Témoignage - 40 ans d'Interligne

Bruno, écoutant depuis 17 ans à Interligne

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Fugues
Photo prise par © Fugues
Bruno travaille à Interligne depuis 17 ans comme employé. Sexologue clinicien de formation et d’expérience, c’est tout naturellement qu’il s’est un jour tourné vers Interligne, à l’époque Gai Écoute, un engagement qu’il ne regrette pas encore aujourd’hui car Bruno s’est très vite rendu compte de l’utilité de ce service face à la diversité des problématiques soulevées par les appelant.es. Il en retire une richesse intérieure de pouvoir apporter une petite pierre pour que chacun et chacune puisse trouver un peu plus de sérénité et de courage pour se construire et surmonter des épreuves. 
 
«Cela semble logique dans mon parcours d’être toujours à Interligne depuis autant d’années, confie en entrevue Bruno, j’avais dès le départ un intérêt pour la relation d’aide, par-delà ma formation et ma spécialisation en sexologie clinique, c’est-à-dire en lien direct avec une pratique avec des patients, et d’une certaine façon, je continue la même démarche en travaillant à Interligne, une cause qui me tient à cœur.»
 
Bruno a donc été témoin et acteur des changements qui ont marqué l’organisme depuis une vingtaine d’années dans les préoccupations des appelant.es mais aussi dans les approches diverses de l’organisme pour être plus facilement accessible, entre autres l’ajout de plateformes différentes pour communiquer avec celles et ceux qui ressentent la nécessité de se confier anonymement.
 
«Ce qui m’a le plus marqué, et c’est une très bonne chose, c’est l’ouverture de l’organisme et donc l’augmentation notable d’appels des personnes trans, témoigne Bruno, et nous avons mis l’accent sur l’écoute de ses personnes, car pour beaucoup des écoutant.es, c’était une réalité qu’ils et elles ne connaissaient pas. Mais nous avons fait nos devoirs, d’autant qu’il y avait une urgence, une demande. Nous recevons des appels de personnes qui se posent des questions sur leur identité de genre, la difficulté de se faire accepter à tous les niveaux de leur vie, la famille, l’employeur, le regard des autres posé sur elles, et ce sont des questions qui viennent de personnes de tous âges, aussi bien des jeunes que des plus âgé.es.»
 
Une prise de conscience pour beaucoup à Interligne des nombreux et immenses obstacles que peut rencontrer une personne en transition de genre. «Je ne crois pas que la population se rend compte du parcours que peut représenter une transition, continue Bruno, et nous devons toutes et tous faire notre part pour être à leur côté et combattre la transphobie.»
 
L’autre constat de Bruno touche la détresse psychologique des LGBTQ, surtout parmi les aînées qui souffrent de solitude, dont le réseau social s’est rétréci au fil du temps et qui n’ont plus aucun soutien.
 
Mais ce que tient à souligner Bruno, c’est le professionnalisme de toutes celles et tous ceux qui donnent du temps à Interligne, ainsi que toutes les mesures mises en place pour encadrer, former, et superviser les écoutant.es. «Elles et ils ne sont jamais livré.es à eux-mêmes, conclut-il. Pour chaque quart de travail, il y a un superviseur qui peut soutenir les écoutant.es. Il y a parfois des appels difficiles qui requiert sa présence à côté de l’écoutant.e tant c’est confrontant d’entendre des appels de détresse, des appels à l’aide. Et dans le cadre bien structuré dans lequel évoluent les écoutant.es, il faut aussi parfois faire preuve de créativité, car aucun appel n’est semblable à un autre. Chaque histoire est particulière, c’est donc infini.»
 
Mais pour Bruno, ce sentiment de contribuer à sa communauté dans un domaine qu’il affectionne particulièrement est irremplaçable. Chose sûre, Bruno n’est pas encore près de prendre sa retraite d’Interligne.