Irlande

Le premier ministre gai Leo Varadkar face aux urnes

Yannick LeClerc , L'agence AFP
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Métis, homosexuel et âgé seulement de 41 ans, le Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, symbolise la libéralisation d'un pays réputé conservateur. Après moins de trois ans au pouvoir, il affronte le verdict des urnes pour la première fois.

Ce médecin de formation à la carrière politique météorique est arrivé au pouvoir en juin 2017, en prenant la tête du parti de centre-droit au pouvoir, le Fine Gael, après la démission du Premier ministre Enda Kenny, dont le gouvernement était plombé par des mesures impopulaires.

Lors du scrutin de samedi, les électeurs pourront se prononcer sur ses deux ans et demi à la tête du gouvernement, à l'issue d'une campagne où il s'est posé comme l'homme capable de tenir la barre à travers la tempête du Brexit.

Leo Varadkar est né le 18 janvier 1979 d'un père médecin immigré indien et d'une mère irlandaise, infirmière. À l'âge de sept ans, il ambitionne d'être ministre de la Santé. Il fait ses études au Trinity College de Dublin, considéré comme la plus prestigieuse université irlandaise, et obtient en 2003 son diplôme de médecine, pour être généraliste. Pendant ses années d'étude, il est un membre actif du mouvement de jeunesse du Fine Gael et occupe le poste de vice-président des jeunes du Parti populaire européen.

En 2007, à 28 ans, il est élu à la chambre basse du Parlement irlandais, le Dail Eireann, dans la circonscription de Dublin ouest. Sa formation arrive au pouvoir aux législatives de 2011, alors que le parti rival, le Fianna Fail, se voyait reprocher d'être responsable de la récession qui a ravagé l'économie. De 2011 à 2016, il enchaîne les postes de ministre, d'abord aux Transports, Tourisme et Sports, puis à la Santé.

En 2015, avant le référendum ouvrant le mariage aux couples de même sexe, Leo Varadkar a révélé publiquement son homosexualité. «Je suis gay, ce n'est pas un secret, mais pas nécessairement quelque chose que tout le monde sait», a-t-il déclaré sur les ondes de la radio publique RTE. Cette annonce, intervenue dans un contexte où le pays était en train de se défaire de la forte empreinte de l'Eglise sur la société, lui a valu des éloges de toutes parts de la classe politique irlandaise.

Deux ans plus tard, il accédait à la tête du Fine Gael. L'une de ses premières annonces en tant que chef du gouvernement a été la tenue d'un référendum pour lever l'interdiction de l'avortement. Ce sera chose faite en 2018, à 66%.

Mais une biographie publiée en 2018, «A very modern Taoiseach» (Un premier ministre très moderne), dépeint un Leo Varadkar à la personnalité plutôt terne, qui était dans le passé contre l'avortement et réservé quant au mariage homosexuel. En couple avec un cardiologue, il n'est d'ailleurs pas marié et a récemment confié qu'il n'avait pas de projets en ce sens.

Solide sur ses appuis libéraux, Varadkar se voit reprocher d'avoir échoué sur des questions comme le logement, les sans-abri et la santé. Celui qui a provoqué la colère des agriculteurs en disant manger moins de viande pour rester en forme et moins polluer est aussi critiqué pour sa maladresse.

«Je me soucie profondément de notre pays et des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Peut-être que je ne le traduis pas dans mes mots aussi bien que mes opposants, mais je le fais en actes», a-t-il convenu lors du premier débat électoral.

Son mandat a surtout été marqué par les suites du séisme du référendum de 2016 où les Britanniques ont décidé à 52% de quitter l'Union européenne. Il espère être reconduit à la tête du gouvernement grâce à son rôle dans les négociations sur le Brexit, qui ont permis de trouver une solution évitant le retour à une frontière physique entre l'Irlande et l'Irlande du Nord.

Une stratégie risquée alors que la campagne s'est concentrée sur les problématiques locales. «Le Brexit n'est pas encore fait, on n'en est qu'à la mi-temps», a-t-il averti en annonçant le mois dernier la tenue des élections.

Rédaction avec AFP