Fédération de Russie

En fuite, une bisexuelle porte plainte après avoir été torturée et exorcisée en Tchétchénie

Yannick LeClerc , L'agence AFP
Commentaires

Une femme bisexuelle russe ayant fui la Russie a porté plainte pour avoir été torturée et internée de force en Tchétchénie, région où les répressions homophobes sont régulièrement dénoncées, afin d'"exorciser les mauvais esprits" en elle.

Aminat Lorsanova, 22 ans, a déposé cette semaine sa plainte auprès du comité d'enquête russe, demandant d'engager des poursuites contre ses parents, un exorciste et le personnel d'un hôpital psychiatrique de Grozny, la capitale tchétchène, selon le Russian LGBT Network.

Une porte-parole de cette association russe de défense des droits des personnes LGBT, qui a aidé Aminat Lorsanova a fuir à l'étranger l'année dernière, a indiqué jeudi qu'ils n'avaient pas encore reçu de réponse. «Ils peuvent classer notre plainte en disant qu'il ne s'est rien passé, ou la transférer au comité d'investigation tchétchène, où nos chances sont inexistantes», auquel cas la Cour européenne des droits de l'homme est le dernier recours, a-t-elle précisé.

Aminat Lorsanova affirme avoir été internée à deux reprises en 2018, au total près de cinq mois, en raison de son orientation sexuelle. Durant cette période, une connaissance de son père l'aurait «battue à plusieurs reprises avec un bâton en lisant le Coran» dans le but d'«expulser les mauvais esprits», précise l'association.

«Je criais de douleur et il hurlait des prières. Ma mère et mon père nous observaient mais n'ont rien fait, malgré mes appels à l'aide», a déclaré Aminat Lorsanova.

La jeune femme, qui a quitté la Russie en avril 2019, affirme avoir été également ligotée et bâillonnée à de nombreuses reprises par son père qui lui aurait administré de force des injections d'antipsychotiques.

Le ministre tchétchène Dzamboulat Oumarov a qualifié les propos d'Aminat Lorsanova d'«absurdes» sur la chaîne russe 360 et affirmé que la lecture du Coran était «thérapeutique». Les autorités tchétchènes sont régulièrement accusées de graves violations des droits envers les personnes LGBT, dont des ONG dénoncent la persécution et la torture.

Selon Veronika Lapina, figure de la défense des droits en Tchétchénie, les exorcismes sont une pratique courante en Tchétchénie ainsi que dans les familles tchétchènes résidant hors de cette république très conservatrice. L'autoritaire dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov y organise depuis plusieurs années une islamisation de la société.

L'homosexualité était considérée en Russie comme un crime jusqu'en 1993 et comme une maladie mentale jusqu'en 1999. En 2013, la Russie a adopté un loi bannissant la «propagande» gai auprès des mineurs. Les personnes LGBT russes font souvent l'objet d'hostilité, de violences et parfois même de meurtres.