Où sont les lesbiennes ?

FemmeRéaliste

Julie Vaillancourt
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Julie Vaillancourt

Le 8 mars prochain se tiendra la Journée internationale des droits des femmes ou Journée internationale des femmes, selon certains pays. Si l’appellation change, il n’en demeure pas moins que cette journée célèbre la femme dans une perspective féministe: l’égalité hommes-femmes. Une journée qui rappelle que, malgré les qu’en-dira-t-on (invisibilisation des femmes, haine des féministes, montée du masculinisme), l’égalité n’est pas atteinte. Nul besoin d’apposer hashtag féminismetoxique à cette chronique. Allons-y plutôt avec le hashtag femmeréaliste.

Dans un passé pas si lointain, un individu avait commenté #féminismetoxique aux côtés d’une de mes chroniques. S’afficher féminis-te ou tenir des propos féministes dérange encore en 2020. Il y a une incompréhension, une peur, associée au féminisme. Pourtant le féminisme prône l’égalité entre les hommes et les femmes. Comment le fait de revendiquer l’égalité entre citoyens du monde peut-il être toxique? Par exemple, dans une relation amoureuse, comment ne pas vouloir que notre partenaire de vie soit notre égal? N’est-ce pas la base du respect et de l’amour? Dans le contexte familial, comment ne pas vouloir élever ses enfants également, peu importe leur sexe? C’est la base de l’amour. En fait, revendiquer l’égalité n’a rien de toxique. Sauf quand tu es au sommet de la pyramide sociale et que tu es ce pharaon, ce président (du boys club) et que c’est toi qui tires les ficelles de tes sujets qui forment la base de la pyramide: au pire, tu es ce soldat, au service de l’Égypte antique, de la monarchie, de l’État, mais souvent tu es le simple paysan, du p’tit peuple, avant de te retrouver esclave et prisonnier de guerre.
 
Dans certains contextes et en certaines sociétés, la femme demeure malheureusement esclave de l’homme. Esclave sociale, souvent esclave sexuelle. Au haut de la pyramide, où pouvoir, argent et visibilité dominent, elles assouvissent les besoins sexuels qui se retrouvent au bas de la pyramide (de Maslow, cette fois).
 
Revenons sur ce meurtre sordide de Marylène Lévesque, 22 ans, travailleuse du sexe dans un salon de massage érotique à Sainte-Foy, en janvier dernier. Elle fut assassinée parce qu’elle était une femme; c’est un féminicide. La question n’est pas de savoir si vous êtes pour ou contre le travail du sexe… ou votre avis sur la prostitution. En fait, on ne devrait pas juger l’occupation de la victime ici, mais plutôt le geste de l’accusé et l’échec de sa réinsertion sociale. Eustachio Gallese était en semi-liberté depuis mars dernier, soit près de 15 ans après avoir assassiné sa conjointe à coups de marteau et en la poignardant. Puis, il se rendra lui-même à la police pour confesser son meurtre, signe qu’il a mal agi, une fois de plus. Il était d’ailleurs à l’origine de plusieurs épisodes de violence conjugale… Réinsertion sociale: FAIL.
 
Plus grave encore, il avait obtenu la bénédiction de la Commission des libérations conditionnelles. L’agente de libération conditionnelle ayant même souligné qu’une stratégie avait été développée afin que le meurtrier puisse rencontrer des femmes afin de répondre à ses besoins sexuels !?! Malgré un féminicide d’une violence inouïe, un jugement d’une commission de libération a permis à un meurtrier reconnu comme impulsif et agressif de fréquenter des femmes pour assouvir ses besoins sexuels. Dans quelle société vivons-nous? Il ne peut pas se masturber comme tout le monde? On doit fournir une femme à un meurtrier, afin qu’il puisse assouvir ses «besoins»? N’évoquez surtout pas le manque «d’expérience» de l’agente de la commission… C’est clairement un manque de jugement et de bon sens! Est-ce que pour réhabiliter un pédophile, on lui permettra de garder des enfants, d’ouvrir une garderie afin de répondre à ses besoins d’être parent?
 
Parole de #femmeréaliste, nous sommes dans une société en perte de jugement où la phallocratie domine. C’est d’ailleurs un homme gai et féministe – chroniqueur au Fugues depuis des lustres - qui m’a appris ce terme. C’est un allié. Bien sûr, tous les hommes ne sont pas contre le féminisme. La majorité est pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Par contre, à l’opposé, ceux qui bafouent tous les concepts d’égalité sociale et qui s’en sortent ouvertement avec grande visibilité médiatique sont encore trop nombreux.
 
En haut de la pyramide où pouvoir, argent et visibilité dominent, tout se paie et se transige. La loi n’y fait guère exception. De Cloutier à Rozon, d’Ailes (ex-président de Fox News) à Weinstein, autant d’exemples qui prouvent que l’histoire se répète avec des hommes de pouvoir, où ce sont les victimes qui paient le prix d’un système défaillant. Par exemple, au Québec, lorsqu’un délinquant sexuel part en voyage sept jours ou plus, il doit obligatoirement le déclarer au registre des délinquants sexuels. Cela dit, lorsqu’il débarque de l’avion, il peut faire ce qu’il veut de ses fesses (et de celles des autres). Bref, lorsqu’un délinquant sexuel déclare partir en «voyage d’affaires» en Thaïlande, c’est probablement pour y faire du tourisme sexuel, en toute liberté…et en tout savoir de l’État.
 
Vous trouvez ma blague de mauvais goût? C’est plutôt la façon dont on traite les femmes dans certains pays qui laissent un goût amer en bouche… Vous pouvez taguer #féminismetoxique, mais je préfère plutôt la vérité #femmeréaliste. Bien sûr, le féminisme concerne l’égalité hommes-femmes dans toutes les sphères sociales. Les violences sexuelles me paraissent (malheureusement) d’actualité. C’est d’ailleurs très peu exhaustif, si l’on tient compte d’une vision globale. Nous n’avons pas abordé d’autres «pratiques» comme le viol correctif. Vous avez bien lu «correctif» et non «collectif». Nombre de gens ne savent guère ce qu’est le viol correctif, qui désigne une «pratique criminelle répandue en Afrique du Sud où des personnes LGBT, principalement des lesbiennes, sont violées dans le but de prétendre les «guérir» de leur homosexualité».
 
Si cette définition  semble décrire une lointaine pratique barbare, elle est pourtant bien réelle. Car voyez-vous, au bas de cette pyramide, il y a celles qui ne peuvent prétendre à être elles-mêmes. Ces femmes qui aiment d’autres femmes, mais qu’on désire corriger. Celles qui se retrouvent au bas de cette pyramide patriarcale et hétérosexiste. Si le triangle pointé vers le haut symbolise le feu et le sexe masculin, lorsque pointé vers le bas, il symbolise l’eau et le sexe féminin. Le triangle inversé, une pyramide inversée. Nul doute qu’il sera associé au mouvement LGBT. Un jour, peut-être, pourrons-nous aller au-delà des inversions et des injustices, pour parvenir à une éga-lité entre les hommes et les femmes. Ce jour-là, seulement, le féminisme deviendra peut-être toxique. Mais voyez-vous je suis une femme réaliste.