Arts visuels – Canada

Hanky Panky, la nouvelle toile de Kent Monkman fait réagir…

Le 16 mai dernier, durant le long week-end de la fête de la Reine, l’artiste peintre d’origine cri Kent Monkman dévoilait sa plus récente œuvre et le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne fait pas l’unanimité sur les réseaux sociaux. Plusieurs éléments de cette toile ont soulevé des questions, voire même la colère, dès son dévoilement.

Sur cette toile, intitulée Hanky Panky, on peut voir le personnage queer de Miss Chief Eagle Testickle — l’alter ego de Kent Monkman —, brandir un jouet sexuel en forme de main qu’il se prépare à utiliser sur un homme à quatre pattes ressemblant à Justin Trudeau. Assistant à la scène, d’anciens premiers ministres canadiens — dont Pierre Elliott Trudeau, Stephen Harper et Jean Chrétien — ont un air atterré, tandis que des dizaines de femmes rient aux éclats.

Artiste renommé, membre de la Première Nation de Fisher River, Kent Monkman est reconnu pour ses interprétations audacieuses de l’histoire de l’Amérique du Nord à travers des toiles de grand format. Comme l’exposition au Musée Mc Cord qui lui était dédiée l’an dernier l’a montré, il revendique clairement son identité queer, qu'il met en scène dans le personnage de Miss Chief Eagle Testickle. Ses toiles posent toujours un regard ironique et mordant sur la société, l'histoire et les relations entre Autochtones et non-Autochtones. 

Cela dit, certains ont vu dans Hanky Panky, sa plus récente toile, l’expression de l’agression sexuelle comme «une vengeance légitime des Autochtones contre les violences de la colonisation». Pour d'autres, ce «renversement oppresseur/oppressé ne va pas dans le sens de la réconciliation souhaitée», mais pourrait raviver des blessures chez les victimes de sévices sexuels. 

Devant la controverse suscitée par la toile l'artiste a tenu bon d’expliquer sa démarche sur les médias sociaux. Il souligne ainsi que l’acte sexuel dépeint dans ce tableau n'a pas lieu sans consentement. Bien que discret, un foulard rouge, clin d’œil au code du foulard, sort de la poche arrière droite de l’homme agenouillé.

Kent Monkman rappelle que : Le code du foulard était largement utilisé dans la communauté gaie des années 70 et 80, où un bandana dépassant de la poche arrière droite ou gauche d’un pantalon signifiait l'assentiment à une grande variété de préférences sexuelles et de fétiches. Il s’agissait d’une invitation pour tout partenaire consensuel et compatible.

Mais comme les explications n’ont pas paru convaincre les critiques, l’artiste a poursuivi sur les réseaux sociaux le dialogue, disant comprendre que la consensualité de l’acte dépeint ne soit pas assez claire. Plusieurs, dit-il, ont ainsi pu être choqués par un tableau auquel ils ont attribué une tout autre signification.

«Je reconnais que les éléments que j’y ai inclus pour indiquer le consentement ne sont pas assez proéminents. Je vois maintenant comment la toile peut se présenter», écrit-il. L’artiste a tenu à s’excuser, soulignant qu’il souhaitait que cette toile ne fasse pas ombrage à sa démarche.

«J’ai toujours priorisé la sécurité et le bien-être des non binaires, trans, bispirituels et des femmes. Je vois qu’avec ce tableau, j’ai échoué. J’espère que mes œuvres résisteront aux traumatismes coloniaux qu’ont subis ma famille et tant d’autres sur des générations et qu’elles ne perpétreront pas la violence.»

Sources : Facebook et Ici Radio-Canada