Rencontre

Khate Lessard fait tomber un mur à la fois

Samuel Larochelle
Commentaires

Première candidate trans de l’histoire d’Occupation Double. Récipiendaire du prix Mammouth extra large remis par les jeunes du Québec à la personne la plus inspirante de 2019. Chroniqueuse à «La semaine des 4 Julie». Conférencière en pleine tournée provinciale. Khate Lessard a beaucoup à dire.

À quel âge as-tu débuté ta transition?

Plus jeune, je me déguisais dans ma chambre. C’était normal pour moi, mais ça restait un secret. Je n’en parlais à personne. Je ne me posais pas de questions sur mon identité. Je ne sentais pas que j’étais une fille dans un corps de gars. Quand j’ai déménagé à Montréal à 18 ans et que j’ai essayé la drag, j’ai expérimenté le fait de m’habiller en femme et j’ai senti un déclic. Le 5 juin 2017, j’ai commencé à prendre des hormones, mais je m’habillais déjà en femme depuis au moins six mois.

Pourquoi es-tu retournée en Abitibi pour vivre ta transition?

Je savais que mes parents n’étaient pas très ouverts à tout ça, alors qu’ils m’avaient toujours soutenue auparavant. Je voulais vivre ça près d’eux. Au début, ils étaient maladroits dans leurs paroles. Ils n’étaient pas habitués à ce qu’ils voyaient et ils avaient peur de ce que les gens allaient dire. Avec le temps, ils ont réalisé quels mots me blessaient. Aujourd’hui, ils sont super ouverts et fiers d’avoir deux filles.

Quel était ton objectif en publiant des vidéos sur You Tube?

Je voulais trouver des gens qui allaient me comprendre, des encouragements, des mots positifs. Ensuite, un professeur m’a invitée à parler dans une école. Le bouche-à-oreille a débuté et j’ai commencé les conférences pour informer les gens et discuter avec eux. En novembre 2019, je suis même retournée à l’école secondaire où je me faisais écœurer. Quand je suis rentrée, j’ai vu que les jeunes étaient contents. Même les gars, qui auraient été du genre à ne pas m’accepter dans mon temps, voulaient des photos avec moi.

 

Qu’est-ce qui t’a poussée à participer à OD à l’automne 2019?

Je sortais d’une relation depuis quelque mois. J’étais frustrée des garçons. Une des causes de la rupture avec mon ex, c’est que ses amis riaient de lui. Ça l’avait beaucoup affecté que les gens parlent comme ça de sa blonde. Je voulais prouver qu’un gars pourrait s’intéresser à moi. Je suis une lover dans la vie. Je n’ai pas du tout pensé à ouvrir les esprits des téléspectateurs ou à lancer le dialogue. J’ai fait ça sur un coup de tête.

Comment as-tu vécu l’expérience?

Sur le tapis rouge, lorsque j’ai appris que j’avais obtenu le vote du public, je me suis dit «Fuck, le monde a voté pour me voir me planter et ils ont hâte que je me fasse revirer de bord par un gars!» Dans les maisons des candidats, les filles m’ont super bien accueille. Les gars aussi, mais je sentais un certain malaise. On m’a informée que certains propos qui avaient été dits sur moi ne pouvaient pas passer à la télé… mais je ne veux pas savoir qui a dit quoi.

As-tu lu les commentaires sur les réseaux sociaux?

Deux jours avant mon retour d’Afrique, une personne de la production a fait un survol des publications à mon sujet et des commentaires sur Instagram, pour que j’aie une brève idée si les gens m’avaient aimée ou non. J’ai vu de beaux messages et des affaires moins belles. Heureusement, il y avait toujours un tas de gens qui prenait ma défense. Je n’ai jamais eu besoin de répliquer. C’est sûr que ce n’est pas nice de lire des choses méchantes, mais ces gens-là ne me connaissent pas personnellement. Ça ne m’a pas tellement heurtée.

Que signifie le Prix Mammouth extra large à tes yeux?

Une grande ouverture d’esprit des jeunes. Je ne pensais pas que ça les avait autant touchés. Dès que je leur parle en conférences, je me remets dans ma peau d’ado de leur âge. Par contre, ça m’a pris un bout avant de réaliser que j’étais perçue comme un modèle. C’est une adaptation. Je dois faire attention à comment j’agis. Les médias à potins parlent beaucoup de toi.

Comment vis-tu avec cette visibilité médiatique?

Je suis à l’aise, mais je commence à avoir de la difficulté à surveiller tout ce que je fais. Je suis un peu fofolle dans la vie. Mon langage n’est pas toujours soigné. Je suis parfois vulgaire et provocante, mais il a fallu que je me calme. Ça me manque un peu. Je dois trouver un équilibre pour faire ce que j’aime, sans m’arrêter à ce que les gens vont penser.

 

Et ton copain?

Avant de rendre les choses officielles, on en a BEAUCOUP parlé. J’hésitais à parler de nous publiquement. Je sais ce que c’est de recevoir des commentaires gratuits d’inconnus et je ne voulais pas lui infliger ça. Finalement, il est confor-table avec la situation. Il est fier d’être avec moi. Il est très présent. On est des coéquipiers de tous les jours.

Quels sont tes projets à venir?

J’ai débuté une tournée de conférences partout au Québec au début mars. Je vais parler aux jeunes du secondaire et du cégep. Et j’ai de très gros projets, dont je ne peux pas encore parler, qui s’en viennent. Je vais oser des choses que je ne pensais jamais faire!