Santé

L’exclusion des gais du don de sang, une situation plus absurde que jamais

Yannick LeClerc
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Alors qu’une pénurie potentielle guette les hôpitaux, des voix s’élèvent pour demander l’assouplissement des critères d’abstinence imposés aux hommes gais et bi qui veulent donner leur sang.

Ironie du sort. Si la situation actuelle de confinement et de fermeture des lieux de rencontres devait se prolonger, bon nombre de gays pourraient se retrouver un de ces jours à donner leur sang légalement pour la première fois de leur vie… 

Or, c’est bien maintenant que les hôpitaux en ont un besoin urgent. En Europe et à travers le monde, les centres de transfusion s’inquiètent de la baisse des stocks et ont lancé des appels urgents aux dons. Dans ces conditions, les exigences imposées aux hommes homosexuels et bisexuels semblent plus absurdes que jamais, à savoir l’abstinence pendant trois mois au Royaume-Uni et au Canada, quatre en France, voire une année entière en Suisse, en Allemagne ou encore aux États-Unis.

D’ailleurs aux États-Unis des voix s’élèvent pour revoir ces critères généralement édictés par les agences du médicament. 

Le lobby national des droits des LGBTQ américains (mieux connu sous l’acronyme Glaad), a réclame à la FDA (Food and Drug Administration) qu’elle change sa politique «anachronique et discriminatoire», notamment compte tenu des méthodes de protection contre le VIH et de détection anticipée du virus. L’organisation estime à 360 000 le nombre de donneurs potentiels aux États-Unis. 

Sur les réseaux sociaux, l’acteur Andre Keenan-Bolger y est allé de son tweet : 

«Hey la FDA, je suis du groupe sanguin AB-, le plus rare. En temps normal, les banques de sang auraient besoin de gens comme moi pour donner autant de sang que possible. Maintenant qu’il y a une énorme pénurie, est-ce que ce ne serait pas le bon moment de lever l’interdiction faite aux gais?» 

Au Canada, où la période d’abstinence requise est de trois mois, le Dr Dustin Costescu, un médecin ontarien spécialiste de la santé sexuelle, le répète en entrevue dans les média depuis deux jours. «Il est très frustrant d’être en position où vous ne pouvez donner alors que vous seriez éligible» considérant la sécurité du sang, a estimé le Dr Dustin Costescu. 

D’ailleurs, des pays comme l’Italie ou l’Espagne ont opté pour une approche basée non sur l’orientation sexuelle, mais sur le comportement individuel. Seuls les personnes ayant des partenaires multiples et des rapports non protégés sont écartés du don du sang.