Vietnam

Les jeunes LGBT au Vietnam sont laissés sans protection

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Les mythes relatifs à l’orientation et à l’identité sexuelles, très répandus au Vietnam, contribuent à des violences et à des discriminations qui sont fortement ressenties par les jeunes membres de la communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre (LGBT) de ce pays, a déclaré Human Rights dans un rapport publié aujourd’hui.

Ce rapport de 65 pages, intitulé « ‘My Teacher Said I Had a Disease’: Barriers to the Right to Education for LGBT Youth in Vietnam » (« ‘Mon professeur disait que j’avais une maladie’: Entraves au droit à l’éducation pour les jeunes LGBT au Vietnam »), documente comment les jeunes LGBT au Vietnam se heurtent à l’ostracisme et aux discriminations, aussi bien chez eux qu’à l’école, à cause de mythes persistants tels que la fausse croyance selon laquelle ressentir de l’attraction pour une personne du même sexe est une maladie mentale dépistable, traitable et guérissable. Beaucoup d’entre eux subissent des actes de harcèlement verbal et des brimades, qui mènent dans certains cas à des violences physiques. Les enseignants sont souvent dépourvus de formation et mal équipés pour faire face à des cas de discrimination anti-LGBT, et leurs cours entretiennent fréquemment le mythe très répandu au Vietnam selon lequel l’attraction pour une personne du même sexe est une maladie, a constaté Human Rights Watch. Le gouvernement du Vietnam devrait honorer les engagements qu’il a pris de protéger les droits des personnes LGBT.

« Ces dernières années, le gouvernement du Vietnam a indiqué sa volonté de soutenir les droits des personnes LGBT, mais les changements concrets de politique se font attendre », a déclaré Graeme Reid, directeur de la division Droits des LGBT à Human Rights Watch. « Les jeunes LGBT sont particulièrement vulnérables, en raison de l’insuffisance de leurs protections juridiques et de la prévalence d’informations erronées au sujet de l’orientation et de l’identité sexuelles. »

Le rapport est basé sur des entretiens en profondeur menés au Vietnam avec 52 jeunes LGBT, ainsi qu’avec des enseignants et d’autres membres du personnel scolaire. Il analyse la politique actuelle du gouvernement vietnamien et certains de ses documents de programmation, ainsi que les engagements qu’il a pris pour améliorer la situation des personnes LGBT.

Les informations erronées concernant l’orientation et l’identité sexuelles sont omniprésentes au Vietnam et ont un impact particulièrement fort sur les jeunes. Bien que le Vietnam soit doté de plusieurs lois qui interdisent les discriminations et affirment le droit à l’éducation de tous les enfants, l’actuel programme national d’enseignement et la politique en matière d’éducation sexuelle sont en-deçà des normes internationales et ne comportent pas de discussion obligatoire de l’orientation et de l’identité sexuelles. Même si certains professeurs et certains établissements scolaires décident d’eux-mêmes d’inclure de tels cours, le passage sous silence de ces thèmes à l’échelle nationale laisse la majorité des élèves et étudiants au Vietnam dépourvus d’éléments de base concernant l’orientation et l’identité sexuelles, a constaté Human Rights Watch.

« On ne m’a jamais rien appris au sujet des LGBT », a déclaré Tuyen, une jeune femme bisexuelle de 20 ans, à Human Rights Watch. « Il y a très peu de gens qui pensent que c’est normal. » Un conseiller d’établissement a déclaré: « Il y a énormément de pression sur les enfants pour qu’ils soient hétérosexuels. Il est constamment répété qu’être attiré par quelqu’un du même sexe est une chose qui peut et qui doit être changée et corrigée. »

Le ministère de l’Éducation a effectué un pas dans la bonne direction en 2019, en produisant, avec l’aide des agences des Nations Unies, des directives pour l’élaboration d’un programme complet d’éducation sur la sexualité incluant les phénomènes LGBT, mais ce programme n’a pas encore été créé.

Human Rights Watch a constaté que le harcèlement verbal des élèves LGBT est monnaie courante dans les écoles vietnamiennes. Des élèves d’écoles très diverses – rurales et urbaines, publiques et privées – ont affirmé qu’élèves et enseignants usaient régulièrement d’un langage péjoratif à l’égard des personnes LGBT, se référant parfois directement à eux et accompagné de menaces de violence.

D’autres études, notamment des recherches effectuées par des agences de l’ONU et des organisations vietnamiennes, ont fait apparaître des éléments similaires. Dans un rapport daté de 2014, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a noté: « Les établissements scolaires et universitaires ne sont pas sûrs pour les élèves et étudiants LGBT, du fait de l’absence de politiques de prévention des brimades et des discriminations. En outre, l’éducation sexuelle et l'enseignement relatif à l’orientation et à l’identité sexuelles sont toujours limités au Viet Nam et considérés comme des sujets sensibles que les professeurs ont tendance à éviter. »

Bien que cela semble moins fréquent, certains jeunes LGBT font également état de violences physiques. « [Les brimades] étaient essentiellement verbales mais une fois, j’ai été passé à tabac par cinq ou six types en classe de 4ème, simplement parce qu’ils n’aimaient pas mon allure », a déclaré une des personnes interrogées.

Dans les cas où des abus verbaux et physiques sont commis, le personnel scolaire réagit de manière inégale. La majorité des jeunes LGBT interrogés qui ont subi des brimades à l’école ont déclaré qu’ils ne se sentaient pas à l’aise pour rapporter les incidents. Parfois c’était en raison du comportement du personnel, ouvertement dicté par des préjugés. Dans d’autres cas, les élèves présumaient qu’il ne serait pas prudent pour eux de se tourner vers les adultes pour chercher de l’aide.

Même dans les cas où les élèves ne subissaient pas d’abus verbaux ou physiques, beaucoup ont expliqué que leurs familles, leurs pairs et leurs professeurs les ostracisaient et les excluaient implicitement et explicitement. Cela se produit en classe, où les professeurs qualifient de « contre nature » toute relation qui ne soit pas hétérosexuelle et procréative, ainsi qu’à la maison, où les parents menacent leurs enfants de violences, d’expulsion ou de leur faire subir un traitement médical s’ils sont gays ou lesbiennes.

En 2016, alors qu’il siégeait au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, le Vietnam a voté en faveur d’une résolution sur la protection contre les violences et les discriminations basées sur l'orientation sexuelle et l’identité sexuelle, déclarant: « La raison du vote positif du Vietnam réside dans les changements intervenus à la fois en politique intérieure et dans la politique internationale en ce qui concerne les droits des LGBT. » D’autres gouvernements d’Asie ont récemment modifié leurs politiques pour inclure et protéger les jeunes LGBT, notamment le Japon, le Cambodge et les Philippines.

« L’alignement déclaré du gouvernement sur un mouvement mondial tendant à respecter les droits des personnes LGBT reflète une certaine volonté politique d’apporter des changements législatifs et politiques très nécessaires », a affirmé Graeme Reid. « Protéger des jeunes contre les violences et les discriminations et s’assurer que leur éducation soit basée sur des faits plutôt que sur des préjugés constitue un premier pas important. »

 

SOURCE : HUMAN RIGHT WATCH