Australie

Un crime homophobe vieux de plus de 31 ans finalement résolu?

Yannick LeClerc
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Une arrestation vient d’avoir lieu liée à la mort de Scott Johnson, emblématique d’une série de morts suspectes de gais et de trans près de Sydney, de la moitié des années 1970 à a fin des années 1990.

Officiellement, on a d’abord conclu à un accident. En décembre 1988 le corps nu de Scott Johnson, jeune Américain de 27 ans, avait été retrouvé au pied d’une falaise de North Head, dans la région de Sydney. Dans un premier temps, les autorités avaient classé l’affaire, concluant que ce brillant doctorant en mathématiques s’était suicidé. Mais la famille de la victime n’a jamais cru à cette thèse. Elle est en passe d’obtenir justice.

North Head, qui était un lieu de drague populaire, aurait été la scène d’une série d’au moins 88 morts suspectes d’hommes gais et de personnes queer ou trans de 1976 à 2000, sans éveiller le moindre intérêt du côté de la police. Depuis, près d’une trentaine de cas ont été requalifiés en crimes de haine. Et dans le cas de Johnson, il aura donc fallu attendre plus de 31 ans pour que l’enquête aboutisse. 

Scott White, le suspect, un homme de 49 ans, ne s’est pas «montré surpris» quand il a été arrêté alors qu’il venait de sortir de son domicile, a raconté la police. À l’époque des faits, cet homme avait 18 ans, était sans emploi et vivait dans le secteur.

Peu d’éléments ont émergé jusqu’à présent sur les circonstances présumées du meurtre : White aurait eu un rendez-vous sexuel avec Johnson, au cours duquel il l’aurait agressé et l’aurait précipité du haut de la falaise. Il comparaîtra en juillet.

Une récompense record de 1 million de dollars australiens avait été proposée par les autorités en 2018 pour toute information qui mènerait aux auteurs du meurtre, somme que la famille Johnson avait doublée.

Lors de l’annonce de l’arrestation la police locale en a profité pour faire à nouveau son mea culpabien qu’«à toute époque, la police peut faire des erreurs. Cela ne définit pas ce que nous avons été comme institution», a plaidé le commissaire Fuller, comme le rapporte le «The Sydney Morning Herald». 

Rappelons qu’il a fallu une enquête parlementaire en Nouvelle-Galles du Sud pour dévoiler le climat d’homophobie et l’«inqualifiable acceptation au sein des forces de l’ordre locale des tabassages et violences» de gais, et ce , epndant des décennies. Les drames à répétition de North Head ont inspiré une très bonne mini-série télévisée, «Deep Water» (disponible sur Netflix), ainsi qu’un documentaire en 2016. 

«Scott serait heureux de voir à quel point la communauté gai peut vivre ouvertement et librement aujourd’hui, a commenté son frère Steve Johnson. Malgré la résistance institutionnelle parfois féroce à enquêter sur la mort de mon frère, le peuple australien m’a toujours accueilli à bras ouverts et s’est mobilisé pour cette affaire.»