Village en période de la Covid-19

Il était une fois deux bancs

Oui, deux bancs, l’un bleu aqua et l’autre rose pâle, fabriqués des mains mêmes de Philip Demers, le propriétaire du bistro bar Saloon dans le Village. Deux bancs pour permettre aux gens de s’asseoir en attendant leur commande pour emporter et profiter un peu du beau temps. Ces bancs sont placés sur le trottoir de la rue Sainte-Catherine devenue piétonne depuis le 18 mai dernier pour favoriser la distanciation physique et encourager la population à se détendre en prenant une marche et faire leurs emplettes… Et on s’entend qu’il n’y a pas foule ! Voilà que des inspecteurs de la Ville se pointent pour appliquer rigoureusement le règlement voulant que l’on «n’obstrue» pas le trottoir ! Euh, c’est parce que la rue est piétonnière &%*#!?

Non, le règlement, c'est le règlement ! Il n'en fallait pas plus pour que le propriétaire du Saloon fasse connaître son incompréhension et sa consternation sur les réseaux sociaux:

«Depuis quelques semaines nous avons travaillé fort pour ouvrir un petit comptoir à emporter sur la rue afin de pouvoir continuer un minimum d’opération. Aujourd’hui, suite à la visite d’inspecteurs de la ville de Montréal, nous avons dû enlever nos bancs sous prétexte que nous bloquions le trottoir, et ce même si la rue est piétonnière! Selon le règlement suivi à la lettre, même en temps de pandémie, aucun mobilier n’est permis à l’extérieur. Il est très fâchant de constater qu’il n’y a aucune place à la créativité et à l’innovation des petits commerçants qui ont peine à survivre et qui essaient d’embellir l’espace et d’attirer le peu de clientèle, tout en respectant les consignes sanitaires. La rigidité et le manque d’empathie de la ville est désolante», pouvait-on lire sur la page Facebook du commerce, le 28 mai. 

Comme beaucoup d’établissements de restauration, le Saloon avait fermé ses portes le fameux vendredi 13 mars lorsque le premier ministre François Legault annonçait le confinement du Québec suite à l’éclosion du nouveau coronavirus dans la province.

Deux mois plus tard, après des travaux de rénovations, dans les cuisines entre autres, le Saloon ouvrait, le 14 mai dernier, un comptoir pour emporter. 

«Jamais on n’aurait pensé transformer notre salle à manger si animée par un mini-bar et un comptoir pour emporter! Faut s’adapter à cette nouvelle réalité qui va probablement durer un certain temps! On est content de réouvrir mais on a surtout hâte de voir revoir!... Même si c’est au travers d’un plexiglass», écrivait-on à ce moment-là. 

Nouveau menu plus simple, mocktails (cocktails sans alcool), etc., tout était fait pour rendre cette situation la plus agréable que possible. De là la fabrication et l’installation d’un banc bleu, puis d’un 2e, rose celui-là, quelques jours plus tard. 

Suite à la visite des inspecteurs et la déferlante de commentaires sur les réseaux sociaux, plusieurs acteurs importants de la communauté sont intervenus en coulisse afin qu’il y ait un dénouement heureux à cette histoire. Certains, entre autres, ont joué les entremetteurs entre des élus de la Ville et Philip Demers. En privé, le propriétaire du Saloon espérait que la Ville soit plus compréhensive envers les commerçants «qui essaient d’être créatifs» et qui essaient aussi et surtout de sortir la tête hors de l’eau.

À tous les niveaux, les élus devraient s’inspirer de commerçants, d’entrepreneurs et même de citoyens qui ont une initiative qui va dans le sens du déconfinement et pour permettre la distanciation physique qui soit des plus agréables et qui respecte les consignes sanitaires.

À signaler qu’il y a eu plus d’une centaine de partages de cette publication du Saloon, le 28 mai.

«Un règlement pour permettre le mobilier sur la place publique sera adopté bientôt. On y travaille et ce sera réglé bientôt», a commenté Yannick Brouillette, le directeur général de la Société de développement commercial (SDC) du Village – devenue Village Montréal, sautant ainsi dans la mêlée des dizaines et des dizaines de commentaires réprobateurs à l’égard des autorités de la Ville. 

À ce chapitre, la SDC Village Montréal et celle du Quartier Latin oeuvrent conjointement à un projet demandant à la Ville de permettre l’installation de tables à pique-nique afin que les passants puissent se reposer et profiter des restaurants ouverts pour des commandes de «take-out», si ceux-ci ne sont toujours pas permis d’ouvrir leur salle à manger par la santé publique. La Ville va-t-elle accepter ? Souhaitons-le ! Sinon, l’été sera très, très long et plate ! 

Mise à jour 29 mai à 17h50

Suite à l’article relatant les aventures du propriétaire du Saloon, Philip Demers, avec la Ville de Montréal pour avoir installé sur le trottoir un banc et un fauteuil, Robert Beaudry, membre du comité exécutif et conseiller de la ville pour l’arrondissement de Ville-Marie nous a contacté pour apporter les précisions suivantes : « Dès que nous avons été mis au courant nous avons contacté les services concernés de la ville pour qu’ils soient plus flexibles quant à leurs interventions auprès des commerçants qui prennent des initiatives telles que celle du restaurant Le Saloon. Nous avons parlé avec le propriétaire, Philip Demers ce matin, et avons réglé avec lui cet incident ».

Robert Beaudry reviendra dans une plus longue entrevue avec Fugues la semaine prochaine. Il sera question entre autres des mesures que prendra la ville de Montréal pour assurer un meilleur déconfinement de la population tout en respectant les consignes sanitaires et des facilités accordées aux commerçants pour qu’ils puissent reprendre leurs activités.