PRIX D’EXCELLENCE BÉNÉVOLE

Donner au suivant

André Vaillancourt
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Valérie Mallamo

En novembre dernier, lors de la quinzième édition du Gala Arc-en-Ciel, Valérie Mallamo recevait le prix d’excellence pour son bénévolat au sein de la communauté LGBT québécoise. Celle qui siège au Conseil d’administration de la Coalition des familles LGBT depuis 2013, en assure aussi la coprésidence depuis 2016. Qu’à cela ne tienne, au cours de la dernière décennie, elle a prodigué des centaines et des centaines de formations auprès de divers professionnels afin qu’ils puissent fournir des pratiques professionnelles plus inclusives. Depuis plus d’une vingtaine d’années, cette mère de trois enfants, directrice générale et consultante, donne au sui-vant en s’impliquant au sein de la communauté.

Lorsqu’on évoque son prix reçu au Gala Arc-en-Ciel, Valérie se confie humblement: «Je ne savais pas que j’avais été nominée, par Mona (Greenbaum), alors ç’a vraiment été une surprise. Ça fait tellement d’années que je suis impliquée, que ce n’était pas une attente. J’ai eu tellement de plaisir à faire ça, au fil des ans, que je ne cherche pas la reconnaissance. Je le fais pour les raisons de la cause», notamment celle des familles LGBT, pour laquelle Valérie s’implique depuis plus de 20 ans. 
 
«Ça concorde avec la période à laquelle, ma conjointe et moi, on voulait concevoir une famille. On a découvert l’existence de la Coalition et assez rapidement je m’y suis impliquée de diverses façons. En 2001, toute une stratégie avait été mise en place pour convaincre le gouvernement de permettre l’adoption et de reconnaitre les couples de même sexe, comme pa-rents. C’était un moment effervescent qui s’est soldé, un an plus tard, avec un changement de loi capital pour les familles. C’était très motivant de voir l’impact réel de l’organisme, et attirant de s’y impliquer. Il y a des gens qui ont lutté longtemps sans voir, à court terme, de véritables changements, alors je leur lève mon chapeau! » 
 
À partir de 2009, époque à laquelle la Coalition débute l’offre de formations, Valérie s’y implique de façon ininterrompue. Les premières formations visent à démystifier les familles homoparentales, défaire certains tabous et préjugés, notamment envers les parents LGBT: «rapidement, nous avons constaté qu’il fallait lutter contre l’homophobie (et plus tard, la transphobie)», ajoute Valérie. Et puisque tout commence à l’école, les formations viseront notamment le milieu scolaire, en complémentarité au GRIS: «En 2009-2010, nos enfants nous rapportaient, qu’il y avait encore beaucoup d’homophobie en milieu scolaire.» 
 
Bien que plusieurs lois aient changé, les professeurs ne reçoivent pas officiellement de formation sur l’identité sexuelle et de genre, explique Valérie. Après maints efforts, la Coalition en viendra à former les futurs maitres en éducation, ceux qui étudient pour devenir les professeurs de demain. Les formations feront boule de neige et, au fil des ans, seront prodiguées dans divers milieux (policiers, intervenants communautaires, infirmières, psy) pour que les gens puissent améliorer leurs pratiques professionnelles. Puis, le contenu sera adapté aux besoins: «la trans-identité est devenue un sujet très hot dans les dernières années, donc nous avons créé d’autres contenus pour répondre aux besoins.» 
 
D’ailleurs, à l’heure où l’implantation des cours d’éducation à la sexualité dans les écoles est grandement critiquée, le travail de la Coalition semble d’autant plus pertinent. «Je suis contente que l’éducation à la sexualité revienne, mais je suis inquiète quant à savoir comment ça va se passer sur le terrain», appuie Valérie, avant d’ajouter: «le programme semble très inclusif, mais est-ce que ceux qui diffusent ce programme sont à l’aise de parler de la diversité? Bref, est-ce que leur cours sera inclusif? En ce qui concerne l’identité sexuelle et de genre, les élèves sont bons, ils en savent beaucoup! Parfois, on en est à éduquer les profs pour qu’ils aient l’air moins cons devant leurs élèves!»
 
Si l’élève dépasse parfois le maitre, qu’en est-il du maitre du bénévolat, en dehors des heures de classe? Celle qui possède une maitrise en environnement, est présentement directrice générale d’un projet chez Solution Éco-Fit et consultante à temps partiel en planification stratégique et 
optimisation des ventes. 
 
Où trouve-t-elle le temps pour concilier travail-famille-bénévolat? «Lorsque j’ai reçu le prix, la première personne que j’ai remerciée est ma conjointe. Plus tu donnes en bénévolat, moins tu mets de temps chez vous. Mes enfants comprennent que si notre famille existe, c’est en grande partie parce que des acteurs comme la Coalition et d’autres organismes militent pour la reconnaissance des droits, alors ils comprennent que donner au suivant est une implication souhaitable. Ma conjointe est bénévole aux scouts, où sont mes enfants, eux-mêmes impliqués dans d’autres activités de bénévolat, alors c’est une valeur familiale de faire du bénévolat. Ils sont d’ailleurs très fiers d’avoir une maman impliquée!», conclut celle qui, à l’aube de la cinquantaine, n’est pas près d’arrêter de donner au suivant. 
 
Les formations de la Coalition des familles LGBT sont modulaires et les professionnels peuvent choisir parmi une variété de thématiques.
Informations : www.familleslgbt.org