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Génération sandwich

Benoit Migneault
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Fugues
Photo prise par © Fugues

Titre à la fois évocateur et intrigant! La notion de sandwich renvoie ici l’obligation ressentie de devoir prendre soin de la génération qui nous précède et de celle qui nous suit. Bref, des parents qui vieillissent et exigent des soins grandissants, mais également des enfants qui n’en finissent plus de ne pas couper le cordon ombilical. À l’aube de la soixantaine, Lianne croyait pouvoir enfin se dégager d’un fardeau qu’elle a assumé presque toute sa vie : prendre soin de ses proches. 

Génération sandwichPourtant, la réalité est toute autre puisque non seulement son père est de moins en moins autonome, en raison des premiers signes de la maladie d’Alzheimer, mais son beau-fils s’incruste avec insistance chez elle ainsi que dans une trentaine sans le moindre objectif à l’horizon. Alors que ses propres frères se lavent les mains de la situation paternelle, elle doit également faire face à une annonce qui bouleverse ses certitudes : sa petite-fille de 16 ans, Lily, annonce à toute la famille qu’elle est en fait un garçon et qu’on doit désormais l’appeler Liam. Est-elle capable de voir au-delà de Lily et accueillir Liam? Elle ne peut également s’empêcher de se demander s’il s’agit d’une double nouvelle : Liam est-il attiré par les femmes ou les hommes? Non contente de devoir faire face à ces questionnements, elle ne peut prendre le temps d’absorber le tout puisque le père de Lily/Liam se montre intolérant et que le jeune garçon se réfugie chez elle, demandant réconfort et compréhension.  Et il y a cette femme, Debbie, qu’elle a croisée sur Facebook et qu’elle a l’impression de connaître, mais d’où exactement? L’auteure, Hélène Koscielniak, présente un portrait particulièrement bien brossé des tourments d’une femme qui, bien qu’aspirant à la tranquillité, ne peut se résoudre à détourner le regard.  Très nuancé, le roman n’hésite également pas à explorer les motivations multiples de celle-ci, notamment le puissant sentiment de culpabilité qui l’habite et la condamne à incarner une Mère Teresa de service.  Sera-t-elle en mesure de s’extirper de ce piège étouffant? Le récit se compose des trames narratives entrecroisées des différents personnages qui présentent ainsi au lecteur leur propre version d’une même situation, permettant ainsi d’éviter une vision trop monolithique de ces derniers. Dans ses propres narrations, par exemple, Liam ne s’identifier qu’au regard du prénom masculin alors que les autres personnages alternent allègrement de l’un à l’autre. En termes narratifs, la position de Liam s’en trouve ainsi renforci, de même que la confusion ou l’intolérance des autres. Une écriture à la fois sensible en engageante. Paradoxalement, la banalité des événements relatés en constitue également la force puisque le lecteur est à même de comprendre le sentiment d’oppression qui s’en dégage et d’accompagner Lianne et ses proches dans leurs parcours.
 
Génération sandwich / Hélène Koscielniak. Ottawa : L’interligne, 2020. 285p. (coll. Vertiges)