Du 12 au 15 février

Pour sortir au jour, Olivier Dubois en solo

Denis-Daniel Boullé
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Il est un chorégraphe et danseur atypique dans le monde de la danse contemporaine. Élu l’un des vingt-cinq meilleurs danseurs au monde en 2011 par le magazine Dance Europe, Olivier Dubois a construit sa réputation grâce à une approche singulière de la danse, ce qui lui a donné une grande reconnaissance aussi bien du public que de la critique. En 2014, il présentait Tragédie à Montréal, une pièce pour 18 danseurs qui avait marqué les esprits et les corps. Avec Pour sortir au jour, Olivier Dubois, seul en scène, installe une complicité avec le public qui découvrira l'artiste au-delà des apparences

Cette idée de solos est arrivée un peu par hasard pour le chorégraphe. À l'origine, une ville, Le Caire, dont il est tombé amoureux et sur laquelle il ne tarit pas d'éloges au cours de l'entrevue aussi bien pour ses bons que ses mauvais côtés. «C'est une ville où je me sens très très bien, où je me ressource, explique-t-il, même si c'est très chaotique, où tous les extrêmes se côtoient, avec une population de 20 millions d'habitants dont plus de la moitié a moins de 15 ans. Et malgré le chaos et la pollution, il y a une organisation fascinante, un relationnel entre les gens qui me plaît». Pour aider une jeune compagnie de danse au Caire, Olivier Dubois propose de présenter quelques solos. «Cela s'est fait très vite parce que nous n'avions pas beaucoup de temps, et puis une fois revenu à Paris, j'ai décidé d'en faire une version plus longue et plus affinée que celle présentée au Caire», continue-t-il.

Son inspiration: le Livre des morts de l'Ancienne Égypte et des inscriptions que l'on retrouve dans les sarcophages et sur les murs des tombes qui racontent le voyage de l'âme pour ne pas qu'elle se perde et meurt définitivement. «Est-ce qu'il en est même pour la danse qui est un art éphémère, fuyant, qui n'existe que lorsqu'on la réincarne tout comme son interprète, avance Olivier Dubois. Il est donc question de la mémoire du corps et de ma mémoire qui possède un nombre incalculable de positions, de mouvements; et lors de chaque représentation, je me mets au défi avec des pièces différentes». Et pour ce faire, le public aura un rôle à jouer avec un jeu d'enveloppes dans lesquelles il pourra choisir la pièce que devra interpréter le danseur. «Et peut-être le public découvrira-t-il ce que renferment mes entrailles, à travers les vestiges des chorégraphies que j'ai faites il y a longtemps», ajoute-t-il en riant.

Peut-être parce que ce danseur ne se sent-il jamais aussi bien que sur une scène. «J'avais envie de danser, de me retrouver sur un plateau, précise Olivier Dubois, c'est un lieu où je me sens bien, un lieu où je me sens réellement moi». Et l'on risque de le voir encore longtemps puisqu'il se considère comme ayant la chance d'avoir un corps qui, avec le temps, garde sa souplesse, qu'il connaît parfaitement et dont il gère grâce à la technique les forces et les faiblesses. «J'ai fait beaucoup de chorégraphies dans lesquelles je n'étais pas mais j'ai aussi toujours dansé. Je travaille la technique tous les jours et c'est cette maîtrise de la technique qui me permet ensuite la liberté dans l'expression», conclut-il.

Avec Pour sortir au jour, le public aura l'occasion de découvrir ce danseur et chorégraphe hors normes dans toute sa simplicité et dans toute sa complexité, dans un dialogue sur la mémoire du corps, l'art, la création, quelque chose qui a tout à voir avec la beauté qui nous manque tellement dans notre quotidien. 6

POUR SORTIR AU JOUR

Création et interprétation Olivier Dubois / Régie générale et son François Caffenne. Coproduction Festival BreakingWalls / Le Caire, le Centquatre/Paris

À l’Agora de la danse - Édifice Wilder,
les 12-13-14 février 2020, à 19h,
et le 15 février 2020, à 16 h.

www.agoradanse.com