Élections municipales en France

Une première mairesse transgenre en France

Chantal Cyr , L'agence AFP
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«Ce qui est étonnant, c'est que ce soit étonnant» sourit Marie Cau, devenue samedi, à Tilloy-lez-Marchiennes (Nord), la première mairesse transgenre en France. Largement élue, «d'abord sur un programme», elle entend «réveiller le village» en développant écologie et lien social.

«Félicitations, on vous souhaite du courage», lance un quinquagénaire enthousiaste, dans la rue principale de ce village de 550 habitants. «Du plaisir à travailler, pas du courage», réplique en riant Marie Cau devant la petite mairie de briques.

Aux élections municipales du 15 mars dernier, sa liste baptisée «Décider ensemble», a remporté entre 63,5 % et 73,1 % des suffrages en fonction des candidats, avec un taux d'abstention de seulement 32 % (plus de 55 % au niveau national). «Toute la liste a été élue», se réjouit-elle, le regard bleu et assuré et «pas du tout surprise du résultat».

Lassés par 20 ans d'immobilisme et «un village un peu endormi, où le lien social avait disparu, les habitants voulaient du changement», analyse-t-elle. «Ils n'ont pas voté pour moi parce que je suis transgenre, ni contre, ils ont voté pour un programme et des valeurs». Ingénieure, titulaire d'un diplôme de technicien agricole et d'un BTS horticole, Marie Cau se décrit avant tout comme une cheffe d'entreprise «à la fibre agricole et environnementale».

Dans cette commune rurale, les habitants «ont été sensibles à la volonté de préserver au maximum l'environnement, développer l'agriculture durable, la solidarité, l'économie locale à travers les circuits courts, les emplois de proximité...», détaille-t-elle.

Jamais élue auparavant, l'édile «démarre avec une feuille blanche, un budget quasi-nul, une école pas encore rouverte et beaucoup d'autres défis liés au coronavirus. Mais avec une 'dream team'» d'une «grande mixité d'âge, d'origine, et de genre».

«Elle vit ici depuis 20 ans, on voit comment elle travaille. S'ils réussissent à recréer du lien, de l'animation, c'est tant mieux pour Tilloy», commente Hervé Fontanel, un habitant. «Ça crée du renouveau et on parlera plus du village», renchérit Marie-Josée Godefroy, une voisine.

Depuis le début de sa transition il y a 15 ans, Marie Cau n'a pas vécu de discrimination: «c'est rare, les gens sont bienveillants, malgré quelques maladresses», confie-t-elle. Si elle doit encore accomplir les démarches administratives pour modifier son état civil, elle utilise déjà couramment son troisième prénom de naissance «et les gens le respectent».

De nature discrète et pas vraiment militante, «elle n'a pas eu de tabou, a parlé d'elle aux habitants qui posaient des questions» pour clore le sujet et «se concentrer sur l'action municipale», explique sa compagne et conseillère municipale Nathalie Leconte, «surprise de l'énorme médiatisation de l'élection».

«Cette situation devrait être dans la normalité, puisque les gens votent pour une équipe et un projet», juge Marie Cau, attendant impatiemment «le jour où ce sera devenu un non-événement». Elle reconnaît toutefois que son élection peut contribuer à banaliser les choses, montrer que les personnes transgenres peuvent avoir une vie sociale et politique normale. «La visibilité trans, et donc la lutte contre la transphobie, passe aussi par l'exercice de responsabilités politiques ou publiques. Félicitations à Marie Cau » a tweeté dimanche Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'Égalité femmes-hommes.

Le rêve de Marie Cau serait «de bâtir un village exemplaire, démontrer que de simples citoyens peuvent faire ici des choses qu'un gouvernement tout en haut n'arrive pas à faire».

Rédaction avec AFP


NOTE DE LA RÉDACTION:

Nous avons modifié le titre de «Madame le Maire» à «Mairesse» dans le texte, suite à une remarque d'une lectrice. Pour l'appellation maire, la forme féminine retenue au Québec est bel et bien mairesse, soit la forme qui était déjà en usage, même si ce terme servait à désigner la femme du maire. Les noms qui se terminent par -é prennent quant à eux un e muet au féminin : une députée.

En France toutefois, on poursuit encore le débat, entre Madame La maireMadame Le maire ou encore Madame la mairesse... d'où la raison du titre d'abord utilisé...