Porte-voix

La COVID-19: révélatrice des inégalités

Collaboration Spéciale
Commentaires

On entend souvent dire que le virus ne discrimine pas, que tout le monde peut être atteint. C’est vrai sur le plan théorique bien sûr, mais en pratique ce sont bien les populations les plus vulnérables qui sont touchées le plus durement, aussi bien par le virus en lui-même que par ses conséquences sociales et économiques. 

On le sait, le virus de la Covid-19 représente un danger pour la vie, en particulier chez les personnes les plus âgées et chez les personnes ayant certains problèmes de santé préexistants. Mais d’autres facteurs de vulnérabilité sont mis en lumière, un peu partout autour de la planète on remarque que les personnes les plus vulnérables sur le plan économique et social le sont aussi face au virus. Par exemple, les personnes en situation de précarité financière peuvent présenter à la base davantage de problématique de santé, elles occupent aussi plus souvent des emplois à risque face au virus ou vivent dans des logements surpeuplés où le risque de contagion est accru. Avec ce même raisonnement, on constate également que les personnes issues de minorités sont particulièrement à risque, les discriminations systémiques qu’elles subissent les exposant davantage à la précarité financière.

Pour ce qui est de l’adaptation au confinement, là aussi il est plus facile d’y faire face lorsque l’on est confiné dans un logement agréable, lorsque notre emploi ou notre revenu subsiste, lorsque l’on a un réseau de soutien préexistant, lorsque l’on ne dépend pas trop urgemment du système de la santé et des services sociaux.

Revenons aux aînés, on sait qu’ils sont plus à risque de développer une forme grave et parfois mortelle de la COVID-19, mais là aussi d’autres facteurs de vulnérabilité sont à prendre en compte, notamment en ce qui concerne l’adaptation au confinement. Les personnes aînées sont, à la base, plus isolées, plus dépendantes de services qui sont fortement perturbés en ce moment et elles tendent aussi à avoir des revenus plus faibles. Au Québec, une personne aînée sur cinq vit sous la mesure du faible revenu et la majorité sont des femmes.

La crise sanitaire actuelle met aussi en relief l’âgisme qui sévit dans notre société. Au début de l’épidémie, il n’était pas rare d’entendre des personnes se dire peu concernées, car elles n’étaient pas âgées, donc pas à risque. Pire, avec le début des mesures de confinement on a assisté à certaines dérives consistant à imposer des mesures supplémentaires aux plus âgés, sans trop se soucier de comment cela pourrait être vécu par ces personnes. La SAQ par exemple a cru bon pendant un moment de déconseiller voire d’interdire l’entrée à ses succursales aux plus de 70 ans. Certaines personnes préconisaient également un confinement plus strict pour les personnes les plus âgées, comme si on pouvait complètement mettre à part cette partie de la population.  On continue d’entendre cette idée lorsque l’on évoque les plans de déconfinement, en allant parfois jusqu’à l’idée d’un sacrifice d’une population qui serait de toute façon moins essentielle et dont la vie et la liberté seraient moins précieuses que notre économie.

Le virus a donc un impact plus important chez les personnes qui avant la pandémie étaient déjà vulnérables sur le plan économique et social, notamment les personnes issues de minorités. Quand est-il alors des personnes aînées issues de minorités ? À Montréal par exemple, deux personnes aînées sur cinq sont nées à l’extérieur du pays. On assiste donc dans certains cas à un cumul de facteurs de vulnérabilités.

À la Fondation Émergence, dans le cadre de notre programme Pour que vieillir soit gai, on observe depuis plus de 10 ans la situation des personnes aînées LGBT et la COVID-19 décuple bel et bien certains facteurs de vulnérabilité. Les personnes aînées LGBT sont par exemple plus susceptibles d’être isolées socialement, car elles sont plus souvent en rupture avec leur famille et plus souvent célibataires. De plus, la crainte de divulguer leur orientation sexuelle ou leur identité de genre constitue aussi un frein à la socialisation et à l’accès vers les ressources d’aide et de santé. Avec le confinement, il n’est plus possible de voir leurs amis ou de fréquenter les quelques espaces sécuritaires où elles pouvaient vraiment être elles même. Certaines sont confinées dans des résidences où elles ne se sentent pas à l’aise d’être qui elles sont vraiment. Pour les nombreuses personnes aînées « dans le placard », la notion de confinement est quelque part déjà familière, mais sans possibilité de s’en échapper de temps en temps on assiste en quelque sorte à un double confinement.

Les conséquences de la COVID-19 ont des impacts plus importants sur les populations qui étaient déjà vulnérables, en particulier pour celles qui cumulent les facteurs de vulnérabilité. Cette crise permet cependant de mettre en évidence ces inégalités qui, espérons-le, seront plus difficiles à ignorer dans le futur. 

Julien Rougerie