Où sont les lesbiennes ?

Fume, fume, fume, fais de la fumée…

Julie Vaillancourt
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Julie Vaillancourt

Janvier 2020. Chaque début année fait trembler ce qu’il y a de pire en nous et amène son lot de résolutions, qu’on les tienne… ou pas!

D’ailleurs, pourquoi les résolutions s’appliquent-elles, ou du moins, pourquoi s’applique-t-on à les commencer en janvier? Comme si, le 1er janvier, notre être tout entier devait basculer vers le changement… Ainsi, chaque Nouvel An, depuis dix ans, j’avais les mêmes résolutions (que je n’arrivais pas à tenir, évidemment). Or, j’avais cette bonne foi, un peu comme cette belle robe qu’on garde dans notre placard, sans jamais la porter. Je voulais respecter mes résolutions: mieux manger, faire du sport et… arrêter de fumer.
 
Je sais, fumer ce n’est pas cool. En fait, c’est pu cool. Lorsque ma mère était jeune, en pleine Révolution tranquille, on fumait à tour de bras, dans les cinémas et les ascenseurs, sans que personne ne bronche. Ou presque. «Fume, fume, fume, fais de la fumée» chantaient Les Excentriques, et tous répétaient (fumaient) en chœur! Ma mère me disait même s’être forcée à essayer (en brochant bruyamment) pour avoir l’air cool. Peine perdue: elle n’était pas cool. Des décennies plus tard, pendant que mon père a les dents jaunes de tabac, ma mère a l’air plutôt cool, sans cette dépendance de merde.
 
J’ai commencé à fumer quelque part dans les années 2000. C’était encore cool, mais un peu moins en vogue. Je me souviens qu’on fumait dans les bars et que plein de mes amies fumaient. Au prorata, les lesbiennes fumaient davantage. C’est encore le cas, au prorata, mais je remarque que ceux qui portent des enfants, arrêtent de fumer… souvent pour de bon! J’avais même dit à ma meilleure amie: «Faut que j’aie un enfant pour réussir à arrêter de fumer?» La même qui m’avait dit: «T’as dit à tes parents que tu es lesbienne, mais tu n’es pas capable de leur dire que tu fumes?!» O.K. J’avoue que c’est idiot. Mais affirmer mon orientation sexuelle, lorsque j’étais prête, c’était avouer ma vraie nature, alors que fumer… J’ai toujours voulu croire que ce n’était pas dans ma nature, que c’était plus social, que je n’étais pas «vraiment» dépendante… La tête dans le sable.
 
Puis, les années passent. Tous disent d’arrêter. Ton corps en fait autant. Le fumeur fait la sourde oreille. La nicotine, c’est une drogue, une dépendance. Pour vous dissuader, on met sur les paquets de cigarettes des photos de gens en phase terminale. Who cares ? Ça ne fonctionne pas! On a beau exiger que vous alliez fumer dehors à -25 degrés seul (car c’est pu cool) à 9 mètres de la civilisation... Who cares ? Quand tu réussis à écraser pour de bon, tu ne penses qu’à fumer. Et là, rechute! Ton entourage te juge; les non-fumeurs ne comprennent pas, les ex-fumeurs sont sévères et les fumeurs font preuve d’une fausse empathie, contents de ne plus être les seuls fumeurs du groupe. Désormais fumeur, tu ne penses qu’à arrêter, rongé par la culpabilité.
 
Il y a 10 mois, je voulais arrêter de fumer. J’ai acheté une cigarette électronique, des patchs, de la gomme, des bonbons. Je me suis dit que j’arrêtais de boire, car ça donne envie de fumer. Idem pour le fait de manger ce qu’on aime… Comme faut s’occuper, inscription au sport. Vlan, ANXIÉTÉ. En fait, fumer nourrit      l’anxiété. Aussitôt éteinte, la cigarette devient l’obsession du fumeur: «À quand la prochaine?» exige votre petit diable. Nécessairement, juste l’IDÉE d’arrêter de fumer génère de l’anxiété, donc pas besoin de mentionner que le FAIT d’arrêter est anxiogène. C’est là souvent que la résolution est avortée.
 
Comment font ces gens qui arrêtent de fumer et qui ne touchent plus jamais à la méchante cigarette? Comme par magie, ils di-sent ne plus y penser! Sincère- ment, je croyais que ces gens faisaient partie d’un complot d’hypocrites; vous savez ceux qui font semblant que tout est beau, alors qu’ils s’adonnent pleinement au vice? Puis, moi, la sceptique de toujours, suis tombée sur l’ouvrage La méthode simple pour en finir avec la cigarette d’Allen Carr. Un nombre ahurissant d’internautes disaient avoir arrêté, comme par magie… 14 millions d’exemplaires vendus de cet ouvrage publié dans les années 80.
 
Évidemment, je n’y croyais pas. Arrêter de fumer avec un livre (rires)! La cigarette, c’est une drogue. Néanmoins, je suis curieuse… et sérieuse, donc j’ai suivi les instructions d’Allen Carr à la lettre. Une des premières  instructions: lire le livre en fumant (nécessairement, l’aventure plaisait à la droguée). Puis, après avoir terminé la lecture, j’ai arrêté de fumer. 10 mois plus tard, toujours non-fumeuse! Certes, personne n’est à l’abri de la rechute, mais pour une des premières fois de mes nombreuses tentatives, je suis libre, je ne pense plus à fumer! Lorsque je croise un fumeur dans la rue, l’odeur m’éloigne. En fait, c’est comme si j’avais subi une déprogrammation. Je peux passer des mois sans même penser à la cigarette, alors qu’avant, fumeuse ou ex-fumeuse, c’était mon obsession. Le livre d’Allen Carr fut pour moi une révélation, une cure de désintoxication. Je suis consciente que ce n’est guère le cas de tous: j’ai immédiatement suggéré l’ouvrage à mon père et à mon ex, redevenus fumeurs au moment d’écrire ces lignes. Certes, j’ai croisé plusieurs personnes qui m’ont dit avoir arrêté depuis des années, après la lecture du livre. Nous sommes tous différents. Or, si ma chronique peut motiver ne serait-ce qu’une personne à ne plus ressentir ce besoin ou ce manque de nicotine, l’écriture en vaut la chandelle.
 
Si vous n’êtes pas fumeur, mais avez lu cette chronique jusqu’au bout, sachez qu’Allen Carr, fier de son succès, propose plusieurs autres méthodes simples pour perdre du poids, maîtriser sa consommation d’alcool, se libérer de la dépendance au jeu, prendre la vie du bon côté et, finalement, avoir du succès. Gageons qu’au moins un de ces éléments se retrouve dans votre liste de résolutions…ou dans celles d’une amie!
 
Bon début d’année 2020, avec la meilleure version de vous-même.
julievaillancourt@outlook.com
 
Allen Carr. La Méthode simple pour en finir avec la cigarette, éditeur:
Pocket (2e édition), 2011, 256 pages. Traduit de l’anglais: Allen Carr’s Easy Way to Stop Smoking.
 
Après le succès du livre, les centres Allen Carr se sont développés
dans plus de 45 pays, sans compter des séminaires réguliers
dans des centaines de villes, dont Montréal. www.allencarr.com