Maroc

Un journaliste placé en détention pour agression sexuelle sur un jeune homme

La justice marocaine a placé lundi en détention préventive le rédacteur en chef du quotidien indépendant Akhbar al-Yaoum, Soulaimane Raissouni, soupçonné d'agression sexuelle, a-t-on appris auprès de son avocat.

Ce journaliste de 48 ans a été interpellé vendredi à la suite d'accusations publiées sur Facebook par un militant pour les droits des personnes LGBT. Le jeune homme a ensuite été entendu par la police.

Le juge d'instruction près de la cour d'appel de Casablanca a décidé «de placer Soulaimane Raissouni en détention préventive pour les besoins d'une enquête sur des faits présumés d'attentat à la pudeur avec violence et séquestration», au terme de sa garde-à-vue lundi, a précisé à l'AFP son avocat Said Benhommani.

Sa première audition est prévue le 11 juin. D'après son avocat, «il nie tous les faits qui lui sont reprochés». Le plaignant n'a pas souhaité faire de commentaire. 

Le directeur de Reporters Sans Frontières (RSF), Christophe Deloire, a exprimé sur Twitter son «entière solidarité» avec le rédacteur en chef, suscitant des réactions mitigées sur les réseaux sociaux marocains. Mais si certains font le lien entre son interpellation et ses éditoriaux au ton critique, d'autres appellent à être solidaire avec les victimes présumées d'agressions sexuelles.

«La culture du viol a de beaux jours devant elle», a commenté Ibtissam Lachguar, une militante du collectif de défense des libertés individuelles MALI. Lundi, le syndicat national de la presse marocaine a pour sa part rappelé dans un communiqué «la présomption d'innocence», dénonçant «la diffamation dont sont victimes les protagonistes de cette affaire».

Le directeur du journal Akhbar al-Yaoum, Taoufik Bouachrine, a été condamné l'an dernier à 15 ans de prison ferme pour «viol», «traite d'être humain» et «agressions sexuelles». Il a toujours nié ces accusations, en dénonçant une «affaire politique» et des «preuves fabriquées», et en affirmant avoir eu des relations consenties. En réponse à des critiques sur le traitement de son dossier, les autorités marocaines ont toujours affirmé que la procédure judiciaire était conforme aux normes internationales, mettant en avant «l'indépendance de la justice».

La nièce de M. Raissouni, Hajar Raissouni, une journaliste du quotidien, a également eu des démêlés avec la justice. Arrêtée en août 2019 et condamnée dans une affaire d'avortement illégal, elle a aussi dénoncé une «affaire politique». Elle avait finalement été graciée après sa condamnation.

Rédaction avec AFP