiques en Irlande, en Espagne, en Suisse, en France et au Portugal. En septembre 2019, il était en action au Festival international d’Art Performance en Martinique. Au printemps 2020, il prendra possession de la Galerie d’art Le Livart, à Montréal, afin d’y présenter WATER.sync, une exposition multidisciplinaire mettant en évidence ses talents pour la photo, la vidéo, la performance, la chorégraphie et la mise en scène.

Étonnamment, le Montréalais de 27 ans a longtemps cru qu’il deviendrait interprète. Toutefois, ses études en jeu lui ont fait prendre conscience qu’il cherchait autre chose. «Inconsciemment, j’avais probablement besoin d’aller à la rencontre de moi-même. En interprétation, ton outil principal, c’est toi. Si tu ne te connais pas, tu vas jouer tout croche. Durant mes études, je n’étais pas nécessairement le plus talentueux. Je voulais beaucoup, mais j’avais encore des couches de conflit intérieur qui ne me laissaient pas être regardé sur scène. Je transformais la réalité sans même le savoir.» Après l’obtention de son diplôme, il a changé de route en se concentrant sur la mise en scène. «J’ai besoin d’être le créateur et de porter une vision, sans être l’outil de quelqu’un d’autre qui veut créer.»

Affirmant qu’il avait du mal à toucher à la vérité émotive en tant qu’acteur, Côté a vite eu le réflexe de retirer les couches d’émotions quand il a commencé à signer des mises en scène. «Je cherchais toujours une neutralité absolue, ce qui m’a amené vert l’art de la performance: un art un peu sans mot, qui n’est pas au service d’un arc émotif, mais d’une esthétique.» Comment explique-t-il ce besoin de s’éloigner des émotions? «Je suis du type à accumuler les émotions, sans les nommer, sans les voir venir, sans les analyser. Je vis les émotions positives, mais je suis un peu déconnecté des négatives. Souvent, je remplis des verres d’émotions et je m’en rends compte quand ils débordent.» Un comportement qui a pris naissance dans la sphère relationnelle de sa vie. «Je pense que ça date de mon processus de coming-out, quand je me cachais de ma vérité, de mes émotions. J’ai été en relation avec une femme durant six ans. J’avais une capacité infinie à dissimuler mes émotions, même à moi-même.»

Bien qu’il ait joué plein de petits rôles à la télévision et dans des publicités, sa carrière s’est surtout déployée à travers ses autres passions. Une de ses photos, tirée du projet Plastic.Humans, est exposée au parc des Faubourgs pour les deux prochaines années. On y voit un collectif d’humains enveloppés de plastique en relation avec la nature aux Chutes Sainte-Marguerite. À l’automne 2019, une de ses vidéos étaient présentées à Never Appart dans le cadre d’une exposition de la peintre Arielle. «C’est une œuvre créée en résidence au Portugal à l’été 2019 avec des artistes québécois et canadiens. La vidéo explore notre relation aux rêves. On a créé une vidéo qui place le spectateur dans un endroit onirique et sans narration, davantage basé sur la performance, les images et leur pouvoir évocateur.»

Sur les réseaux sociaux, on peut découvrir une multitude de photos et de vidéos tirées de ses projets. Plusieurs d’entre elles mettent de l’avant son exploration du corps dénudé en art. «La plupart du temps, quand j’ai une image ou une action performative à réaliser, le costume doit être celui d’Adam ou d’Ève, sinon, il y a une information qui va à l’encontre de l’esthétique ou du message que je veux créer. Les sous-vêtements enlèveraient le focus sur l’état organique des choses. J’essaie de multiplier les images naturelles du monde dans lequel on vit, car il y a une peur de perdre ces paysages naturels.» Quand on lui rétorque que le public peut être déconcentré par une sexua-lisation des corps, Alex Côté affirme qu’il n’a pas d’emprise sur l’interprétation de ses œuvres, mais il va plus loin. «Je dois dire que j’ai aussi envie de nous dépogner en tant que société et de nous réhabituer à voir des corps et des sexes, parce que les seuls auxquels on a accès quand on grandit, c’est Internet qui nous les montre. Et ce qu’on y trouve est très dénaturé, trop parfait et sans diversité.»

Les curieux pourront découvrir le fruit de son travail du 24 mars au 20 avril dans la merveille architecturale qu’est Le Livart. «Je veux présenter la version la plus aboutie de WATER.sync, que j’ai présentée en juillet dernier au Portugal et en septembre en Martinique. J’utilise l’espace pour réfléchir à toutes les relations possibles à l’eau.» Il invite d’ailleurs les gens qui craignent l’art de la performance et les œuvres purement esthétiques sans trame narrative à faire preuve de curiosité. «Devant une performance, ils vont peut-être vivre trente minutes d’inconfort en continue, mais il faut accepter que cet inconfort puisse être aussi important que de se faire toucher émotionnellement par une belle histoire racontée de façon sensible.»