Témoignage en confinement de David Touchette

«Il faut faire de la distanciation physique et non sociale»

Yves Lafontaine
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La COVID-19 a chamboulé nos vies d’une manière qu’il est encore difficile à mesurer. Nous avons demandé à David Touchette, animateur, gérant de mannequins et militant à Québec Solidaire, de nous dire comment cette crise l’a affecté personnellement…

Comment la crise de la COVID-19 t’a-t-elle affecté personnellement ?

Mes activités professionnelles se sont arrêtées au début de la pandémie. Ayant été travailleur autonome, pigiste, je suis habitué aux périodes de transition et de restrictions. Je suis plus affecté au niveau social. Comme tout monde, je ne peux serrer dans mes bras les membres de ma famille et mes amis. J’habite au centre-ville de Montréal, c’est certain que je suis affecté par l’ambiance extérieure, il y a des files d’attentes à l’épicerie, les gens se déplacent que pour l’essentiel et ça se ressent dans l’ambiance qui est habituellement très festive dans ce quartier de la ville, Shaughnessy Village. 

Présentement dans l’espace où tu vis, est-tu seul, avec ton conjoint, de la famille, un ou des colocs, des animaux?

Je vis seul et j’ai un chat. Hermès.

À quoi ressemblent tes journées ces temps-ci ?

Le matin je me lève tôt, vers sept heures et je fais du Yoga, des salutations au soleil »et des exercices de musculations. J’ai déjà cette routine en temps normal. J’ai besoin de bouger, d’étirer mon corps pour bien commencer la journée. 

Je dois préciser que les deux semaines suivant le jour de l’arrêt de travail pour le confinement, j’ai consacré mes journées à cuisiner! J’adore cuisiner.  Et j’avais l’habitude de préparer mes plats pour la semaine.  Mais dans cette situation de confinement, je ne voulais pas sortir plusieurs fois, alors j’ai préparé et congelé plusieurs plats. Beaucoup de travail : faire l’épicerie, déballer, couper, cuisiner et faire la vaisselle. Je ne pleins pas, j’aime cuisiner et je me compte déjà chanceux de pouvoir manger à ma faim. 

Chose faite, ça me donne le temps pour me concentrer sur la gestion de la crise. Je m’informe beaucoup sur le sujet. Comme animateur, producteur, j’ajuste mes projets. Cette période foisonne de créativité dans le monde des vidéos sur le web, sur Instagram IGTV et Tik Tok. C’est beau à voir. Je prends également du temps pour me connecter d’avantage avec mes ami(e)s qui publient sur les réseaux sociaux et m’intéresser d’avantage à ce qu’ils font. D’habitude, ça va vite et j’ai l’impression que je fais uniquement défiler leurs photos et textes. Là, j’ai du temps pour commenter.

Côté politique, je suis responsable de la page Facebook de Québec Solidaire pour la région de Montréal et je siège sur le comité coordination. On reste bien actif avec des meetings virtuels. Même si le temps n’est pas aux débats politiques, pour moi c’est important de garder actif ces espaces d’information et de discussions. Il faut avoir confiance en la santé publique et au gouvernement tout en maintenant la liberté d’opinion et le sens critique, c’est nécessaire à la bonne santé de notre système démocratique, surtout en ce temps de pandémie où la société est concernée dans son ensemble et à divers degrés.

Durant cette période, nous avons beaucoup de temps pour soi… Comment fais-tu pour que le confinement se passe mieux?

Je suis bien à la maison. C’est calme, bien que j’habite dans une tour au cœur centre-ville. La vue est magnifique, donc ça aide à bien vivre le confinement. En quelques minutes je m’évade en suivant le déplacement des nuages, des oiseaux et des avions, beaucoup plus rare ces temps-ci. Je prends le temps pour rester ouvert d’esprit, par l’écoute beaucoup de vidéos de documentaires, de Ted Talk sur l’histoire, la mécanique quantique et j’écoute régulièrement — même trop — Gary Vaynerchuk.

À la maison, que portes-tu habituellement? 

Chez moi, je porte généralement un T-shirt et l’ensemble de jogging. L’été pas de haut et un pantalon court très léger.

As-tu des recommandations ou des suggestions pour rendre cette «pause» plus facile à passer?

Si vous aimez cuisiner, faites des expériences et que si vous habitez dans une tour regardez les nuages. Je recommande de rire, d’écouter des spectacles ou des vidéos d’humour. Nous sommes chanceux au Québec il y a un grand bassin d’humoristes et de séries humoristiques. J’ai l’impression d’avoir l’air fou à rire aux éclats, seul chez moi, mais ça fait du bien. Présentement, il n’y a pas de quoi rire de la situation, mais il faut trouver des façons de rire, parce que ça aide à se détendre et à prendre du recul face à la pandémie. Je propose aussi des apéros virtuels ou toutes autres conversations par vidéo conférence ou par téléphone avec ou sans alcool. Il faut faire de la distanciation physique et non sociale.

Qu’est-ce qui te manques le plus, ces temps-ci?

