Témoignage de Diane Heffernan

Diane Heffernan: «Je crains qu'il s'installe un tabou envers les personnes de 70 ans et plus»

Yves Lafontaine
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Fugues
Photo prise par © Fugues
La COVID-19 a chamboulé nos vies d’une manière qu’il est encore difficile à mesurer. Nous avons demandé à la cinéaste, historienne et militante Diane Heffernan, de nous dire comment cette crise l’a affecté personnellement…
 
 
Comment la crise de la COVID-19 t’a-t-elle affecté personnellement?
Comme j'habite à la campagne, j'aimais faire un tour à Montréal de temps en temps. J'avais une diffusion de deux documentaires sur la communauté lesbienne du RVE programmé pour le 23 avril au Studio du GIV (Groupe d'Intervention Vidéo) et la Cinémathèque Québécoise me proposait une diffusion également ce printemps. Évidemment, c'est une grande  déception de ne pas pouvoir diffuser mes vidéos à cause du confinement. Heureusement que Suzanne Vertu, amie et partenaire réalisatrice au Réseau Vidé-Elle, habite pas très loin et m'apporte du réconfort et du secours de temps en temps. L'échange sur Facebook et par téléphone avec des amies passe le temps. J'ai jamais pensé qu'à 77 ans, je serais perçue comme un danger public pour la société.
 
Présentement dans l’espace où tu vis, est-tu seule, avec ta conjointe, de la famille ou des animaux?
Je vis seule avec deux chats.
 
À quoi ressemblent tes journées ces temps-ci?
Je commence ma journée en nourrissant mes chats, puis je sors dehors pour nourrir des geais bleus, des perdrix, des tourtereaux et des dindes sauvages. Après le déjeuner,
je vais sur mon Facebook. Puis j'écris sur mon vécu dans mes cahiers de notes. Je travaille aussi au niveau de mes archives vidéographiques. Je mets de l'ordre dans ma vie. L'après-midi, je prends une marche sur mon rang ou dans mon verger. Je suis toujours épatée par la beauté de la nature qui m'entoure, toute saison confondue. Je passe mes soirées devant la télé ou je lis un livre.
 
À la maison, que portes-tu habituellement?
Je porte des chemises en flanelle et des jeans, mon look… campagnarde.
 
As-tu des recommandations ou des suggestions pour rendre cette «pause» plus facile à passer?
Je recommence à lire et écrire. C'est très stimulant et enrichissant.
 
Diane Heffernan
 
Que fais-tu pour maintenir un contact avec l’extérieur ou maintenir une solidarité?
Comme je l'ai déjà dit, je suis dans l’entraide, et l’échange avec d'autres est très important pour garder le moral.
 
Considère-tu que les gouvernements — ici ou ailleurs — gèrent adéquatement la situation?
On savait depuis longtemps que les aîné.es étaient vulnérables. Et pourtant on a manqué de surveillance en ce qui concerne les habitations pour aîné.es. 
La situation catastrophique aurait pu être évitée. Est-ce une décision politique de se fermer les yeux face aux aîné.es? Je me pose la question.
 
Que penses-tu retirer de l’expérience que l’on vit présentement?
Je me compte chanceuse de pouvoir vivre dans ma maison et d'être autonome à 77 ans. Je ne voudrais jamais, au grand jamais, me retrouver dans un CHSLD.
 
 
 
Crois-tu que ta vie (ou celle des autres) sera transformée par la suite au niveau de nos interactions sociales? Si oui, de quelle(s) manière(s)?
Je vais surtout ne pas parler de mon âge. Je crains qu'il s'installe un tabou envers les personnes de 70 ans et plus dans la société. Ce malaise va perdurer dans le futur.
 
Des inquiétudes pour l’avenir ou un message d’espoir que tu veux lancer?
Mon message d'espoir est que tous les survivants et survivantes de la Covid 19 soient reconnaissant.es d'être vivant.es car la vie est ce que l'on a de plus précieux.  6 Propos