10 mars 2020

L’univers des cordes d’O’Carolan et de la Suède

Logan Cartier
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L’univers des cordes  d’O’Carolan et de la Suède

Si on connait la musique baroque, on connaît moins celle qui a régné en Suède et ce bien au-delà de l’époque baroque telle que délimitée dans le temps par les spécialistes. Influencée par des musiciens venus de l’extérieur du pays, mais aussi par les musiques traditionnelles, La Nef propose de nous la faire découvrir à la salle Bourgie, dans un spectacle sous la direction musicale d’Alex Kelher et la direction artistique de Sylvain Bergeron. Et peut-être ainsi de découvrir que la musique traditionnelle est encore totalement actuelle.

La compagnie La Nef s’est donnée un large mandat en faisant connaître d’une part la musique ancienne et de tradition orale, de l’autre la musique du monde et de création, et bien sûr rejoindre avec un volet aussi important que les deux premiers, un public jeune. La Nef a donné carte blanche à Alex Kelher pour concocter un programme qui nous fera découvrir une partie de l’héritage musical de la Suède mais aussi des compositions du harpiste irlandais Turlough O’Carolan. En vedette aussi, des instruments que nous connaissons peu ou pas, comme la nyckelharpa. «Beaucoup de musiciens jouent de la nyckelharpa, explique au téléphone Alex Kelher. On la retrouve presque toujours dans les festivals de musique traditionnelle».
 
Si les origines de cet instrument à cordes restent floues, on retrace sa présence en Suède dès le Moyen-Âge. Pour faire simple, la nyckelharpa (vielle à clavier), qui rappelle la vielle à roue, se répandra dans toute l’Europe avec l’introduction de l’archet, lui-même rapporté d’Orient. « Il faut se rappeler que les musiciens de l’époque se déplaçaient beaucoup, et la nyckelharpa se transportait facilement ce qui a peut-être aidé à sa popularisation, continue Alex Kelher, mais c’est à partir des années cinquante que l’on voit un regain pour cet instrument, et aujourd’hui on ne compte plus le nombre de musiciens qui en jouent.»
 
Sur scène, cinq musiciens et leurs instruments, anciens, archiluth, harpe gaélique, harpe baroque, revisiteront des œuvres qui à leur époque étaient jouées régulièrement aussi bien auprès de la population que dans les cours royales. Quant à Torough O’Carolan, (1670-1738) il est connu pour le grand nombre de partitions pour harpe qu’il a laissées. Toute sa vie, l’homme composa pour cet instrument et donna des cours de harpe. On a conservé environ 240 partitions et dans les années 1970, beaucoup de musiciens l’ont redécouvert. La Nef nous propose un voyage dans le temps, mais nous offre la possibilité de se rendre compte du continuum de la musique, de ses influences, des emprunts, aussi bien dans le temps que dans l’espace, très proche de ce qui se fait actuellement par des créateurs contemporains. 
 
O’Carolan Welcome to Sweden Alex Kelher et Sylvain Bergeron
Production de La Nef Mardi 10 mars 2020 à 19h30
Salle Bourgie, Musée des beaux-arts de Montréal,www.mbam.qc.ca