Covid-19 éléments de réponse

Santé gaie et Covid-19: on répond à vos questions

Yves Lafontaine
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L’épidémie de coronavirus touche tout le monde, mais la communauté LGBT doit-elle être attentive à des éléments spécifiques? Voici quelques éléments de réponse… 

Éloignement social, hygiène constante, fermeture des lieux de convivialité… y compris ceux de rencontres entre hommes (saunas, bars, discothèque, spas), notre quotidien au Québec (mais également ailleurs dans le Monde) est de plus en plus bouleversé par la pandémie et le restera encore plusieurs semaines. Pour surmonter en toute sécurité – et en toute responsabilité – cette période de grande incertitude, Fugues répond à quelques questions posées par ses lecteurs sur les impacts plus spécifiques du Covid-19 sur la santé des personnes LGBT.

On parle de personnes à risques. Dans notre communauté, qui sont-elles ?

Les facteurs de risque sont les mêmes que pour le reste de la population (âge, hypertension artérielle, diabète, maladies cardio-vasculaires, maladies chroniques des voies respiratoires, maladies et thérapies qui affaiblissent le système immunitaire, cancer).

En revanche, on sait que certains de ces facteurs sont plus présents au sein de nos communautés (pathologies pulmonaires plus fréquentes en raison d’un tabagisme plus important, comorbidités liées à l’infection à VIH qui est plus fréquente, surpoids, système immunitaire mis à mal par la consommation plus fréquente de substances psychoactives…)

Il est donc important que les membres de nos communautés LGBTQ+ suivent les directives et en particulier la réduction au maximum des interactions sociales, dont «les échanges de liquides corporels», comme l’a dit directeur national de la santé publique du Québec, Horacio Arruda.

C’est essentiel pour sa propre santé mais aussi pour celle de ceux et celles qui nous entourent dont la santé serait plus fragile.

Si les services de soins venaient à être débordés, cela serait préjudiciable pour tout le monde. Les personnes ayant des pathologies constituant un facteur de risque accru pour le Covid-19 doivent impérativement rester chez elles et éviter de sortir à moins d’urgence.

Sachant que les personnes séropositives sont plus sujettes aux infections pulmonaires, sont-elles également plus à risque de contracter la COVID-19?

Les personnes séropositives sous traitement depuis un certain temps ont le plus souvent une charge virale indétectable et un système immunitaire fonctionnel (CD4 > 200). Elles n’ont alors pas de facteur de risque particulier. En revanche, les personnes qui seraient immunodéprimées (avec des CD4 < 200) doivent faire particulièrement attention car leur corps aurait plus de difficulté à combattre l’infection.

Les personnes ayant des pathologies constituant un facteur de risque accru pour le Covid-19 doivent impérativement rester à leur domicile. Le port du masque n’est nécessaire que si on présente des symptômes.

Évidemment, il faut prendre régulièrement ses traitements contre le VIH et les traitements des maladies associées. Comme l’isolement est fortement recommandé, il est important de s’assurer que vous disposez d’un approvisionnement suffisant en médicaments afin d’éviter les ruptures de traitements (antirétroviraux et traitements des comorbidités associées) et d’étudier avec votre médecin la mise en place de moyens de consultations à distance durant la période de restriction. Au besoin, renouveler vos prescriptions à distance et faite faites livrer.

Il est bon de rappeler les recommandations habituelles de prévention des complications pulmonaires pour les personnes séropositives et immunodépressives:

  • la vaccination annuelle contre la grippe saisonnière
  • la vaccination contre l’infection à pneumocoque
  • arrêter de fumer

Est-ce nécessaire pour de prendre contact avec mon médecin de famille?

En l’absence de symptômes, il n’y a aucune raison de consulter son médecin avec un service médical. L’approvisionnement en traitement est assuré. Les pharmacies restent ouvertes et reçoivent des livraisons quotidiennes. Si on arrive au bout de ses réserves de médicaments et que l’ordonnance arrive à terme, les pharmacies devraient pouvoir faire une avance de traitement le temps du renouvellement, celui-ci pouvant être fait par le·la médecin par voie numérique directement à la pharmacie.

J’ai 69 ans, mais je suis en excellente santé, dois-je rester obligatoirement chez moi?

Toutes les personnes âgées doivent réduire au maximum leurs interactions sociales. On sait que les personnes âgées LGBT sont souvent plus isolées que les autres, notamment en raison de la distance qui peut avoir été prise avec leur famille et le plus souvent l’absence d’enfant. Dans un esprit de solidarité, nos communautés sont donc invitées à prendre contact (téléphone, facetime, réseaux sociaux ou courriel) avec nos aîné·e·s pour prendre de leurs nouvelles et au besoin leur apporter du soutien. Pour éviter les contacts physiques, cela peut passer par des courses laissées au pas de la porte ou des appels pour discuter de tout et de rien, des souvenirs, des projets ou du dernier film ou un épisode de série que l’on a vu en binge watching ou du dernier livre que l’on vient de lire.

Je peux rencontrer via les applications de rencontre ?

Afin de limiter la propagation du virus, il faut limiter les interactions sociales. Cela inclus bien entendu les partenaires sexuel·le·s. Ce n’est donc pas le moment pour faire de nouvelles rencontres sexuelles en personnes via une application, ou dans un parc.

Pour autant, cela n’est pas nécessairement synonyme d’abstinence. Le sexe à distance, comme le camsex ou te sexting ne pose évidememnt aucun problème.

Si l’on est en couple, cela peut être l’occasion de se redécouvrir ou de faire ensemble de nouvelles expériences. Si l’on est célibataire, il est possible de revoir un ou deux de ses partenaires préférés, dont on est assuré qu’ils ne sont pas atteints du COVID-19.

Des rencontres suivies peuvent permettre de pousser un peu plus loin la découverte des désirs, fantasmes et talents de l’autre. Cela permet par ailleurs de réduire le risque de contracter une IST et donc le risque d’avoir des symptômes pouvant imposer le recours au système de soin qui a actuellement déjà bien assez à faire.

Pour les utilisateurs de la PrEP, il est possible de faire une pause si l’on réduit son activité sexuelle. Cela permet d’économiser sa réserve de médicaments…

Quels sont les risques concrets (primo-infection à VIH + Covid-19)?

Au début de l’infection, le VIH va détruire un grand nombre de cellule du système immunitaire. C’est le mécanisme de reproduction du virus qui veut cela. Une personne en phase de primo-infection est donc plus à risque de développer des complications si elle contracte une infection. C’est d’ailleurs ce qui explique le grand nombre de pathologies qui peuvent apparaître au moment de la primo-infection.

Sources : CATIE, POZ, 360, le Portail VIH du Québec, RÉZO

Consultez les sites Internet des gouvernements pour les informations, directives et recommandations sur la pandémie de Covid-19 :
www.canada.ca
www.quebec.ca