STEVEN GUILBEAULT

Changer collectivement nos façons de faire

Denis-Daniel Boullé
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Fugues
Photo prise par © Fugues
Après son élection dans la circonscription de Laurier-Sainte-Marie, la nomination de Steven Guilbeault comme ministre du Patrimoine  canadien en a surpris plusieurs. Celui qui avait été pendant 25 ans à la tête d’Équiterre qu’il avait cofondé, était vu occupant un poste au gouvernement lié à l’écologie. Si l’homme a fait sa marque dans la défense verte de la planète, il a toujours eu à cœur les questions touchant les droits de la personne. Son ministère chapeaute le ministère de la Diversité, de l’Inclusion et de la Jeunesse, sous lequel on retrouve le secrétariat LGBTQ2.

Quelle connaissance aviez-vous des défis et desproblématiques des communautés LGBTQ quand vous avez accepté le ministère du Patrimoine canadien?

Mes connaissances étaient limitées. Je suis l’actualité et m’intéresse à ces questions depuis longtemps, même si j’étais plus attentif à toutes les questions environnementales. Donc je suivais ces questions-là mais disons de loin. 
 
J’ai des ami.es qui font partie de la communauté, je connaissais plusieurs des enjeux mais mon niveau de connaissance s’est beaucoup amélioré depuis l’été dernier (quand Steven Guilbeault s’est présenté comme candidat libéral, ndlr). J’ai été ravi de voir et de mieux comprendre, le dynamisme et la vigueur de la communauté, que ce soit au niveau communautaire, artistique, économique. Et surtout, on apprend le plus en rencontrant aussi les gens de cette communauté, et bien que ce soit un peu plus compliqué ces jours-ci, il n’y a rien comme le contact humain.  J’ai quelqu’un de très près dans ma famille qui a dû apprendre à apprivoiser toutes ces questions autour des LGBTQ2, et cela m’a beaucoup sensibilisé personnellement.
 
 
On découvre aujourd’hui avec stupeur la situation tragique des aîné.es, pas seulement par leur fragilité face au virus, mais par leur isolement et leur solitude. Ne devrait-on pas en faire plus pour cette catégorie de la population?
 
Absolument, c’est une évidence. Poser la question, c’est y répondre tellement la situation est grave, tellement elle s’est répandue rapidement dans les pays occidentaux. On n’a rien vu encore sur les pays du sud et les pays en voie de développement. Nous allons devoir faire un examen collectif sur cette question-là mais aussi sur plusieurs autres. Je pense que l’époque de la mondialisation à tout crin a atteint son apogée un peu avant la crise, et on le voit dans l’approvisionnement de certains produits et matériels médicaux, des médicaments et des vaccins aussi. Tout ce qui entoure la préparation à de futures pandémies. 
 
Mais cela va bien au-delà de ça selon mon avis, il faut aussi parler de sécurité alimentaire, et combien celle-ci était vulnérable même si nous ne sommes pas en crise. Pour avoir été à Équiterre pendant 25 ans, ce sont des sujets dont on parlait beaucoup comme la mondialisation de l’alimentation et ses limites, comme d’un point de vue énergétique, avec le pétrole. Je pense que cela va nous forcer à une réévaluation de plusieurs gestes que l’on a posés ou que l’on n’a pas posés.
 
Plus précisément, des organismes communautaires font un travail remarquable auprès des aîné.es, entre autres des organismes LGBTQ2.
 
 
Est-ce que vous prévoyez de les aider financièrement encore plus?
 
Je pense qu’on peut reconnaître au gouvernement que, depuis 2015, il en a fait beaucoup pour la communauté LGBTQ2. Il faut reconnaître aussi qu’il reste encore beaucoup à faire. Mais nous partions de loin. Dans l’examen collectif que nous devrons faire, nous serons forcés de nous poser la question pour les personnes les plus vulnérables de notre société. Nous serons forcés de nous poser des questions sur les ressources nécessaires, que ce soient des ressources humaines, financières et matérielles pour les aider. Notre gouvernement a adopté la première politique nationale delutte contre la pauvreté et l’itinérance, la première politique nationale sur le logement. 
 
Ce sont des mesures très progressistes et nous en sommes au tout début. Il va falloir donc poursuivre et dans certains cas accélérer leur mise en œuvre. Ce que nous faisions n’était pas suffisant.
 
 
Sur la scène internationale, le Canada se voulait un fer de lance de la défense des droits des minorités, des femmes. Avec la crise, toutes les 
rencontres multilatérales ont été annulées. Prévoyez-vous malgré la crise de faire entendre votre voix?
 
J’avais un appel récemment du directeur général associé de l’UNESCO, et il y aura une conférence téléphonique avec 160 ministres de la culture. Donc si cela se fait avec la culture, pourquoi ne le ferait-on pas avec les droits de la personne. Plusieurs organisations internationales regardent de ce côté-là pour faire avancer un certain nombre de dossiers à travers le monde, mais virtuellement.
 
 
Que comptez-vous faire cette année compte-tenu des circonstances actuelles pour souligner la Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie le 17 mai prochain?

Le gouvernement étant partenaire de nombreux organismes qui composent la communauté - la Fondation Émergence en est un très important - et à travers ces organismes, nous serons présents le 17 mai. Nous allons aussi souligner cette journée, mais dans les détails, il faudrait parler avec ma collègue, Bardish Chagger, qui est en charge du Ministère de la Diversité et de l’Inclusion et de la Jeunesse dont dépend le secrétariat LGBTQ2.
 
 
Avant la crise de la Covid-19, les commerçants du Village éprouvaient des difficultés pour se maintenir à flots, entre les taxes et les hausses régulières de loyer, comme d’autres commerces à Montréal. Comme député, que pouvez-vous faire pour les aider, et pour les aider surtout à partir du déconfinement?
 
Nous faisons partie de plusieurs tables de concertation avec la Ville de Montréal et des élu.es du Plateau et du Centre-Sud. On y discute des dossiers 
locaux où le gouvernement fédéral collabore avec le municipal et le provincial. Et cela fonctionne très bien. Le développement de milieux de vie nous tient particulièrement à cœur. Nous avons beaucoup de projets en financement de transports collectifs, le plus grand investissement depuis 50 ans, depuis la création du métro à Montréal. Dans tout ce qui va suivre la crise, toute une réflexion qui se fait au fédéral avec un comité dont je fais partie autour d’une relance qui soit plus verte et plus équitable sur le plan social, comme la production et l’achat local. Et nous sommes aligné.es sur cette volonté-là avec la Ville de Montréal. 
 
 
Est-ce que cela va régler les problèmes concernant la concurrence, les prix des loyers, la hauteur des taxes?
 
Je ne peux répondre car chaque palier de gouvernement a ses champs de compétence. Mais avec les chambres de commerces, les autres élu.es, nous ferons les efforts pour changer les choses.