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LGBT Grindr pourrait être racheté par la famille Berlusconi

Alain Dubois
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Une startup milanaise, contrôlée par trois des enfants de Silvio Berlusconi, pourrait acheter Grindr. L’entreprise qui opère la plus importante application de rencontres entre hommes est en vente depuis que le gouvernement américain a demandé à la société chinoise Kunlun de revendre l’application, pour des raisons de sécurité nationale.

La nouvelle, pour le moins étonnante, a fait grand bruit dans la presse italienne. Après avoir passé près de quatre ans sous contrôle chinois, l’application vedette pourrait se retrouver entre les mains de la famille de l’ex-président italien. Le 21 janvier dernier, le journal italien Il Messaggero rapportait que Bending Spoons, une startup milanaise qui développe principalement des applications mobiles, s’apprêtait à faire une grosse offre pour racheter l’appli aux 30millions d’utilisateurs. Or, le groupe Bending Spoons compte parmi ses actionnaires majeurs H14, le fonds d’investissement de Barbara, Eleonora et Luigi Berlusconi, trois des cinq enfants de Silvio Berlusconi, l’ancien chef du gouvernement italien. Cette société propose un rachat de l’application à hauteur de 260 millions de dollars. Une somme qui permettrait à la société chinoise Kunlun, actionnaire de Grindr depuis 2016, de faire un bénéfice de près de 20 millions.  

Rappelons que Beijing Kunlun Tech Co devenait actionnaire majoritaire de l’application achetant, fin 2016, 60 % des parts au multimillionnaire gai Joel Simkhai, avant d’acquérir la balance, en 2018. Mais l’an dernier le gouvernement américain a exprimé ses craintes que la société chinoise «n'aurait pas d'autre choix que de partager des renseignements sur les utilisateurs de Grindr si le gouvernement chinois l'exigeaient». Des porte-paroles du gouvernement américians ont été jusqu’à évoquer un «chantage» potentiel par la Chine, qui pourrait menacer des utilisateurs de révéler leur homosexualité et demander des informations sensibles. On est même allé jusqu’à imaginer «des scénarios plus élaborés» où des utilisateurs seraient repérés, grâce à leur géolocalisation, comme travaillant pour telle ou telle agence ou administration.

D’après Washington, cette situation potentielle est suffisamment dangereuse pour la sécurité nationale, que le Comité pour l'investissement étranger (CFIUS) a avisé la société chinoise quelle devait se départir de Grindr.  Beijing Kunlun Tech Co avait acquis l’entreprise californienne sans avoir déposé sa stratégie d’acquisition au CFIUS pour examen, comme cela est fortement recommandée, la rendant ainsi vulnérable à une intervention du département américain du Trésor.

Après quelques mois d’hésitations, Kunlun a fini par céder, en mai 2019, à la demande du Comité d’investissement étranger (CFIUS), et a retenu les services de la banque d’investissement Cowen Inc. pour gérer le processus de vente et solliciter des intérêts d’acquisition auprès de sociétés d’investissement américaines et occidentales ainsi que de ses concurrents.

Rappelons que Silvio Berlusconi ne s’est pas fait connaître, sous sa présidence du moins, comme un ami des droits LGBT+. «Il vaut mieux avoir la passion des belles femmes qu’être gai», déclarait-il en 2010 alors qu’il était aux prises avec un scandale sexuel impliquant une mineure. Longtemps opposé à l’ouverture de l’union civile aux couples de même sexe, dans un pays conservateur sous l’influence du Vatican, Berlusconi a opéré une conversion tardive à l’égalité des droits. 

En juillet 2014, à l’occasion de la Marche des fiertés, il affirmait dans La Repubblica : «Le combat pour les droits civils des homosexuels est un combat qui devrait être de la responsabilité de tous dans un pays profondément moderne et démocratique». Luigi Berlusconi a lui-même fait l’objet de rumeurs sur sa prétendue homosexualité, ce qui avait passablement déplu à son père.