Côtoyer les gens que j’aime, les serrer dans mes bras et... je ne vous cacherai pas ma vie sexuelle est à l’arrêt.  Les gros spectacles au Centre Bell et des Festivals l’été vont me manquer, la foule de gens qui chantent et dansent sans se soucier du lendemain. Pas Fierté Montréal, ouf, c’est dur!  Le dernier événement auquel j’ai assisté fût à la Place des Art, Le Gala Dynastie. Aujourd’hui, cette soirée me paraît encore plus mémorable. 

Que fais-tu pour maintenir un contact avec l’extérieur ou maintenir une solidarité?

Le contact premier est avec ma famille, ma sœur et mes parents, qui ont plus de 70 ans, et ma grand-mère de 94 ans. J’appelle mes amis proches. Tout le monde est en santé, c’est l’important. Ensuite, mes liens avec l’équipe de Québec Solidaire me garde connecté avec plusieurs réalités sur le terrain. 

Considère-tu que les gouvernements — ici ou ailleurs — gèrent adéquatement la situation?

Bien qu’elles soient différentes, je suis satisfait de la gestion de crise de la santé publique et des gouvernements du Québec et du Canada. J’ai beaucoup d’admiration pour les chefs qui doivent agir rapidement et répondre tout aussi vite de leurs actions. Nous vivons tous une première, il faut être conciliant. J’en profites pour élargir ma vision au-delà des chefs et voir l’ensemble des actions des différents intervenants du gouvernement. Ça déjà été dit, ont construit tout en le faisant voler! Je m’informe régulièrement de la situation à l’international, particulièrement de la France. J’ai des amis à Paris où le confinement est plus strict qu’au Québec. La situation italienne et espagnole m’attriste. Je me questionne sur la gestion américaine et ce questionnement a commencé bien avant le Covid19. Je me donne encore un peu de temps avant faire une analyse sur la gestion globale, car plusieurs questions restent à venir particulièrement avec la Chine. J’espère qu’on se prépare déjà aux risques d’un retour du virus à l’automne.

Que penses-tu retirer de l’expérience que l’on vit présentement?

J’ai de la difficulté à y répondre maintenant, car j’ai l’impression qu’il n’y aura pas de fin complète à cette situation et qu’on vit un point de bascule historique. Pour l’instant, je retiens que je dois garder la même façon de voir la vie: soit de faire de mon mieux, planifier, vivre au présent et sans trop se soucier de l’avenir car on ne sait pas. Mon jeune frère est mort lorsque j’avais 8 ans et ça change la vision du fait d’être en vie.

 

Crois-tu que ta vie (ou celle des autres) sera transformée par la suite au niveau de nos interactions sociales? Si oui, de quelle(s) manière(s)?

À chaque jour la pandémie transforme la vie. L’impact et la réaction au changement est individuel.  Surtout s’il y a décès d’un proche.  La technologie sera plus présente. Moi, je ferai d’avantage d’appels par FaceTime, de réunions virtuelles et de commandes en ligne, entre autres, pour l’épicerie.  La transformation sociale que j’ai déjà remarquée est celle causée par la distanciation physique. Au centre-ville, la densité est importante et je ressens s’installer une certaine crainte des autres.  Même si la distanciation physique va durer encore plusieurs mois, j’ai confiance que cette crainte de l’autre va s’atténuer avec le temps. Peut-être que le port de masque généralisé aidera à rassurer les gens.

Des inquiétudes pour l’avenir? 

Je suis un éternel optimiste, voir même un utopiste, mais j’ai certaines inquiétudes pour l’après. Surtout pour les personnes qui souffrent déjà de solitude. Je crains qu’on fasse le focus d’avantage sur l’économie que sur la santé psychologique des personnes vulnérables. Dans cette situation de confinement, certaines bonnes habitudes agréables se sont développées, les gens ont plus de temps pour eux. Malgré la volonté de relancer l’économie, je doute que les gens voudront revenir au même rythme effréné de leurs habitudes de travail et de surconsommation. Et il y à l’environnent, les effets négatifs des changements climatiques qui se poursuivront et je crains qu’on ne s’y prépare pas assez. Ces effets viendront de façon aussi spontanée que la pandémie. Que sera le confinement en temps de canicule, sans accès aux piscines publiques. Les feux de forêts et la pénurie d’eau. Il faut que l’avenir soit tourné vers la santé et ça doit inclure l’environnement dans lequel on vit. 

Un message d’espoir que tu veux lancer? 

J’ai confiance en la capacité de l’être humain de s’adapter et de rebondir pour mieux anticiper la prochaine crise. Cette pandémie nous fait prendre conscience de notre humanité, de nos besoins fondamentaux, dont les contacts physiques, nos liens avec les autres et la nature. Ça va remettre à l’avant notre identité au-delà de notre titre professionnel ou de notre présence sur les réseaux sociaux. Consultons et ayons plus de respect envers les personnes âgées. Je suis confiant que nous serons plus conscients de l’importance de vivre et vieillir en santé, dans la dignité. Il faut innover, pour le bien de l’humanité et de l’environnement.