Santé gaie

Le confinement freine le coronavirus, mais pas nécessairement le VIH…

Yannick LeClerc , L'agence AFP
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Le paradoxe du grand confinement est que s'il freine la propagation du nouveau coronavirus, il pourrait indirectement aider un autre virus, le VIH: la priorité absolue donnée au Covid-19 a eu comme effet collatéral, aux Etats-Unis, de fragiliser l'édifice de prévention sur lequel repose la lutte contre le vih/sida.

Travis Sanchez, un épidémiologiste à l'université Emory, près d’Atlanta en Georgie, a interrogé en ligne début avril un millier d'hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et plus de la moitié d'entre eux ont rapporté une importante baisse du nombre de leurs partenaires sexuels, et une utilisation réduite des applications de rencontres. Mais Travis Sanchez ajoute immédiatement une information inquiétante: un quart dit avoir des problèmes pour se faire tester, en raison de la fermeture de milliers de lieux de dépistage.

Ceux qui n’avait pas fait de tests de dépistage ou qui étaient dû pour en passer un et ceux qui continuent à rencontrer se retrouvent donc dans le noir sur leur statut, ce qui pourrait constituer une bombe à retardement potentielle. Et selon le chercheur, «il est fort probable que des comportements à risque vont reprendre avant que les services de prévention aient totalement rouvert. Cette conjonction pourrait conduire à plus de contaminations par le VIH».

On ne connaîtra l'impact de la pandémie sur le VIH que l'an prochain, quand les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) publieront les chiffres d'infections pour 2020. Mais de multiples experts et professionnels de santé publique craignent un relâchement, un an après que les États-Unis se sont fixé l'objectif de réduire de 75% le nombre de nouvelles infections d'ici 2025.

À Washington, la clinique Whitman Walker a dû fermer l'accueil quotidien sans rendez-vous pour le dépistage de ce virus et d'autres infections sexuellement transmissibles (IST): syphilis, gonorrhée, chlamydiae. Une cinquantaine de personnes venaient auparavant se faire tester chaque jour, dont beaucoup de gays, pour qui c'était la routine, tous les trois mois. «Tous ces gens ne se font plus tester», dit Amanda Cary, infirmière spécialisée qui continue à voir des patients symptomatiques, sur rendez-vous seulement. «Je suis convaincue qu'il y aura une remontée des IST».

Les CDC disent s'attendre à une baisse à court terme des diagnostics d'IST, mais «une hausse à long terme une fois que les restrictions seront levées et que plus de gens se feront tester». Pour le VIH, les fermetures de sites «pourraient causer plus d'infections» à long terme.

Tout peut changer

À San Francisco, le médecin chercheur Matthew Spinelli est préoccupé par les sans-abris, ceux qui n'ont plus de crédits de téléphone ou d'internet pour téléconsulter. «Les gens ont peur d'aller à l'hôpital en ce moment, ça m'inquiète», dit le docteur, qui pratique au grand hôpital public local. Son unité suit aussi 3 000 personnes ayant le VIH. Il craint que dans le chaos de la pandémie, certains n'aillent plus à la pharmacie ou ne prennent plus leurs pilules chaque jour, ce qui ferait remonter leurs charges virales et les rendrait contagieux. «J'ai peur que leur santé psychologique ne se détériore dans l'environnement actuel, ou que leur toxicomanie ne s'aggrave», dit-il.

Aux États-Unis, le traitement préventif PrEP, qui permet d'éviter presque à 100% d'être contaminé, s'est développé mais, selon Matthew Spinelli, certains l'ont arrêté pendant le confinement. Reprendront-ils ensuite? «Je prédis qu'après tout cela, l'épidémie de VIH va s'aggraver aux Etats-Unis», dit-il. 

Toutefois, en forçant les professionnels à improviser, la pandémie va aussi changer durablement, en bien, les pratiques de prévention. La télémédecine va se banaliser. Les sites d'échanges de seringues distribuent déjà plus de seringues en une fois, voire les livrent ou envoient par colis. Les tests VIH à domicile, qui existent depuis des années mais sont peu utilisés, se développeront, dit Stephen Lee, directeur de Nastad, association de responsables de santé publique spécialisés VIH. Les CDC l'encouragent et la Floride et le Tennessee y réfléchissent. «La pandémie nous a montré que nous pouvons et devons le faire», conclut-il.

Qu’en est-il de la situation à Montréal au niveau communautaire ?

La pandémie du nouveau coronavirus (COVID-19) suscite une crise sans précédent au niveau social, économique et dans le milieu de la santé. Alors que tout se réorganise, les personnes qui vivent avec le VIH et/ou l’hépatite C et les personnes qui consomment des drogues font face à des préoccupations et des enjeux particuliers. Le secteur communautaire travaille fort pour continuer à offrir des services et à répondre aux besoins dans un contexte de confinement et de bouleversement social.

Cela dit, pour répondre aux directives du gouvernement, plusieurs organismes ont dû réduire leurs heures d’ouverture, annuler certains services ou abaisser leur capacité d’accueil. Certains n’ont eu d’autre choix que de fermer temporairement, faute de personnel ou de bénévoles. 

Par ailleurs, la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA) a tenu à rappeler, le 23 avril dernier, que, comme pour l’épidémie de VIH/sida, la réponse à l’épidémie de COVID-19 doit se faire dans le respect des droits de la personne. «Bien que les principales directives de la santé publique soient simples, tous et toutes n’ont pas la même capacité, ni les mêmes ressources, pour les mettre en œuvre», rappelle Me Léa Pelletier-Marcotte, coordonnatrice du programme Droits de la personne et VIH/sida à la Coalition. «Ces directives ne permettront pas de limiter la propagation du virus si rien n’est fait pour réduire les inégalités», poursuit l’avocate.

 

Et du côté des cliniques spécialisées…

À Montréal, les cliniques comme L’Actuel et le CMU du Quartier Latin restent ouvertes. Afin de protéger les patients et l’équipe médicale, ces cliniques privilégient les rendez-vous téléphoniques grâce à des services de télémédecine. Les rendez-vous en personne sont toujours disponibles pour les urgences ITSS ou autre. Vous pouvez les joindre pour prendre rendez-vous.

Les cliniques maintiennent leur offre de services de santé et de dépistage ainsi que les cliniques d’urgence à toutes personnes ne présentant pas de symptômes associés au COVID-19 (Toux sèche, fièvre, difficulté à respirer, mal de gorge, diarrhée), qui n’est pas en attente d’un résultat pour la Covid-19 ou qui revient de l’extérieur du pays (depuis moins de 14 jours). Les rendez-vous médicaux importants pourront parfois se dérouler sans contact afin de diminuer les risques de transmission.

Des organismes comme REZO, qui se consacre à la santé gaie ont mis sur pied une ligne d’écoute pour la détresse spychologique

Rédaction avec AFP