«J’aimerais tellement être confiné avec toi»

L’amour en temps de la COVID-19

Denis-Daniel Boullé
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Fugues
Photo prise par © Fugues
«J’aimerais tellement être confiné avec toi!» serait aujourd’hui la plus belle déclaration d’amour sur les réseaux sociaux. Et oui, il faut s’adapter aux nouvelles exigences sanitaires dans nos relations avec nos semblables. Mais la distanciation physique doit-elle nous contraindre à l’abstinence sexuelle et nous ramener à l’amour courtois par envoi de billets doux sur notre plateforme de rencontre préférée?
 
La situation n’est pas simple. Et qu’à défaut d’ébats façon Cirque du Soleil avec son partenaire, à trois, en groupe, on se contenterait bien déjà d’un peu de tendresse. La main d’un être aimé qui sert la vôtre, la grasse matinée avec la personne rencontrée la veille avec laquelle on en reprendrait bien un… second café. Mais niet, nada, rien, que dalle! À moins de vous mettre avec cette dite personne fraichement débarquée dans votre vie en quarantaine et de commencer votre relation avec un plexiglas comme barrière de sécurité.
 
Après tout si le plaisir le plus grand est conditionné à un désir qui ne cesse de grandir à mesure qu’il est contrarié, la quarantaine passée, le simple fait de caresser ou de frôler enfin les lèvres de l’être convoité avec les vôtres a toutes les chances d’être un feu d’artifices émotionnels et physiques.
 
Mais la situation n’est pas meilleure pour celles et ceux qui vivent en couple. Surtout si l’un des deux ou les deux travaillent et sont donc susceptibles d’être contaminés. Que faire le soir autour du lit conjugal. Doit-on opter pour des lits simples espacés de 2 mètres et ne plus se toucher pendant les 15 prochains jours à condition de ne plus travailler.
 
Certains se sont penchés sur la question et ont distillé des conseils sur la toile. Aides France par exemple qui «encourage à favoriser la sexualité virtuelle, et l’utilisation des sex-toys». Mieux que rien, diront certains; un retour aux souvenirs de l’adolescence et la découverte de parties de son corps à la force du poignet et l’essai de quelques légumes oblongs trouvés dans le réfrigérateur. La vente en ligne des sex-toys a fait un bon faramineux depuis le début de la pandémie bien plus que celle de certaines espèces de cucurbitacées, ce qui montre le grand changement dans les comportements et la grande capacité d’adaptation en ces temps de pénuries de rapprochements sociaux, sensuels et sexuels. 
 
Mais Aides France aussi donne des conseils pour celles et ceux qui souhaiteraient pouvoir rencontrer et baiser, n’ayons pas peur des mots, en minimisant les risques. Entre autres, renoncer à tout plaisir si l’on présente des symptômes du covid-19, comme la toux, la fièvre ou des problèmes respiratoires. On conseille aussi aux partenaires de prendre une douche avant et après, que l’invité.e se lave bien les mains en arrivant, puis après son départ, de nettoyer les poignées de portes, les robinets, et de laver les draps. Note personnelle: et les dildos si utilisation pendant la relation! Enfin d’échanger le numéro de téléphone afin de se tenir informé si l’un des deux développaient des symptômes. L’organisme rappelle aussi que les orgies et autres amusements à plusieurs sont à éviter, le partenaire unique serait le meilleur moyen de d’endiguer l’épidémie. Cela doit évoquer quelques souvenirs à beaucoup comme au mauvais temps des premières années du sida.
 
Une des dernières recommandations serait le port du masque pendant la durée de la relation, ce qui exclurait la fellation, et autre anulingus et cunnilingus à moins d’utiliser pour la première le bon vieux condom, et des carrés de latex pour les deux autres. La salive étant hautement contaminante, le lubrifiant est hautement recommandé. Quant au baiser, il s’apparenterait de plus en plus au baiser de la mort. À moins de pouvoir se frencher avec les masques ce qui relève du grand art pour un plaisir hautement improbable.
 
Si le tableau ne semble pas trop réjouissant, il est peut-être important de souligner que ce ne sont que des conseils, pas des obligations, et comme au bon vieux temps du sida, d’agir avec un peu de jugeote, d’évaluer les risques pour soi comme pour l’autre ou pour les autres, ce qui est déjà une belle preuve d’amour avant de passer aux choses plus sérieuses.
 
Il n’est peut-être pas exagéré de se réfugier dans le bon vieux plaisir solitaire, accessoire en sus, en partageant sa dextérité par écran interposé, mais de faire coïncider le mieux possible, plaisir et res-ponsabilité. Et puis, qui sait, peut-être vous trouverez-vous dans l’obligation de partager le confinement avec l’être aimé pendant autant de temps que vous le souhaiterez sans condom, sans masque, dans une 
fusion des deux corps comme dans l’ancien temps.