Témoignage en confinement de Van Hechter

«Essayez, si vous le pouvez, de ne pas trop projeter... Ça ne peut que nuire. Ça sape le moral»

Yves Lafontaine
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La COVID-19 a chamboulé nos vies d’une manière qu’il est encore difficile à mesurer. Nous avons demandé à l’auteur, compositeur et interprète Van Hechter, de nous dire comment cette crise l’a affecté…

Comment la crise de la COVID-19 t’a-t-elle affecté ?

Je suis très chanceux : pas de malades ni de décès autour de moi. Pour ma part, j'ai la santé jusqu'à présent. Je vais vous avouer un truc dont je n'avais pas l'intention de parler, mais c'est lié. J'attends les résultats de nouveaux tests de cancer. C'est la première fois, en 8 ans de rémission, qu'on me rappelle. Quelque chose dans mon sang a fluctué. Je suis préoccupé! 

Du coup, peut-être que mon anxiété «COVID» s'en trouve diminuée. 

Présentement dans l’espace où tu vis, est-tu seul, avec ton conjoint, de la famille, un ou des colocs, des animaux? 

Je vis seul. Mon mari est parti habiter à Vancouver pour toujours, donc me revoici dans mes affaires, à faire tout ce que je veux comme je veux, quand je veux, puis tout est propre, à mon goût! Rires. Je n'ai pas d'animaux. Je peine à tenir mes plantes en vie, je n'ose pas me risquer avec un chien!

À quoi ressemblent tes journées ces temps-ci ? 

J'essaie surtout de me tenir en forme. Je fais des push-ups, sit-ups, pull-ups, squats et me suis inventé une sorte de routine quotidienne. Puis, je sors marcher 1 heure en me tenant loin de tout le monde. J'essaie de sourire le plus possible et je salue les itinérants. Au retour, je cuisine. Et comme j'aime vraiment ce que je fais, je mange toujours un peu trop.. Le soir, je lis ou je regarde des documentaires sur Netflix.  J'essaie aussi de faire un peu de musique le midi; au moins mes gammes, tsé. Je me pousse à la faire car je suis un «clavier fainéant!»

Durant cette période, nous avons beaucoup de temps pour soi… Comment fais-tu pour que le confinement se passe mieux ? 

J'en parlais justement à l’instant. On a tous des listes de films, de séries à voir, de livres à lire. On a le luxe du temps, en ce moment; profitons-en!

C'est aussi une des rares périodes de nos vies où on peut se permettre de flâner au téléphone ou sur Facetime avec des gens qu'on aime. L'autre jour j'ai chatté avec ma cousine, en France, pendant trois heures, une première! Habituellement, on est à la course. Ça a été super agréable! Faut trouver du positif!

À la maison, que portes-tu habituellement? 

Un désastre! Des vieux boxers, des gougounes à mon effigie avec des bas et souvent mes lunettes... Parfois je mets une robe de chambre, si je feel chic! Mes voisins me connaissent comme ça, ha, ha, ha!

As-tu des recommandations ou des suggestions pour rendre cette «pause» plus facile à passer? 

Essayez, si vous le pouvez, de ne pas trop projeter. C'est tellement facile de développer des scénarios d'horreur et de glisser dans une sorte d'engrenage anxieux! Essayez de dormir de longues nuits, prenez soin de vous. Et 

n'écoutez pas les nouvelles à la journée longue! On a besoin d'être informé mais quand ça fait 10 fois qu'on entend un nombre de décès «X», ça ne peut que nuire. Ça sape le moral. 

Qu’est-ce qui te manque le plus, ces temps-ci ?

Vraiment, les contacts physiques. Je prends facilement les gens dans mes bras, je fais souvent la bise, je tape souvent les épaules.  J'ai des amis qui me disent sans cesse qu'ils manquent de sexe. Moi, j'ai surtout hâte de recommencer à toucher affectueusement mes amis, mes collègues, mes associés.

Que fais-tu pour maintenir un contact avec l’extérieur ou maintenir une solidarité?

J'essaie de prendre des nouvelles de mes intimes à tous les jours, et de tout mon monde aux deux ou trois jours. Depuis peu, j'ai une «famille musicale» à New York (des associés, des camarades, des fans aussi). La plupart sont gais, seuls, sans revenus et dans un pays qui gère la crise tout croche. 

Je leur texte souvent.

Considère-tu que les gouvernements — ici ou ailleurs — gèrent adéquatement la situation?

Disons que je suis très content d'être au Canada et encore plus au Québec en ce moment! Rien n'est jamais parfait. Pour les CHSLD, les HLM — je suis surpris que Legault soit surpris! On savait bien qu'advenant une crise, ces milieux seraient dans l'gros trouble!  Ce que je déplore le plus, ce sont les annonces hâtives. Je suis tombé de ma chaise, quand par exemple, au début de la crise on nous disait que sans symptômes il n'y avait probablement pas de contagion! Je criais devant mon écran : «On l'sait pas encore, dites pas ça. On ne sait pas TOUT!». La suite de l'histoire, on la connait. 

Que penses-tu retirer de l’expérience que l’on vit présentement?

Je le savais déjà, mais il a zéro garantie dans la vie. Et il faut compter tous ses privilèges à tous les jours, comprendre qu'ils ne nous sont pas dûs.

Crois-tu que ta vie (ou celle des autres) sera transformée par la suite au niveau de nos interactions sociales? Si oui, de quelle(s) manière(s)?

J'ai l'impression que je ne reverrai aucun de mes amants réguliers avant septembre (minimum), ni que je ne m'en ferai de nouveaux d'ici un bon bout. Donc, pour 2020, je pense que c'est presque classé! C'est vraiment triste! Après, sais-tu ce que je trouverais FANTASTIQUE? Qu'à la fin de tout ceci, l'humanité entière soit tellement écœurée de vivre sur un maudit cellulaire, qu'elle se remette à socialiser en personne, à travers le regard, la parole (de vive-voix), etc. J'ai évoqué ce fantasme dans une chanson — «Remember a time before phones, darling? We used to cruise in person, face to face» —  J'aimerais tellement que ça se réalise!

Des inquiétudes pour l’avenir?

Toujours! L'être humain apprend, mais lentement et parfois il arrive à la rescousse trop tard. En plus il oublie vite! LOL! 

Un message d’espoir que tu veux lancer? 

Dans l'adversité, on tisse de grandes amitiés, de grandes confréries. Et, ça, c'est beau. 

On est tellement fort lorsqu'on se tient — en ce moment on a plein d'exemples de solidarité — c'est touchant. Et ça donne espoir!