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Ottawa s'attaque aux prétendues thérapies de conversion

Sébastien Thibert
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Le gouvernement Trudeau a présenté lundi un projet de loi visant à interdire les prétendues «thérapies de conversion» visant à changer l’orientation sexuelle des personnes LGBT, sauf pour les adultes consentants.

Pendant la dernière campagne électorale, les libéraux avaient promis des modifications au Code criminel pour interdire, plus particulièrement chez les mineurs, cette pratique dangereuse et désapprouvée scientifiquement. Selon nos informations, certaines mesures proposées par le gouvernement s’appliqueront aussi aux adultes

Le texte créerait cinq nouvelles infractions au code criminel canadien en interdisant notamment de faire subir à un mineur une telle "thérapie", au Canada ou à l’étranger.

En vertu du projet, un adulte ne pourrait pas non plus subir une telle "thérapie" contre son gré et personne ne pourrait en faire la publicité ou en tirer profit. Ce texte, s’il était adopté, ferait du Canada l’un des pays "les plus progressistes au monde" dans ce domaine, a dit à la presse David Lametti, ministre de la Justice, en le présentant au Parlement.

Deux adultes ayant été contraints de suivre de pareilles thérapies pendant leur enfance ont témoigné sur ce qu’ils ont vécu. "Je suis une survivante des thérapies de conversion", a dit Erika, une personne trans. "Je suis prisonnière de mon corps à cause de ce que mon thérapeute m’a fait et je vis avec les conséquences tous les jours", a-t-elle dénoncé.

La science démontre que cette pratique ne fonctionne pas. C’est destructeur, dommageable et ça ne devrait pas exister. — Bardish Chagger, ministre de la Diversité, de l’Inclusion et de la Jeunesse

Le projet de loi précise que les thérapies de conversion causent des préjudices aux victimes mais également à la société, notamment parce qu’elles se fondent sur des mythes et stéréotypes qu’elles contribuent à propager au sujet de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre, dont le mythe selon lequel l’orientation sexuelle et l’identité de genre peuvent et devraient être modifiées.

La loi proposée définit la "thérapie de conversion" comme "tout service, pratique ou traitement conçu pour transformer l’orientation sexuelle d’une personne afin de la rendre hétérosexuelle, rétablir l’identité de genre à celle qui correspond au sexe attribué à la naissance, ou réprimer ou réduire l’attraction sexuelle ou les comportements sexuels non hétérosexuels".

Selon une récente enquête officielle, 47?000 hommes canadiens appartenant à une minorité sexuelle ont été soumis à une thérapie de conversion.

La Société canadienne de psychologie (SCP) a fait savoir qu’elle s'oppose à toute thérapie visant à réparer ou à convertir l'orientation sexuelle d'une personne, quel que soit son âge. La SCP souligne que ces interventions peuvent entraîner des conséquences négatives comme la détresse, l’anxiété et la dépression.

Déjà, certaines provinces, dont l’Ontario, le Manitoba et la Nouvelle-Écosse, ont adopté des mesures pour interdire les thérapies de conversion. Des villes comme Vancouver, Calgary et Edmonton ont aussi banni cette pratique.

L’opposition disposée à collaborer

Son adoption au Parlement ne semble laisser aucun doute, même si le gouvernement est minoritaire à la Chambre des communes, car le Nouveau parti démocratique (gauche) a déjà annoncé appuyer une modification du Code criminel et demande l’élaboration d’un plan pancanadien pour mettre fin à ces thérapies.

Et pour l’instant, les principaux partis d’opposition à Ottawa semblent bien accueillir l’initiative, même s’ils attendent de prendre connaissance de la législation proposée.

Sans s’avancer sur un éventuel appui au projet de loi libéral, les conservateurs disent s’opposer à toute forme de pseudo-thérapie visant à changer de force l’orientation sexuelle d’un individu, a écrit un porte-parole. Nous tiendrons compte des réformes proposées au Code criminel par les libéraux, a-t-il ajouté.

Le Bloc québécois est en faveur, pourvu que les champs de compétence des provinces et du Québec soient respectés.

Contestation annoncée

Des groupes accueillent avec méfiance la réforme proposée. Si la loi est adoptée, Campagne Québec-Vie, une organisation religieuse, serait prête à la contester devant les tribunaux au nom de la liberté de conscience et de religion.

Son président, Georges Buscemi, serait même prêt à la défier. 

Je ne peux pas parler pour les thérapeutes eux-mêmes, mais quand on fait du bien et que le gouvernement dit que c’est du mal, j’aurais tendance à dire qu’il faut faire le bien et assumer les conséquences. [...] Quitte à violer la loi, a expliqué M. Buscemi.