Sensibilisation

Antoine Bossé fonde le GRIS-Acadie pour transformer son coin de pays

Samuel Larochelle
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Gris

Quand Antoine Bossé a décidé de quitter Montréal pour retourner vivre à Edmundston, au Nouveau-Brunswick, il avait plusieurs objectifs: lancer un volet acadien au GRIS, améliorer la qualité de vie des personnes LGBTQ+ dans son coin de pays et ralentir leur exode. Avec le soutien du GRIS-Montréal, il a organisé un week-end de formation de bénévo-les, qui font actuellement leurs premières interventions dans les écoles.

Même s’il ressentait le besoin de retourner vivre là où il avait grandi, Antoine repoussait le projet en raison de son homosexualité. «C’était mon plus grand obstacle, car je n’aurais plus la même qualité de vie en lien avec mon orientation sexuelle. Sauf que si tout le monde pense comme ça, personne ne va y aller. Au lieu de faire partie du cercle vicieux, j’ai décidé d’en sortir et d’essayer de faire une différence.» Ayant lui-même été formé au GRIS-Montréal à l’automne 2018, il savait tout le bien que l’organisme pouvait apporter. «Si j’avais vu quelqu’un du GRIS à l’école, mon développement aurait été plus rapide. En grandissant ici, je n’ai jamais rencontré une personne de la communauté. Il n’y avait pas de représentation dans les médias. Je n’ai jamais eu de références d’une personne homosexuelle et heureuse ici. Ça m’a toujours semblé impossible, jusqu’à ce que je quitte l’Acadie. Dans le temps, je me disais que c’était impossible de faire mon coming-out ici et que j’avais le choix entre faire semblant avec une fille ou mettre fin à ma vie...  Ç’aurait peut-être juste pris la visite d’un adulte gai à l’aise avec lui-même pour changer ma perception.»
 
Même s’il sent une ouverture grandissante en Acadie et un désir de mieux faire chez plusieurs de ses concitoyens, il affirme que tout le monde est conscient d’un retard dans les mentalités. «Encore aujourd’hui, Edmundston est particu-lièrement homophobe et macho. Les rôles de genres sont toujours très forts: t’es pas un homme si tu ne portes pas de barbe et si t’es pas habillé d’une certaine façon. Il y a des affaires que j’entends et que je subis depuis mon retour qui m’affectent. Des gens qui parlent de fifs sans savoir que je suis gai. D’autres qui expliquent la distinction entre les homosexuels et les tapettes... Je feel pas bien quand j’entends ça. Ça me blesse, mais ça me motive aussi à changer les choses.» À commencer par susciter une prise de conscience de l’exode des jeunes gais. «Je fais réaliser au monde l’importance de l’exode des jeunes de l’Acadie et je leur demande de penser aux homosexuels qu’ils connaissent qui sont restés. Ils ont toujours de la misère à en trouver, parce qu’ils sont tous partis! Quand ils réalisent ça, ça les fesse.»
 
Antoine Bossé a également demandé le soutien du GRIS-Montréal pour former des bénévoles. «La directrice Marie Houzeau m’a guidé pour trouver du monde, parler de l’organisme, noter ceux qui avaient de l’intérêt. Quand j’ai eu assez de personnes qui voulaient suivre la formation, j’ai cherché du financement de source locale pour avoir l’engagement de la communauté. La ville d’Edmundston a financé la venue de six formateurs du GRIS-Montréal à Edmundston.» Ce n’est pas la première fois que l’organisation montréalaise sort de la métropole, elle qui a formé des bénévoles de la Gaspésie à l’Abitibi-Témiscamingue, sans oublier l’Alberta! Selon l’un des formateurs du GRIS-Montréal, Anthony Laroche, le week-end intensif en Acadie a été un succès. «Malgré la formule un peu condensée de cette fin de semaine, nous avons trouvé que la formation s'était très bien passé, probablement dû à la grande motivation des participants, dit-il. D'ailleurs, ils étaient presque tous déjà prêts à aller en classe à la fin du week-end.»
 
Au cours des premières semaines de 2020, les bénévoles du GRIS-Acadie visiteront huit écoles secondaires, deux bibliothèques, le Sommet LGBTQ+ des écoles secondaires et le Réseau des femmes du Nouveau-Brunswick en mars. «On a des demandes sur la Péninsule acadienne et d’autres jusqu’à Fredericton, qui se trouve à environ 2h30 d’Edmundston, explique Antoine Bossé. On commence par le nord-ouest de la province, mais ultimement, on aimerait couvrir les Mariti-mes. Lorsqu’on pourra former des bénévoles à Moncton, ils ne seront pas très loin de la Nouvelle-Écosse et de l’Île-du-Prince-Édouard.» 
 
Le GRIS-Acadie prévoit aussi emboîter le pas de sa grande sœur montréalaise en envoyant des bénévoles dans les centres de personnes âgées. «J’aimerais prendre le pouls des écoles d’abord, mais j’ai déjà remarqué une grosse demande pour les personnes âgées et les adultes en général. Le poste de police d’Edmundston m’a demandé un guide de comportements pour bien agir avec les personnes de la communauté LGBTQ+. On répond vraiment à un besoin.»