QuébeQueer

Le queer dans tous ses états au Québec

Denis-Daniel Boullé
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Fugues
Photo prise par © Fugues

Par ces temps de confinement, nous avons enfin le temps de lire, et si la curiosité vous en dit, vous pouvez vous faire livrer un pavé: QuébeQueer, Le queer dans les
productions littéraires, artistiques et médiatiques. Publié par les Presses de 
l’Université de Montréal, sous la direction d’Isabelle Boisclair, Pierre-Luc Landry et Guillaume Poirier Girard, on se doute que la lecture sera instructive, et permettra à bon nombre d’entre nous d’explorer les confins de notre histoire, mais aussi de cerner tous les concepts, définitions et bien évidemment leur illustration dans les trois champs délimités par l’autrice et les auteurs. Queer peut, à première lecture, étonner d’être ainsi accolé à Québec dépourvu de sa consonne finale, dans la mesure où le terme n’a jamais fait véritablement école au Québec, excepté dans les cercles universitaires et de quelques petits groupes marginalisés au sein même de nos communautés. À la lecture des textes, chacun pourra se faire sa propre idée ou peut-être sa propre définition du mot queer, qui selon les penseurs.es et les époques ne recouvrait pas les mêmes sens. Beaucoup y ont vu une réflexion politique critique, d’autres une simple posture d’être pour se différencier des normes sociales telles que prescrites dans nos sociétés.
 
Les auteurs et les autrices de cet ouvrage ont choisi 27 œuvres de fiction publiées au Québec et les ont analysées à la loupe de la théorie – ou plutôt des théories – queer. Les entrées sont donc multiples et chacun peut en fonction de ses goûts et affinités, choisir quel texte aborder en premier. Replonger dans l’univers de Nicholas Giguère, avec Queues Théorie ou le suçage comme mode de vie par Loïc Bourdeau; Nicholas Giguère qui signe d’ailleurs de son côté un article sur la prévention et le sida au Québec. Découvrir sous un autre angle L’enfant mascara de Simon Boulerice inspirant Nicole Côté. Ou encore relire Hosanna de Michel Tremblay à partir de la lecture qu’en tire Jorgé Caldéron dans Hosanna, l’art queer du «flop».
 
QuébeQueerLes femmes ne sont pas en reste, puisqu’on retrouve entre autres Marie-Claire Blais, avec Les nuits de l’Underground, saisi par Guillaume Poirier Girard à travers les Subjectivités lesbiennes et hétérotopies. De même, quelques articles incluent une réflexion sur les transgenres dans l’histoire et la géographie de Montréal.
 
Voici un voyage étonnant et particulièrement riche que nous font découvrir les auteurs et les autrices de ce volume source de réflexion. Attention, il vous sera peut-être difficile de résumer le mot queer en un mot, tant ses ramifications tentaculaires nous dévoilent des espaces et des temps que nous ne voyons pas ou plus. Petit bémol, des textes de création (du moins je le suppose) sont proposés comme intermède pour souffler entre plusieurs articles. Deux ou trois de ces créations littéraires sont d’une tristesse indigente et, à moins d’apporter une respiration, nous la coupe. Il ne suffit pas de déconstruire la langue, de la truffer de néologismes, de "switcher" avec l’anglais, ou encore de malmener la syntaxe, comme si on envoyait un post à des ami.es, pour faire Queer. Cela relève d’une posture – dont je ne suis pas sure qu’elle soit politique – qui ravira peut-être quelques initié.es mais qui conforte un entre soi en restant obscur pour les autres. Un entre soi qui avait peut-être son sens dans les années 70 et 80, époque où il fallait compter et rassembler nos forces afin d’avancer un discours cohérent. 
Aujourd’hui où l’on parle de créer des passerelles, de décloisonner les discours, d’éviter d’ériger des cloisons, cet entre-soi est totalement anachronique.
 
 
QuébeQueer, le queer dans les productions littéraires, artistiques et 
médiatiques québécoises, sous la direction d’isabelle Boisclair, 
Pierre-Luc Landry et Guillaume Poirier Girard.