Jeunes

Les adolescents LGB disent obtenir moins de soutien de leurs proches

Chantal Cyr
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Chercheuse à Concordia, Hilary Rose affirme que l’attitude des parents à l’égard des jeunes des minorités sexuelles s’est durcie au cours des deux dernières décennies

Selon une nouvelle étude dont les résultats ont été publiés dans la revue Journal of Child and Family Studies, les parents de jeunes gais, lesbiennes et bisexuels soutiennent moins leurs enfants aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Parallèlement, cette même étude révèle que le soutien parental perçu chez les adolescents hétérosexuels se serait amélioré.

Les auteurs de l’article posent ces résultats en contraste avec l’assouplissement général des mentalités à l’égard de sujets anciennement controversés, comme le mariage gai, au cours de la même période.

« En réalité, cette acceptation sociale grandissante ne s’étend pas jusqu’aux jeunes qui fréquentent encore l’école et qui continuent de subir une discrimination ou une victimisation de la part de leurs camarades de classe », explique Hilary Rose, professeure agrégée au Département des sciences humaines appliquées de l’Université Concordia et co-auteure de l’étude. « Elle n’influe pas non plus sur les relations parents-enfants. En toute honnêteté, ces résultats nous étonnent. » 

Ryan J. Watson, de l’Université du Connecticut, est l’auteur principal du compte rendu. Marion Doull et Elizabeth Saewyc, de l’Université de la Colombie-Britannique, ainsi que Jones Adjei, du Collège de Red Deer, ont également participé aux travaux de recherche.

Des données recueillies sur des décennies

Les chercheurs ont examiné un ensemble exceptionnellement vaste de données colligées à partir du sondage sur la santé des adolescents de la Colombie-Britannique réalisé en 1998, en 2003, en 2008 et en 2013. Les quatre vagues de réponses leur ont fourni des renseignements sur quelque 100 000 adolescentes et adolescents britanno-colombiens. Mené auprès des élèves du secondaire de la province, ce sondage anonyme est effectué tous les cinq ans par la McCreary Centre Society – une ONG sans but lucratif qui se consacre à la santé et au bien-être des jeunes.

Le sondage contient des questions personnelles sur des dizaines de sujets liés à la santé, notamment sur l’orientation sexuelle des répondants et des répondantes. Selon Hilary Rose, le caractère anonyme du sondage permet de recueillir des réponses qui reflètent fidèlement les enjeux auxquels font face les adolescents dans leur environnement quotidien.

« La plupart des études menées auprès des jeunes des minorités sexuelles – un terme générique que nous utilisons pour désigner ces adolescents – portent sur de très petits ensembles de données, fait remarquer la chercheuse. Souvent, les données sont recueillies auprès d’adolescentes et d’adolescents en crise. Mais ici, nous pouvons nous baser sur un échantillon populationnel. Nous disposons ainsi de renseignements sur un grand nombre de jeunes gais, lesbiennes et bisexuels dans un état autre qu’en situation de crise – ce qui est le cas la plupart du temps. »

Société et dynamique familiale ne coïncident pas toujours

Dans leur article, les auteurs mentionnent que « lors des quatre sondages pris en compte, les filles et les garçons hétérosexuels ont affirmé vivre une proximité plus grande avec leur père ou leur mère et profiter d’un plus grand soutien de leur part. Dans de nombreux cas, cependant, les jeunes bisexuels, gais et lesbiennes ont rapporté des degrés de proximité familiale et de soutien parental plus faibles. »

Le compte rendu fait état d’un déclin du soutien perçu par les adolescents des minorités sexuelles de la part des deux parents, cette baisse étant plus prononcée du côté du père.

Bien que les adolescents des minorités sexuelles aient rapporté des degrés de proximité familiale plus élevés en 2013, il n’en demeure pas moins que ces résultats sont nettement plus faibles en comparaison de ceux obtenus chez leurs pairs hétérosexuels.

Pour expliquer ces résultats, Hilary Rose suppose que plusieurs dynamiques sont en jeu.

D’abord, à mesure que s’assouplissent les normes sociales au regard des minorités sexuelles, de plus en plus de jeunes gens trouvent plus facile de faire leur sortie à un plus jeune âge, parfois même avant qu’ils aient atteint la puberté.

Puis, il existe la possibilité d’un ressac face à l’évolution de ces mêmes normes sociales. La question du mariage gai étant venue à occuper de plus en plus d’espace dans les conversations politiques, la chercheuse se demande si le phénomène n’aurait pas mené à une moins grande tolérance envers les minorités sexuelles à la maison.

Les parents comme boucliers

On observe d’emblée, chez les jeunes des minorités sexuelles, des taux d’intimidation, de pensées suicidaires, de dépression et de décrochage scolaire plus élevés, ainsi qu’une tendance à quitter plus tôt le domicile familial. 

« Le soutien parental constitue un facteur de protection d’une extrême importance pour les jeunes des minorités sexuelles, souligne Hilary Rose. Cet appui les aide à composer avec la victimisation à l’école, par exemple. Or, on est en droit de se demander ce que vont faire ces enfants s’ils ne peuvent même pas compter sur le soutien de leurs parents. »

La professeure Rose précise que les chercheurs analyseront bientôt les données du sondage de 2018 sur la santé des adolescents de la Colombie-Britannique.

« Nous savons que les interventions, comme les programmes de parentage, peuvent aider les pères et les mères qui, au départ, avaient rejeté leurs adolescents LGBT, à apprendre à les accepter, souligne-t-elle. Outre la recherche fondamentale, nous devons élaborer des programmes en conséquence, pour aider les parents à mieux soutenir leurs enfants – peu importe leur orientation sexuelle. »

Consultez l’étude citée : Worsening Perceptions of Family Connectedness and Parent Support for Lesbian, Gay, and Bisexual Adolescents.