Homophobie

A Madagascar, guerre des mots autour d'une loi contre les violences faite aux femmes

L'agence AFP
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Le vote d'une loi réprimant les violences faites aux femmes suscite de vifs remous à Madagascar, où hommes politiques et églises soupçonnent le texte de préparer le terrain à une reconnaissance du mariage homosexuel.

A l'initiative du chef de l'Etat Andry Rajoelina, l'Assemblée nationale et le Sénat ont adopté le 13 décembre un projet de loi sur «la prévention, la poursuite, la répression des actes de violences basées sur le genre». «C'est une grande victoire pour les droits des femmes et des enfants victimes», s'est aussitôt réjouie la Première dame, Mialy Rajoelina, à la pointe du combat.

Selon la présidence, un tiers (30%) des femmes malgaches sont victimes de violences physiques ou psychologiques. Mais à peine voté, le texte, qui renforce notamment les peines de prison infligées aux auteurs de violences, a fait l'objet de vives critiques en raison du libellé de certains articles, accusé d'ouvrir la voie au mariage pour tous.

Dans la très conservatrice île de Madagascar, la loi ne réprime pas les relations homosexuelles mais interdit aux personnes de même sexe de contracter un mariage ou d'adopter un enfant.

La nouvelle loi "sème la zizanie au pays", a déploré un député de l'opposition, Fidèle Razara Pierre. L'élu, repris par de nombreux internautes, dénonce notamment la rédaction de l'article 6 de la loi, qui punit de deux à cinq ans de prison "tout acte de pénétration sexuelle (...) commis sur le conjoint ou sur la personne engagée dans une union". "Pourquoi a-t-on utilisé le mot 'le conjoint' au masculin et non pas 'la conjointe' au féminin ?", s'est interrogé M. Razara Pierre. "Cette loi reconnaît-t-elle déjà la possibilité de n'avoir que des conjoints dans une union ?" "Un flou a été expressément instauré pour avancer d'un petit pas dans ce sens", a-t-il accusé.

Dès le débat du texte devant le Parlement, certains élus s'étaient offusqués de ces mots et avaient refusé de le voter. "Pour moi, l'usage du terme +genre+ est une hypocrisie", a expliqué à l'AFP un député du parti présidentiel, Brunel Razafitsiandraofa, "je préfère les termes 'femmes' et 'enfants' pour éviter toute confusion maligne".

Très influentes à Madagascar, les églises protestantes ont joint leurs voix aux critiques. "L'Eglise (...) se doit d'alerter face à toute menace qui pèse sur la nation", a tonné un de ses responsables, le pasteur Irako Ammi Andriamahazosoa, exhortant le gouvernement à "ne pas favoriser le mariage pour tous".

Pour éviter toute confusion, le gouvernement avait pris la précaution d'inscrire dans la loi que "l'union s'entend comme le lien entre un homme et une femme". Mais face à la polémique, il a dû répéter la semaine dernière que son texte "ne favorise (pas) les unions ou mariages des personnes du même sexe", et condamné ceux qui entretiennent la "confusion" pour des raisons "politiques". La loi controversée doit être validée par la Cour constitutionnelle avant d'entrer en vigueur.