Polémique

Critiqué pour sa collaboration avec le Qatar, le Palais de Tokyo relativise la situation des LGBT dans l'émirat

Chantal Cyr , L'agence AFP
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Une exposition du Palais de Tokyo organisée en partenariat avec un musée d’État au Qatar est l'objet de critiques persistantes depuis plusieurs semaines. En guise de réponse à ces critiques, la présidente de l'établissement relativise la situation des homosexuels dans l’émirat.

Le Palais de Tokyo à Paris collabore avec le Musée Mathaf Arabe d'Art Moderne sur une exposition intitulée «Our World is Burning» (Notre monde brûle), dans le cadre de l'Année de la Culture Qatar-France 2020.

L'exposition entend offrir une «vision pleinement politique de la création contemporaine internationale vue du Golfe», selon le site Internet du Palais de Tokyo. Mais les critiques ont noté l'hypocrisie d'un centre d'art qui bien qu’il se positionne comme favorable aux LGBT, travaille aux côtés d'un pays qui punit l'homosexualité avec jusqu'à sept ans de prison.

Dans un entretien avec l’AFP, la présidente du Palais de Tokyo, Emma Lavigne, dénonce un «assassinat sur les réseaux sociaux».  À la question "Alors que le Palais de Tokyo et vous-même êtes connus pour votre ouverture aux questions du genre, que répondez-vous aux milieux LGBT qui regrettent que l'exposition «Le monde brûle» ait été montée avec le Qatar, où l'homosexualité est passible de la peine de mort?, elle réplique: «Le Qatar est un pays très neuf. Il y a la charia dans la Constitution mais pas d'application de la peine de mort. La dernière exécution date de 1974. Il a encore des marges de progression à faire sur la question de l'homosexualité, mais en France, l'homosexualité n'avait pas été reconnue jusqu'à récemment. Au Qatar, elle est tout à fait tolérée dès lors qu'elle n'est pas démonstrative. Dans les années 50/60 en France, aux États-Unis, c'était ainsi. Et il y a encore beaucoup d'homophobie en France».

«Nous ne travaillons pas avec un régime politique, on ne fait pas une expo avec l'Office du tourisme du Qatar, poursuit-elle. Il y a un côté très moralisateur en ce moment. Où cela va-t-il nous amener? On va condamner l'Amérique de Trump et ne plus faire d'expositions avec nos collègues américains? Il faut avoir foi dans la force des institutions culturelles, outils d'évolution des mentalités, territoires de partage de sensibilités».