Par ici ma sortie

Les charmes du condom et les affres du masque

Denis-Daniel Boullé
Commentaires

Le condom conserve ses lettres de noblesse. Facile à utiliser, sécuritaire contre la transmission du VIH et des ITSS, disponible dans toutes les bonnes pharmacies, sans risque de pénurie, compagnon de latex précieux dans le tiroir de nos tables de nuit et jetable après utilisation, le condom a toutes les qualités. Sans oublier son coût modique ou sa disponibilité souvent gratuite dans tous les lieux de socialisation… sexuelle.

Pour les masques de protection contre la Covid-19, c’est une autre paire de manches, dans lesquelles il est fortement conseillé d’éternuer. Contrairement à d’autres pays, notamment asiatiques, le masque ne fait pas partie de notre style de vie. Il est perçu comme un équipement réservé aux équipes médicales, et pas comme un petit plus pour soigner son look quand on sort.

Mais voilà, trouver un masque relève de la haute voltige sans filet. On se refile des conseils sur les réseaux sociaux pour en trouver, on en commande en ligne, ou on se lève très tôt le matin pour faire la queue à la pharmacie avant qu’elle n’ouvre en espérant qu’une livraison de masques atteindra ses rayons. Une demi-heure plus tard, il n’y en a plus.

Mais quel masque nous prévient et prévient les autres de toute contamination? Là aussi, il est bien difficile de s’y retrouver. Le petit masque chirurgical rectangulaire est-il un filtre efficace contre le virus? Faut-il porter les fameux masques de chantier? Se procurer le N95?

Difficile de s’y retrouver. Bien évidemment ceux qui sont disponibles ne sont pas donnés. Mes voisins m’ont rapporté des masques achetés dans une grande surface. Trois sachets de cinq masques pour une vingtaine de dollars. Ils ressemblent à s’y méprendre aux petits rectangles bien connus dans les hôpitaux. Mais sur le sachet en plastique transparent dans lesquels ils se trouvent ne donne aucune indication. Rien sur la provenance, aucun nom de la compagnie qui les fabriquent et les distribuent, aucune date non plus sur leur sortie de l’usine ni sur leur durée de vie. Ne cherchons pas non plus à savoir s’il est à usage unique ou s’il peut être lavé pour réutilisation? Sur une échelle de 1 à 10, quel degré de confiance puis-je donner à ce petit bout de tissu devant me protéger et protéger les autres?

Et dois-je, dorénavant, prévoir un budget d’une quarantaine de dollars par semaine si je sors chaque jour?

J’ai pensé au masque fait maison. Mais respecte-t-il tous les critères pour être efficace, une couche coton tissé serré, une couche de polyester, etc.? Là aussi, sur les réseaux sociaux, chacune remercie un cousin, une vieille tante, un ami, qui s’est lancé dans la confection de ce précieux préservatif buccal et nasal, et qui les donne ou les vend. Mais peut-on faire confiance totalement à cet item home-made. Et que pensez de ceux qui par un savant ajustage transforme leur sous-vêtement, string compris, en frontière infranchissable pour le virus?

Bien sûr, en le faisant soi-même, on peut rendre le masque plus singulier par le choix du tissu, de la couleur et des motifs qui formeront la couche extérieure. On peut ainsi penser le faire "matcher" avec la couleur de sa chemise, de ses bas ou de ses bobettes. On peut aussi faire apparaître des slogans, du style « Derrière mon masque, je souris » ou encore « Je ferme ma gueule ». Afficher ses couleurs, comme celles du drapeau arc-en-ciel, ou ses couleurs politiques. Bref, laisser son imagination libre d’arborer un masque distinctif, sympathique, et moins… sanitaire.

Il est question de rendre le port du masque obligatoire dans les transports en commun. Comment s’assurera-t-on que tous les masques portés soient conformes aux normes minimales de protection? Et si l’obligation nous tombait dessus, les autorités, entre autres municipales, auraient l’obligation d’en fournir gratuitement aux usagers. Un coût certainement très élevé pour les finances publiques et un casse-tête pour en avoir suffisamment et régulièrement. Comme c’est le cas en Belgique par exemple. 

En attendant, je regarde mon masque. Je l’ai utilisé une heure, hier, pour aller à l’épicerie. Peut-il encore servir trois heures de plus ou dois-je le jeter aux vidanges. Résistera-t-il à un simple passage à cycle doux dans ma laveuse ou ressortira-t-il aussi ajouré qu’une dentelle de Bretagne? Ou devrais-je en prendre un neuf en sachant que ma courte sortie d’aujourd’hui me coûtera dans les 3 dollars plus taxe?

Je me sens pris d’un amour tout d’un coup pour le bon vieux condom, si simple, si pratique, si facilement accessible et à un prix tout à fait raisonnable. Le condom qui a le don de se faire oublier pendant le temps de son utilisation. Et puis en temps de disette sexuelle, on peut toujours s’en faire de jolis ballons pour décorer son appartement. Alors que le masque chirurgical ne servait jusqu’à lors qu’à l’Halloween pour se déguiser en infirmier ou en docteur.

Au moins, si nous le portons tous dès que nous mettons un pied (qui lui peut être nu) dehors, donnerons-nous ainsi du fil à retordre aux informaticiens, et à toute identification faciale à partir de toutes les caméras de surveillance…