I am Happiness on Earth à voir sur Netflix

Tout le bonheur du monde

Yves Lafontaine
Commentaires

Julian Hernandez est sans aucun doute l’un des cinéastes mexicains les plus talentueux de sa génération et il sait filmer le corps masculin mieux que personne aujourd’hui.  Son film I am Happiness on Earth (Yo soy la felicidad de este mundo), réalisé en 2014, est une des perles qu’on peut trouver sur Netflix quand on cherche bien.

Dès les premières minutes on a l’impression d’entrer en transe, de naviguer dans une réalité fantasmatique, suivant de façon hyper sensorielle la rencontre à la fois romantique et vénéneuse entre Octavio et Emiliano. On retrouve cette caméra aérienne, flottante, apte à renforcer chaque geste, chaque émotion. La beauté y est magnifiée, sublime, intemporelle. 

Emiliano est réalisateur. Perdu dans ses pensées, il met en scène sa propre vie, avant que la réalité ne le rattrape. Durant le tournage d’un documentaire sur le monde de la danse, il tombe amoureux d’Octavio. Ce jeune danseur passionné est contraint de faire une pause professionnelle suite à une blessure, mais vise tout de même le rôle principal dans un film d’Emiliano. 

Entre eux, sans avoir besoin de se parler, c’est le début d’une passion dévorante et très sensuelle. Mais Emiliano est un homme torturé. La réalité est à ses yeux une permanente source de désillusion, la gueule de bois de ses échappées fictionnelles, une frustration en comparaison de ses rêves d’absolu. À la recherche de la beauté et de l’inspiration, le processus créatif se décline en plusieurs couches — le film, la danse, l’amour, le sexe et offre même une allégorie de la vie d’artiste, en mise en abîme. 

Avec I am Happiness on Earth Julien Hernandez revisite les codes de la romance gaie : de l'érotisme soft à une sensualité plus explicite, de l’histoire d’amour fleur bleue à la passion destructrice, dans un collage sophistiqué dont la structure, le rythme et l'atmosphère dépassent le cadre d'une fiction classique. Si l'ensemble est déstructuré — la narration n’y est pas conventionnelle ce qui pourrait dérouter certain —, le film est indéniablement envoûtant.