Trois questions à Marguerite Blais

La ministre responsable des Ainés et des Proches aidants en mode urgence

Denis-Daniel Boullé
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Bien qu’elle soit en confinement, en tant que ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais se retrouve en première ligne dans la bataille contre la Covid-19, d’autant plus que les personnes aînées sont particulièrement touchées au Québec comme ailleurs. 

Depuis 2007, Marguerite Blais s’est montrée particulièrement sensible à la situation des aîné.es LGBTQ et a soutenu financièrement le programme Pour que vieillir soit gai de la Fondation Émergence. 

Se considérant comme une alliée de nos communautés, elle a pris quelques minutes pour s’entretenir avec Fugues. Par téléphone, bien entendu !

Les aîné.es semblent les plus affecté.es par le virus. De nombreuses mesures ont été prises pour les protéger et protéger celles et ceux qui travaillent avec elles et eux, doit-on renforcer ces mesures ?  

Il y a des mesures qui sont prises qui concernent non seulement les CHSLD mais toutes les maisons pour aîné.es, c’est ce qu’on appelle aussi les ressources intermédiaires et les ressources familiales. Les CHSLD actuellement sont des établissements habitués à faire face à des épidémies, comme la gastro, l’influenza. Ils ont donc plus l’habitude d’isoler des personnes qui sont malades et dans les CHSLD beaucoup plus grands, on est capable de mettre en place des zones chaudes dans lesquelles sont regroupées les personnes atteintes du virus, et des zones froides pour les personnes qui ne sont pas atteintes.

La grande difficulté touche les familles qui ne peuvent plus visiter leurs proches hébergés dans les CHSLD et qui causent de la détresse chez les proches aidants. On a demandé à tous les établissements quels étaient les moyens de communication qu’ils mettaient en avant pour que les personnes qui en étaient encore capables de parler au téléphone ou par des tablettes ou encore de trouver des personnes ressources qui transmettent des informations aux familles de personnes qui ne sont plus capables, comme des personnes souffrant de troubles neurocognitifs.

Quant aux résidences pour personne aînées, où l’on voit que la propagation du virus se fait plus rapidement chez les personnes aînées, j’éprouve une très grande inquiétude, d’autant que les contraintes et les mesures que nous prenons sont valables pour aujourd’hui, mais elles peuvent changer demain. Nous devons changer nos façons de faire. Si nous envoyions avant 6 personnes ensemble pour les soins dans les résidences pour aîné.es, nous devons aujourd’hui limiter les entrées et les sorties. Nous regardons pour voir si le personnel, plutôt que de rentrer chez lui, puisse loger dans les hôtels.

Évidemment, ce ne sera pas pour tous et toutes les employé.es, nous sommes conscients que certain.es ont des familles et qu’ils et elles doivent rentrer à la maison. De plus, on a dégagé une aide d’urgence de 133 millions qui sont réparties entre les résidences pour des aînés certifiés, aux CHSLD privés non conventionnés ainsi qu’aux ressources intermédiaires et aux ressources familiales. Nous sommes bien conscients que nous avons à faire à des milieux vulnérables. 

Est-ce que vous avez pensé à dépister toutes les personnes les plus vulnérables dont celles âgées de 70 ans et plus ?

Je ne pourrais vous répondre car c’est entre les mains du directeur de la Santé publique, le Docteur Horacio Arruda. Nous sommes un des endroits au monde où nous avons fait le plus de tests de dépistage. De plus la situation évolue chaque jour, je ne sais pas quelles seront les prochaines consignes de la Santé publique, donc je ne peux pas me prononcer face à un dépistage pour toutes les personnes aînées de 70 ans et plus.  

On sait que dans les communautés LGBTQ, la proportion de personnes vulnérables est plus grande surtout parmi les aîné.es qui pourraient souffrir du confinement. Quels seraient vos conseils en ces temps difficiles ?

Je suis très consciente que la communauté LGBTQ est malheureusement encore une communauté très vulnérable, même si on a fait au Québec énormément de progrès, il n’en demeure pas moins qu’il existe encore beaucoup de préjugés envers l’orientation sexuelle ou l’identité de genre des personnes et je trouve cela terrible.

Pour avoir été moi-même gouverneure de la Fondation Émergence, cela me touche profondément. J’ai découvert toutes les difficultés que pouvaient rencontrer les personnes en raison de leur orientation sexuelle quand j’animais avec une sociologue une émission qui s’appelait Les mots pour le dire, et cela m’a sensibilisé à la souffrance que pouvaient ressentir des personnes de ces communautés. Cependant, cette communauté est extrêmement bien structurée au niveau du soutien à ses membres et il ne faut pas hésiter à appeler pour avoir de l’aide. Je pense entre autres à Interligne (anciennement Gai Écoute) pour s’exprimer, recevoir du soutien.

Paradoxalement, à l’heure où nous avons jamais été autant en mesure de communiquer, on vient couper les relations face à face, on demande à maintenir une distanciation sociale, et je souhaiterais que chaque membre de la communauté LGBTQ qui connaît une personne plus vulnérable à l’appeler d’autant que beaucoup sont familiers avec les technologies de communication pour bavarder, pour échanger, pour briser la solitude. On se donne rendez-vous par exemple sur une plateforme à une heure dite pour prendre un verre de vin ou un jus de tomate et passer un moment ensemble.

En terminant, j’ai l’impression que nos valeurs vont changer avec cette crise et que nous serons moins dans le jugement, beaucoup plus dans le nous que dans le je, ce serait un gain pour toute la société. On ferait tomber des frontières entre soi et l’autre qui peut être différent, parce qu’on est tous des êtres humains avec nos craintes, nos peurs, nous avons besoin de tendresse, d’amour, d’amitié quelles que soient notre orientation sexuelle ou notre identité de genre.

Je serai toujours là, je considère que je fais partie de cette communauté en tant qu’alliée, et je ne me sens pas différente parce que nous sommes tous des êtres humains. Il faut aller vers ce nous et c’est pour cela que je ne lâche pas dans mes fonctions actuelles. 

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