Larry Kramer

Pionnier de la lutte contre le sida, Larry Kramer meurt à 84 ans

Larry Kramer est mort mercredi à New York d'une pneumonie a annoncé son mari David Webster. Vivant avec le VIH depuis les années 1980, il a survécu lors de sa vie d'adulte à plusieurs maladies. Cet auteur est l'un des premiers militants des droits homosexuels à avoir sonné l'alerte sur le sida au début des années 80. 

«Repose en puissance», a tweeté Act Up. «Ta rage a aidé à inspirer notre mouvement. Nous continuerons à honorer ton nom et ton esprit par l'action», a ajouté l'organisation qu’il a fondé. Larry Kramer, séropositif, auteur de nombreuses pièces de théâtre et scénarios, restait actif et il travaillait à une nouvelle pièce concernant la pandémie de coronavirus.

Né à Bridgport dans le Connecticut en 1935, d'un père avocat et d'une mère assistante sociale, il a grandi à Washington, mais c'est New York, le théâtre, le cinéma qui l'attirent. Il est notamment connu pour Faggots, son best-seller satirique, et The Normal Heart, sa pièce de théâtre sur les premières années du sida, dont il a tiré une bonne vingtaine de scénarios, ont notamment marqué les esprits. Elle fut primée de trois prix Tony – les récompenses de Broadway – en 2011, avant d'être adaptée à l'écran par Ryan Murphy. Il fut aussi sélectionné aux Oscars en 1971 pour son scénario adapté de Women in love, le roman de D. H. Lawrence.

Après avoir créé, en 1981, avec d’autres militants la Gay Men's Health Crisis, l’organe a priori militant évolue très vite en organisation de soutien sur le modèle de la Croix-Rouge. Larry Kramer décide, en 1987, de fonder l'association Act Up un groupe plus militant dont les méthodes spectaculaires lui vaudront une notoriété immédiate. Prônant la désobéissance civile, les actions de rue d'Act Up (dont la structure militante essaiemera dans bien des villes, dont Montréal et Paris) avaient pour objectif de réclamer l'accélération de la recherche sur les traitements contre le sida et la fin des discriminations envers les personnes homosexuelles.

«L'efficacité d'un mouvement comme le nôtre tient à la constante régularité des actions. Il faut le faire toutes les semaines, tous les jours, toutes les minutes», avait déclaré en entrevue à Fugues Kramer, lors d’une de ses visites à Montréal dans les années 1990. «Les gens commencent à avoir peur de vous et peut-être les choses peuvent bouger. Mais ça prend énormément d'énergie et c'est très difficile de soutenir un tel rythme à travers les années.»

Act Up est peut-être le mouvement le plus novateur ayant jamais existé : ses membres ont fermé Wall Street pour protester contre le prix des médicaments, enfilé un énorme préservatif sur la maison du sénateur Jesse Helms, en Caroline du Nord, pour exiger des fonds pour la prévention, organisé des die-ins et des funérailles politiques devant les portes de la Maison- Blanche, contraignant ainsi le gouvernement à agir.  

Rapidement, Kramer s’est fait entendre de tous ceux qui comptaient : du New York Times, qui ne parlait que très peu de l’épidémie à ses débuts, de la Food and Drug Administration (FDA), des locataires successifs de la Maison-Blanche, qu’il a accusés d’être responsables d’un «génocide». 

Son mélange explosif d’hyperbole, d’honnêteté brûlante et de folie messianique a donné à la cause un sens de l’urgence et de la tragédie qu’elle n’aurait peut-être pas acquis sans lui. C’était là son but, qu’il avait révélé lors d’un rassemblement homosexuel en 1983 : «Ce que nous avons à faire maintenant, ce n’est rien moins que recréer l’âme de notre temps» avait déclaré Kramer à un journaliste du New York Times.

Lors de son dernier séjour à Montréal, il répondait à une question de Fugues concernant l’étape suivante du combat contre le VIH/sida, de la manière suivante :

«Les gens racontent que je me suis adouci. Je crois seulement qu'on m'a assez entendu. J'ai essayé de me battre, et, que j'aie réussi ou non, je peux honnêtement me regarder dans un miroir et dire: Tu as essayé. Je crois que j'ai mené un bon combat, je continue à un autre rythme et ça me plaît.»

L'actrice Mia Farrow a salué elle aussi sur Twitter «une force magnifique, dont l'intellect, le cœur et l'indignation a éveillé la nation aux horreurs et pertes causées par le sida.»

«Que Dieu bénisse tous ceux dont la vie a été transformée par ta voix puissante et redoutable», a également tweeté l'actrice engagée Rosanna Arquette.

De fait, Larry Kramer était connu pour ses accès de colère. Susan Sontag l'avait surnommé «l'un des perturbateurs les plus utiles des Etats-Unis, qui ont aidé à faire prendre conscience de la gravité de l'épidémie de sida.»

Le docteur Anthony Fauci, actuellement conseiller de la Maison-Blanche face à la pandémie de coronavirus — que Larry Kramer avait qualifié d'idiot incompétent au début de l'épidémie du sida —, a indiqué au New York Times «qu'une fois dépassé son côté polémique, ce qu'il disait avait beaucoup de sens et [qu']il avait un cœur d'or.»

 

Rédaction avec l'AFP, Advocate et PinkNews