COVID-19

Les propriétaires de bars ne veulent pas être oubliés par le gouvernement

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Dans les nouveaux programmes annoncés par le gouvernement fédéral et venant en aide aux petites et moyennes entreprises (PME) en regard de la crise du coronavirus, il semblerait que cette aide ne serait pas disponible pour les bars et clubs. Or, on sait que le Village compte plusieurs bars qui se retrouvent dans une situation périlleuse en raison de la fermeture de tout commerce jugé non essentiel tel qu’ordonné par le gouvernement du Québec. 


*** MISE À JOUR 4 AVRIL 2020 : Les bars, brasseries et discothèques auront finalement droit à l'aide d'urgence fédérale. Les restrictions qui s'appliquent aux casinos, aux salons de jeu, aux commerces liés à l'industrie du sexe et à l'industrie du cannabis seront également levées exceptionnellement. 


Malgré les programmes proposés par les deux paliers de gouvernement, la Banque de développement du Canada (BDC) et Investissement Québec, entre autres, «n’accordent pas de prêt aux entreprises dont les revenus proviennent majoritairement de la vente d’alcool», peut-on lire dans le communiqué de presse émis par l’Association des Sociétés de développement commercial de Montréal (ASDCM). «Il est anormal de laisser de côté et de mettre à l’écart les tenanciers de bars. Ce sont des entrepreneurs à la tête de PME et ils doivent avoir accès comme tout le monde au soutien des gouvernements pour les aider à faire face à la situation et dans leur sortie de crise à venir», a déclaré par communiqué le président de l’ASDCM, Billy Walsh.

«Notre Association des Sociétés de développement commercial de Montréal (ASDCM) et le Regroupement québécois des SDC, soit 52 associations en tout, travaillent très fort auprès du cabinet du premier ministre François Legault ainsi qu’auprès du ministre de l'Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, pour faire changer l'exclusion des bars de toutes formes d’aides», a indiqué Robert Laramée, le directeur général de la SDC des Faubourgs du Canal

«J’aimerais préciser un point qui porte à confusion. Le premier ministre du Canada [Justin Trudeau] a annoncé hier que les employés de bars et de restaurants sont admissibles à la subvention salariale de 75%. Ceci a toujours été clair. Là où les bars ne sont pas admissibles c’est au niveau des prêts garantis offerts aux PME, prêt qui peut aller jusqu’à $40,000», explique bien clairement Luc Généreux, le copropriétaire du bar Le Cocktail. 

Voilà donc le nœud du problème tel qu’énoncé par Luc Généreux :

«Les prêts sont faits par les banques privées et sont garantis par la Banque de Développement du Canada. À mon avis les critères d’admissibilité de la BDC date de l’époque où plusieurs bars étaient, entre autres, des lieux de blanchiment d’argent. Par ailleurs, je trouve ça insultant qu’ils classent les bars dans la même catégorie que des lieux de prostitution et autres entreprises louches. Nous sommes des PME légitimes avec tous les permis requis et nos caisses enregistreuses sont branchées directement avec le ministère du Revenu. Comme contribuables, nous estimons avoir droit aux mêmes avantages que n’importes quelles entreprises légales. Les temps ont changé et la BDC doit absolument modifier ses critères. Il y a urgence d’agir ici».

Propriétaire du club Date et copropriétaire (avec son conjoint Vincent Bruneau), du District Video Lounge, Danny Jobin ajoute être «découragé de voir que rien ne se passe pour nous [les clubs]. Nous ous avons plus ou moins 45 employés qui, naturellement, sont sur la paille à cause du confinement et, pour ma part, je trouve ça épouvantable que l’on n’a pas le droit à rien ou au moins on pourrait avoir les mêmes droits que les autres PME. Nous payons autant de taxes et, en plus, ils nous surveillent avec les MEV [les terminaux qui relient les établissements directement au ministère du Revenu du Québec] qui leurs permettent de voir tout ce que l’on vend à la minute et où on le vend», commente Danny Jobin.

«Alors quelle pression peuvent faire les tenanciers de bars ? Je sais que la SDC du Village est aussi sur le dossier mais à part ça, nous avons bien peu de leviers. […] Espérons que tous ces efforts concertés, incluant l’aide des médias, feront bouger les choses rapidement», estime encore Luc Généreux dont le bar Le Cocktail compte environ 15 employés.

«Il est essentiel et prioritaire que les gouvernements du Canada et du Québec interviennent vite dans ce dossier, d’ajouter le président de l’Association des SDC de Montréal, Billy Walsh. Le temps avance et il faut agir promptement avant que tout s’écroule. Ce sont des acteurs importants pour la vitalité culturelle et sociale de nos quartiers. C’est pourquoi, nous demandons que les tenanciers de bars soient admissibles aux programmes d’aides d’urgence tels que le Programme de crédit aux entreprises, la subvention salariale et le Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE).»

Même l’Association Restauration Québec (ARQ) se joint à ce tollé dans un message publié sur les réseaux sociaux, dont Facebook : «L’ARQ demande aux banques et aux caisses Desjardins de soutenir ces entreprises et donc de revoir leur grille d’analyse. Les bars sont des PME comme les autres. Ils doivent donc être aidés. L’ARQ entent soutenir les propriétaires de bars et fera des représentations afin qu’ils puissent être aidés par le compte d’urgence pour les entreprises».

«Je ne sais pas pour les autres entreprises mais j’espère sincèrement que l’ensemble des commerçants vont réussir à passer au travers et ainsi conserver la vitalité du village», de renchérir Luc Généreux.

«Pour moi, c’est sûr que si ça dure plus longtemps que ça, ça va être difficile de pouvoir garder des locaux sans clientèle puisque certains comptes comme le loyer, l’électricité et le téléphone, etc. rentrent quand même, continue Danny Jobin. Il nous faut un vrai bon porte-parole qui peut réveilleur ce cher gouvernement. Les bars et les restos sont très importants pour le tourisme et l’économie [locale]. Et sur le plan social aussi, il faut que ça bouge parce que ce n’est pas vrai que ça va bien aller.»

Une pétition a été lancée en ligne afin de faire plus pression sur les autorités. Jusqu’à présent (en date du 2 avril), celle-ci avait recueilli plus de 6 200 signatures.

POUR SIGNER LA PÉTITION